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Les synergies contre le dénuement

3 juillet 2008, 20:00

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La pauvreté et la figure du pauvre... Depuis quelques mois, les autorités tendent à s?investir de plus en plus en faveur de cette frange spécifique de la population. Dépourvu de moyens, ce groupe pauvre affiche des taux de prévalence bien supérieurs à la moyenne en matière d?échec scolaire, de chômage et de délinquance. L?exclusion sociale est le terreau premier des maux sociaux, alors exacerbés lorsqu?ils se concentrent en un même lieu.

Les 229 poches de pauvreté réparties à travers l?île sont le reflet des inégalités socio-spatiales. Combattre la pauvreté, c?est non seulement aider les populations vulnérables à sortir de cet état de dénuement, mais aussi atténuer autant que faire se peut la ségrégation spatiale liée. Le programme d?Eradication de l?extrême pauvreté (EAP), présidé par Carrim Currimjee, a débuté son travail le 1er juillet. Il dispose pour sa mission d?une enveloppe de Rs 395 millions. L?éducation primaire, la formation des adultes à des métiers décents pour obtenir des revenus stables, et la mise en place des infrastructures nécessaires sont parmi les tâches qui incombent à ce comité.

Depuis la mise sur pied du Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups en 1999, suite à une étude sur la pauvreté menée par le cabinet Appavou & Associates en 1997, le travail sur le terrain n?a pas cessé.

«De 2004 à 2006, le Trust Fund a fait un survey pour identifier et classifier les 229 poches de pauvreté dont on parle. Avant cela, en 1999 il y avait 53 localités qui étaient définies comme régions défavorisées», explique un fonctionnaire proche du dossier. Préférant parler de «pochettes de pauvreté», l?ancien président du Trust Fund, Darma Mootien, précise que «le Trust Fund s?était donné pour mission d?aider les plus vulnérables de notre société et non tous les pauvres, c?est là une nuance importante. Les plus vulnérables sont ceux qui, si on ne les aide pas immédiatement, risquent de disparaître. Ce sont les plus pauvres des pauvres».

<B>Coordonner les actions pour mieux lutter</B>

Les critères pour définir l?extrême pauvreté (voir hors-texte) mettent en relief le caractère multidimensionnel de la problématique. «C?est une tâche très complexe et ardue qui nous attend. Un état des lieux a déjà été fait par le ministère des Finances et d?autres institutions. Ces dernières, dont le Trust Fund, des ONG et des organismes privés, sont déjà investies dans le combat contre la pauvreté. Le rôle de l?EAP sera de coordonner les actions et d?apporter un soutien plus global. Beaucoup d?actions sont menées de manière isolée.

Le but sera donc d?agir de manière concertée en privilégiant les synergies d?acteurs, la coopération entre les différents organismes», fait ressortir Carrim Currimjee, le président du comité.

Les poches de pauvreté se répartissent de manière égale entre les zones urbaines et rurales. Toutefois, il est vrai qu?elles sautent plus aux yeux en milieu urbain, dans les faubourgs de la conurbation Port-Louis ? Curepipe. Pour autant, «la pauvreté reste très localisée, elle ne s?étend pas uniformément sur la totalité d?une région», souligne le fonctionnaire contacté. Ces poches de pauvreté agrègent en moyenne 40 à 50 maisons.

Les inégalités sociales trouvent leur écho dans l?espace géographique. «Parmi les 28 écoles constituant des zones d?éducation prioritaire, il y en a 27 qui sont dans les faubourgs», rappelle le même fonctionnaire cité plus haut. Constat éloquent. Néanmoins, parler de ségrégation spatiale, selon Darma Mootien, serait peut-être excessif. «Il existe, dans des quartiers chics, des pochettes enclavées de pauvreté. Toutefois, c?est une vérité que ces pochettes se retrouvent principalement dans les faubourgs des villes et sur la côte, où vit une grande majorité de la population générale. Même si tous les pauvres ne sont pas issus de cette communauté, ce serait pratiquer la politique de l?autruche que de ne pas tenir compte sérieusement de cet élément. S?il existe une partie de notre territoire qui, géographiquement, est caractérisée par la pauvreté, c?est bien Rodrigues, et là on peut parler de coupure géographique», détaille-t-il sans détours.

