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Les solitudes de l?être en tri-phase

9 novembre 2003, 20:00

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Ceux présents au Théâtre Serge Constantin le samedi 1er novembre 2003 à 20 heures auront vécu un rare moment de la danse à Maurice. Jean Renat Anamah et la Compagnie de Danse JCJR présentaient leur spectacle Tri-phase ? Somewhere-Somewhat? & Déguisema? avec la participation de Christine d?Andrès, chorégraphe suisse, dans un solo, Solitudes.

A entendre, au départ même du spectacle, les premières phrases de Superstar du groupe anglais Leftfield, et à voir les premiers pas des trois danseurs sur scène, l?on se demande, avec raison, si la musique a été composée pour le spectacle. L?on saisit très vite l?évolution de la chorégraphie signée Anamah, au fil des accents d?un monde industrialisé, puis en marche au pas d?une technologie, où le virtuel occupe de plus en plus de place; cette toile d?araignée qui piège dans ses fils tous et chacun.

Mais avant d?en arriver là, la danse rappelle les premiers pas d?une humanité construite sur le fil et par le fil. Pour, aujourd?hui, ne plus tenir qu?à un fil, en conflit avec soi-même, en négation avec notre propre image, jusqu?à ce qu?elle nous absorbe. Une réflexion profonde sur la société mauricienne; où les relations s?effritent, où le paraître prend le dessus sur l?Etre. L?arbre-personnage tentera, toutefois, de racheter l?âme qui se perd.

Avec une précision d?horloge, une acuité raffinée, Anamah nous entraîne au long d?une projection, où la danse contemporaine mauricienne, nourrie des perspectives de l?Américain d?origine russe, Alvin Nicolaïs, prend des allures d?avant-garde. Et pourtant, la gestuelle de Tri-phase épouse, avec le positionnement des doigts, la rotation des poignets, et les frappes de pied, les pas du Bharat Natyam familier aux Mauriciens.

La phase 2 verra, pour la première fois sur une scène mauricienne, la chorégraphe et psychomotricienne suisse, Christine d?Andrès, dans Solitudes. A la voir évoluer, l?on prend conscience qu?il s?agit là d?une danse où le corps a davantage d?importance. L?on mesure toute l?influence de sa profession parallèle sur ses créations. Elle travaille à partir du squelette, et ?dessine l?espace? selon un placement, une respiration personnelle. Une expression, sans doute, moins facile à saisir que celle, anecdotique. Mais combien plus recherchée, plus spirituelle.

Pourquoi Solitudes ? Et au pluriel ? On pourrait l?interpréter comme celle de la chorégraphe-danseuse. Sur un point où l?île la rattrape à chaque pas. Elle pourrait être celle de tous, dans un monde, pourtant, qui se fait de jour en jour village; un monde qui s?agrandit aussi par les progrès technologiques. Pour Christine d?Andrès, il s?agit à la fois de ?toutes les solitudes, qu?on vit et qu?on ressent différemment, suivant l?environnement dans lequel on se trouve.?

Des solitudes qu?elle exprime de façon minimaliste, selon trois espaces; en dessinant des figures symboliques : d?abord, le rectangle : ?C?est la solitude citadine, des solitudes en parallèle .? Qu?un rare regard révèle. Suit le cercle. Une danse en silence pour dire ?une solitude plus intime, plus profonde aussi.? Moins exposée, celle-là, aux regards des autres. ?Le cercle, pour moi, a quelque chose de rituel?, dira Christine d?Andrès. La dernière figure, est un carré, un losange. Il symbolise l?île en ses points cardinaux.

<B>?Un travail dans la durée?</B>

Et où se situe la chorégraphe, venue des hauteurs de la Suisse ? ?Ma solitude est un petit peu insulaire. Il s?agit d?une restriction géographique. On a, cependant, l?envie de tracer. son chemin. Et de trouver sa place.? Celle aussi de cette jeune maman qui a donné vie en terre mauricienne ? la petite fille a deux ans et le petit garçon trois mois. L?on comprend ?le challenge? qu?elle relève seulement un mois après avoir accouché.

Il ne faut pas rater le coche. Pendant les quatre années passées dans l?île-point, par 20° Sud, elle est en quête ?de quelque chose?. Ce quelque chose, proche d?elle, qu?elle cherche dans les différentes cultures de l?île. Mais vite, elle constate, ?qu?elles sont encore fermées.? Elle finit par trouver réponse à sa recherche. C?est chez Jean Renat Anamah, qu?elle trouvera ce travail sur l?énergie, ce perfectionnisme, ce professionnalisme, auquel elle tient. ?J?ai trouvé chez lui cette envie de sortir de ce qui est fait à Maurice?, vers un aboutissement autre. Un ?énorme plaisir? succède à la crainte du début. La curiosité se trouve attisée, cette envie de voir ailleurs?

En phase 3, Jean Renat y mêle, comme en phase 1, deux toutes jeunes de ses élèves, Camille Sénèque et Natasha Petit. Une promesse certaine. Ce temps accentue le paraître, la sophistication des vêtements, la destruction de l?Etre, le fil d?alimentation, celui de la vie, quelque part est coupé.

Le jeu du miroir, du reflet, prend des proportions alarmantes. L?on partage l??hypersatisfaction? de Jean Renat Anamah devant l?aboutissement de ce travail, si nouveau pour l?île-point. ?Un travail dans la durée, avec régularité, un travail très très poussé?, celui de la maturité.

Au final, le reflet refuse de se calquer aux dimensions de l?homme. Dû à un manque technique du lieu, sa monumentalité arbitraire échappe au chorégraphe. Qu?il ne s?en attriste pas. La note inattendue vient parfaire son ?uvre. Impressionnante, cette dernière image résonne en mémoire. Elle s?imprime à jamais sur la rétine de l?assistance. Sa fonction, n?est-elle pas de t?absorber ? Sa fiction, c?est pour mieux t?engloutir mon enfant !

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