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Les trottoirs de la rue La Corderie deviennent un carrefour de l?Afrique
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Les trottoirs de la rue La Corderie deviennent un carrefour de l?Afrique
Derrière leurs étals, rue La Corderie, Marie, la cinquantaine, et Shane, 20 ans, sont assises en plein soleil sur une page de journal ou un sac plastique, coincées entre la fumée des pots d?échappement, le trafic et les passants. En bordure de l?étroit trottoir, leurs étals se résument à une caisse retournée de 40 cm par 40 cm ou même un simple morceau de tissu posé à même le sol.
Broderies de coton, plateaux de vannerie, crocodiles ou éléphants en bois? elles vendent l?artisanat de leur pays, le Zimbabwe. En attendant qu?un client s?arrête, intéressé par leurs produits, Marie et Shane échangent quelques mots en shona, leur langue maternelle.
Ces objets venus d?ailleurs attirent les regards des passants, mais nombreux sont ceux qui ne font que jeter un ?il avant de continuer leur chemin. Les clients sont mauriciens ou étrangers. Mais ?ce sont surtout les touristes qui achètent?. Cependant, ces derniers temps, les clients se font rares. Certains demandent le prix, observant de plus près les objets finement sculptés à la main, mais ?ils disent qu?ils n?ont pas d?argent. Pour l?instant on n?a pas beaucoup de clients, mais pour les fêtes de fin d?année, on en aura?.
L?artisanat familial
Ces marchandes ambulantes viennent de loin pour mener leur commerce dans notre capitale. Elles sont du Zimbabwe, pays d?Afrique situé à l?ouest du Mozambique et au nord de l?Afrique du Sud. Trois fois par an, elles viennent à Maurice pendant un mois ou deux pour écouler leur marchandise, avant de repartir.
Si elles ne restent que de courtes périodes à Maurice, c?est parce que le visa touriste qui leur est donné lorsqu?elles entrent dans le pays est de deux mois maximum. Elles font donc des allers-retours entre Maurice et le Zimbabwe, ce qui leur permet d?aller s?approvisionner dans leur pays avant de revenir écouler leurs produits ici.
Les objets d?artisanat qu?elles vendent sont fabriqués par des Zimbabwéens. Certains sont même fabriqués par les familles des vendeuses. Shane montre fièrement les napperons que sa mère a faits de ses mains.
Durant ces quelques semaines qu?elles passent à Maurice, elles s?installent tous les jours, de 10 heures à 16 heures, rue La Corderie, pour gagner un maigre salaire qui est pourtant plus élevé que dans leur pays. C?est cet aspect économique qui motive ces femmes africaines à venir faire du commerce à Maurice. ?On gagne plus d?argent en roupies. Après on échange en dollars ou en euros avant de rentrer au pays, où on change en dollars zimbabwéens.? Economiquement, la vie est tellement dure et pauvre au Zimbabwe que même avec le coût du billet d?avion, les frais de cargo et les taxes sur la marchandise, elles se font ici plus d?argent que chez elles.
Tous les mois elles n?ont pourtant pas un salaire fixe. Celui-ci dépend des ventes. ?Pour 200 caisses, je gagne Rs 40 000. Et je vends ça en trois ou quatre semaines.? Mais, sur ce gain, elles payeront les taxes et leur billet d?avion. ?Sur 150 caisses de marchandises, on paye une taxe de Rs 6 000.? Ce qui leur fait au final un salaire bien maigre, mais cependant plus élevé que si elles travaillaient dans leur pays.
Ce commerce à l?étranger est courant. Ces marchandes zimbabwéennes ne s?arrêtent pas à Maurice. Elles mènent leur activité dans les différents pays relativement riches d?Afrique et même en Europe. Tandis que Shane est à Maurice, sa mère vend les mêmes produits en Afrique du Sud. Toutes deux ramèneront ensuite les devises étrangères durement gagnées dans leur foyer, avant de repartir de nouveau quelques mois plus tard.
AU QUOTIDIEN
En attendant de reprendre les études...
■ Marie vit dans une ?guest house?, comme la plupart des Zimbabwéennes ou Malgaches qui font le même métier. Travaillant beaucoup et n?étant à Maurice que pour de courtes périodes, elle n?a pas beaucoup de vie sociale. Mais, au travail, elle a sympathisé avec d?autres marchands de la rue. Shane habite chez des amis mauriciens, une véritable famille pour elle. Elle aime venir vendre son artisanat à Maurice, surtout qu?elle a depuis peu un petit ami mauricien. Elle parle anglais et apprend lentement le créole. Elle se sent bien intégrée : ?Mauritians are very friendly? et s?entend très bien avec les autres marchands ou vendeurs des différents magasins de la rue. Entre vendeuses, elles s?entraident, se font réciproquement des prix sur leurs produits. Le dimanche, Shane se fait coiffeuse, masseuse, manucure? pour arrondir ses fins de mois. La tante de Shane venait vendre l?artisanat zimbabwéen à Maurice bien avant elle. Cela a facilité son intégration à Maurice et son apprentissage du métier. Mais elle ne se voit pas continuer ce métier : ?Ce travail est très fatigant, on est au soleil, dans la chaleur toute la journée. On porte de gros sacs très lourds sur notre dos chaque jour. Mais je ne ferai pas ce travail toute ma vie, c?est temporaire, l?année prochaine, je vais reprendre mes études.?
Ces dames se sentent loin de leurs repères culturels et de leurs racines. ?Chez nous, on a de l?espace, on vit au milieu de la nature, les maisons ne sont pas les unes sur les autres comme ici?? Ainsi, Shane est bien contente de rentrer chez elle pour fêter ses 21 ans en février? et retrouver toute sa famille.
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