L?EAP s?attachera à coordonner les actions. Pour cela, il y aura déjà un travail de régionalisation afin que les actions soient plus ciblées. «Les organismes pourront alors concentrer leur aide, de manière concertée, sur des zones spécifiques», confie Carrim Currimjee. L?écart entre les plus riches et les plus pauvres, défini par le coefficient de Gini, augmente (il est passé de 0,371 en 2001-2002 à 0,389 en 2006-2007, soit l?indice le plus élevé depuis 1986). Si l?écart se creuse, c?est certainement davantage lié à la paupérisation grandissante des franges déjà pauvres de la population.

Gestion raisonnée des fonds alloués</B>

La tâche qui attend l?EAP est complexe. Le combat contre l?extrême pauvreté se mène sur différents fronts. La synergie d?acteurs est certainement la meilleure réponse à apporter. Les projets concrets n?ont pas encore été totalement définis. Le président de l?EAP, Carrim Currimjee, a conscience de la gravité du problème. La coordination des actions est la notion-clé.

Darma Mootien abonde dans le même sens tout en appelant à une gestion raisonnée des fonds. «Je crois en une politique de discrimination positive envers les plus vulnérables. Plus de logements sociaux, plus d?accompagnement des vrais travailleurs sociaux, plus de moyens de lutter contre les fléaux que sont la drogue, les vols et les viols etc. Par ailleurs, trop d?argent destiné à alléger la pauvreté ne sert pas à cette fin. Il faut une plus grande coordination entre tous les partenaires qui luttent contre la pauvreté.»

Le rapide développement économique de l?île n?a donc pas profité à l?ensemble de la population de manière équitable. Les inégalités se sont un temps atténuées avant de se creuser à nouveau. Les autorités et les organismes non-gouvernementaux ou privés se penchent avec raison au chevet des plus vulnérables. Un développement réussi est un processus endogène de long terme, qui cumule progrès de la productivité et réduction des inégalités. Or les inégalités sont plus vives. D?où l?urgence de répondre efficacement et rapidement à cette problématique.

<B>Les chiffres</B>

■ 229 poches de pauvreté extrême, réparties dans 118 localités

■ 7 157 ménages

■ 28 628 personnes

■ 100 000 Mauriciens bénéficient de l?«Income Support» et du «Food Aid»

■ en 2001-2002, 1,2% de la population (environ 14 000 personnes) vivaient avec moins de 2 USD par jour, soit Rs 760 par mois. Aujourd?hui, ce sont 5 000 familles qui disposent de moins de 2 USD par jour. Ce seuil d?extrême pauvreté a été défini par la Banque mondiale.

■ 26 000 familles vivent dans une pauvreté relative, c?est-à-dire qu?elles perçoivent moins de Rs 3 821 par adulte par mois.

■ Rs 395 millions ont été débloquées pour cette nouvelle année financière sous le programme d?Eradication de la pauvreté absolue.

<B>Les critères de définition</B>

■ Conditions de vie (logement en dur, en tôle?)

■ Accès à l?eau courante

■ Electricité

■ Facilités sanitaires

■ Nombre de personnes vivant sous le même toit

■ Taux d?alphabétisation

■ Niveau d?éducation

■ Chômage

■ Opportunités d?emploi dans la zone d?habitat

■ Accès aux services publics (transports, commerces, écoles?)

D?après un rapport de l?«International Fund for Agricultural Development» (IFAD), les poches de pauvreté sont d?abord apparues dans les régions nord et est de Maurice (en milieu rural), ainsi que dans les périphéries urbaines. D?autres poches ont émergé, notamment suite à la hausse du chômage, à mesure que l?île affronte la concurrence extérieure et perd en compétitivité. Selon l?IFAD toujours, les ménages les plus vulnérables sont ceux qui dépendent des industries sucrière et textile, faisant toutes deux face à des problèmes tant conjoncturels que structurels; ceux qui ne sont pas propriétaires terriens ou qui ne disposent que d?un petit lopin de terre; et enfin, ceux dont le niveau d?éducation reste faible (échec scolaire) et qui ne sont pas aptes à intégrer des circuits économiques dans un processus constant de modernisation et rattachés au système mondialisé.

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