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Les Sciences humaines, il y a un siècle
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Les Sciences humaines, il y a un siècle
Il y a un siècle de cela, les sciences humaines posaient leurs fondements dans certains domaines et gagnaient du terrain dans d?autres. Tandis que naissait la psychanalyse au début du vingtième siècle, la sociologie, l?anthropologie, la linguistique et la philosophie étaient déjà bien engagées dans la recherche de l?origine de l?homme et dans l?interprétation de ses actes.
Il y a exactement cent ans de cela, chaque mercredi soir, Sigmund Freud organisait chez lui une rencontre avec des médecins et intellectuels intéressés par l?inconscient et la libido. Les résultats de ses travaux allaient donner les Trois essais sur la théorie de la sexualité. Pour enrichir ses recherches, il travaillait par la même occasion sur le rapport de l?esprit avec l?inconscient. Au début du même siècle, il sort La Science des rêves. L?ouvrage fut accueilli comme une voie royale donnant accès au sens profond de nos rêves. Freud venait d?inventer la psychanalyse.
Si la sociologie française avait bien pris son envol au courant de la moitié du dix-neuvième siècle, c?est au début du vingtième siècle que la discipline commençait à prendre corps. En France, Gabriel Tarde, René Worms, et Emile Durkheim régnaient déjà sur la scène des sciences sociales lorsqu?en 1903 Frederick W. Taylor fonda l?organisation scientifique du travail. Il présenta dans La Direction des ateliers les principes de travail qui allaient être connus comme le taylorisme et qui allaient influencer le monde industriel à venir notamment avec l?introduction de la division du travail.
En Allemagne la sociologie n?existait pas encore au début du vingtième siècle. C?est en 1903 que Max Weber, Werner Sombart et Joseph Schumpeter créèrent la première grande revue de sciences sociales. Werner Sombart venait de rendre public ses travaux sur le capitalisme moderne. Il avait étudié en profondeur les fondements économiques, sociaux et culturels de l?économie capitaliste dans son Capitalisme moderne, en mettant l?accent sur les monopoles et l?impérialisme. Des nouvelles relations sociales émergeaient lentement en Allemagne pour fonder la pensée des sociologues et philosophes allemands qui allaient dominer la scène mondiale pendant la première partie du siècle.
Avancée de la psychologie
Pendant la même année, la psychologie avançait d?un grand pas grâce à Alfred Binet, fondateur de la revue L?Année psychologique, qui présentait sa théorie de l?intelligence dans son Etude expérimentale de l?intelligence. Avec son collaborateur Théodore Simon, il inventa une série d?exercices capables de construire une échelle métrique de l?intelligence qui aura pour nom l?échelle Binet-Simon. L?influence fut mondiale. En 1917, la technique fut même utilisée par l?armée américaine pour ses nouvelles affectations militaires.
Le début du vingtième siècle bouscula aussi la vision du monde primitif d?alors. Le responsable fut un certain Franz Boas, anthropologue allemand installé aux Etats-Unis, considéré comme le père de l?anthropologie culturelle. Ses recherches révélèrent que les sociétés dites primitives étaient plus structurées qu?on ne le pensait, que les hommes primitifs possédaient une culture où les règles morales étaient bien assises. Qu?il s?agisse des tribus africaines, des peuples d?Océanie, des aborigènes d?Australie ou des Indiens d?Amérique, la vie à la sauvagerie initiale laissait apparaître une certaine organisation sociale. Son voyage ethnographique chez les Esquimaux l?amena à la déduction que la culture d?un peuple était plus importante que ses conditions biologiques pour comprendre ses comportements. Il s?opposait ainsi aux théories racistes de l?anthropologie physique et à l?évolutionnisme. Grâce à lui l?étude des ?cultures? prenait le pas sur celle des races.
Arrivée du structuralisme
Comprendre son origine c?est aussi étudier sa langue. Pour cela il fallait de temps en temps réinventer le visage de la langue. Ferdinand de Saussure, sous l?influence des idées du sociologue Durkheim, est l?homme qui donna à la linguistique un avant et un après en montrant que la langue est ?un système organisé et doué d?une fonction sociale? ? on devine déjà l?arrivée du structuralisme. Depuis Saussure et sa linguistique générale, toute langue a retrouvé sa structure interne cohérente où les signes prennent sens les uns par rapport aux autres. Dorénavant, une langue peut être étudiée non seulement dans son évolution historique mais aussi dans son approche synchronique.
A peu près à la même période, une philosophie venue d?Amérique sous le nom de pragmatisme inaugurait une nouvelle vision darwinienne de la connaissance. William James, psychologue et philosophe, professeur à Harvard, présentait une thèse dans laquelle il montrait que nos idées ne sont ni vraies ni fausses, mais tout simplement utiles. Elles sont des croyances fonctionnelles : vraies quand elles sont adaptées et fausses quand elles ne le sont plus. Il en va de même pour l?idée du bien et du mal. Les actions bonnes ou mauvaises se mesurent à leurs conséquences et non aux principes fixes auxquels on les rattache définitivement. Bien sûr, le pragmatisme trouvera sa pleine application dans la politique américaine. Pas étonnant alors qu?un certain Bertrand Russel y verra une ?philosophie de commerçant? !
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