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Les structures sont-elles adaptées ?

17 avril 2004, 20:00

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oui Indira Manrakhan ancienne directrice de l?ex-Economic Crime Office

Comment expliquez-vous cette perception que la corruption perdure ?

Les lois et les institutions contre la corruption sont là, mais il y a un problème au niveau de leur fonctionnement.

Quel est ce problème ?

J?estime que c?est la personne qui fait la fonction. Nous avons le code pénal, le Financial Intelligence & Anti-Money Laundering Act et le Prevention of Corruption Act qui régissent l?Icac. J?estime que le Financial Intelligence & Anti-Money Laundering Act est une loi qui a été bien pensée. En revanche, le Poca est « lourd », car il institue trop de comités et quand quelque chose cloche, tout est bloqué. Les guerres intestines au sein de l?Icac n?arrangent pas les choses. C?est donc aux responsables de démontrer que ces lois fonctionnent.

Vous pensez donc que cette perception est fondée ?

Oui, et pour la comprendre, il faut remonter dans le temps. Au début, il n?y avait que la police pour s?occuper des cas de corruption. Puis chaque gouvernement successif a mis en place sa propre instance. Cela, parce que chacun a réalisé que la police ne faisait pas son travail ou ne voulait pas le faire. C?est ainsi qu?il y a eu le tribunal anti-corruption, puis l?Eco et maintenant l?Icac. Le dernier sondage de StraConsult sur la perception de la corruption a démontré une aggravation de la situation.

Quels sont les secteurs touchés ?

Outre la douane et la police qui ont toujours été perçues comme des institutions corrompues, le système judiciaire et les banques sont maintenant sur cette liste. Je ne pense pas que le public ait le sentiment que les récentes enquêtes ont été bien faites ou ont abouti. Par exemple, dans le cas du ministre Choonee, le DPP a demandé que l?enquête soit relancée et dans l?affaire Air Mauritius, il n?y a que Gérard Tyack qui a été inquiété jusqu?ici. Ce qui scandalise le public, c?est que, malgré de sérieuses allégations, des gros bonnets, notamment ceux du secteur privé, n?ont pas été épinglés.

NON Rajesh Jeetah député du Parti travailliste.

En quoi ces structures sont-elles inadaptées ?

On n?a qu?à voir l?état de la situation pour s?en convaincre. Une récente étude de Transparency International a démontré que Maurice a régressé de la 37e place en 2000 à la 48e en 2003, en matière de perception de corruption. Si nos structures avaient été adaptées, je ne crois pas qu?on aurait régressé. Entre-temps, il y a eu, entre autres, l?affaire MCB-NPF, l?affaire d?Air Mauritius et il y a eu jusqu?ici aucune sanction prise contre les coupables.

Qu?est-ce qui ne va pas avec nos lois et institutions anti-corruption ?

L?ancien chef juge sir Maurice Rault a dit dans une déclaration à la presse : « Cette loi sur l?Icac est une des lois les plus stupides qui n?aient jamais été faites à Maurice. » Fin juriste, sir Maurice sait certainement de quoi il parle. Il y a donc fondamentalement un problème avec l?arsenal juridique créé.

Vous semblez déplorer une absence de volonté politique ?

Effectivement, il ne me semble pas qu?il y a une réelle volonté pour combattre ce fléau. Alors que les études de Transpa-rency International et de StraConsult commandité par l?Icac démontrent qu?une très grosse majorité de Mauriciens pense que le problème s?est aggravé, notre Premier ministre semble minimiser l?affaire. Il dit ne pas croire aux sondages.

Y a-t-il une sorte d?impunité autour ?

Oui, et les faits parlent d?eux-mêmes. D?abord, le nom d?un senior minister a été cité par rapport à une affaire, à la suite de quoi l?Eco a été dissoute. Puis il y a eu cette allégation à l?effet qu?un ministre aurait donné une terre de l?État à sa petite amie. Il y a eu encore le cas d?un autre ministre qui a été dénoncé par les taximen. Un quatrième ministre a été impliqué dans le scandale des terres de l?État. Il n?y a pas qu?un sentiment d?impunité. Comment voulez-vous que le citoyen ordinaire, impliqué dans un cas de corruption, ne sente pas qu?il peut lui aussi s?en tirer.

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