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Les receveurs ont la peur au ventre
«Pas un seul geste, sinon je te tranche la gorge. Si tu veux avoir la vie sauve, remets tout l?argent que tu as sur toi. » Nous sommes à Belle-Étoile, la semaine dernière. Celui qui parle est un malfaiteur armé d?un sabre et d?un cutter. Il vient d?immobiliser le receveur d?un autobus de la Corporation nationale de transport (CNT) après avoir donné l?ordre aux passagers de se regrouper à l?arrière du véhicule. Le receveur n?a eu d?autre choix que de lui remettre la recette du jour et une somme de Rs 1 000 qui lui appartenait.
Bien que les chiffres indiquent une baisse des agressions sur les receveurs, ? 45 cas en 2002, contre 33 en 2003 et 18 en 2004 ? la série noire se poursuit. Rien que pour les trois premières semaines de mars, quatre agressions ont été perpétrées. Pas plus tard que jeudi, Mohammed Fadil a été attaqué par deux individus à Abercrombie, Sainte-Croix, et a été blessé à coups de sabre. La recette ainsi que son portable ont été emportés. Les receveurs ne cachent plus leur peur : « Cela ne peut plus continuer. Trop, c?est trop ! Notre sécurité et celle des voyageurs sont en danger », lâche, en colère, le porte-parole d?un front commun syndical affilié au Mauritius Labour Congress (MLC).
Comment protéger les receveurs ? À un certain moment, la police effectuait des rondes dans les lieux et aux heures à risques. « Il est regrettable que l?on ait abandonné cette initiative. Les voleurs sont plus audacieux. Ils vous attaquent à n?importe quelle heure de la journée et dans des endroits très fréquentés », assure M. Lauloo, conseiller technique et négociateur de l?Union of Bus Industries Workers.
Les compagnies de transport ont elles-mêmes multiplié les solutions. On a évoqué l?installation de coffres-forts dans les autobus (réglement ministériel datant de 2004), l?installation de système de surveillance sur caméra vidéo, le recrutement du personnel parmi les résidents de ces lieux, l?initiation des receveurs et conducteurs aux techniques de self-defense, l?introduction de tickets ou d?un abonnement pour réduire la circulation d?argent, l?installation d?appareils connectés à un réseau satellitaire qui permet de localiser les véhicules, mise en route de programmes de formation de receveurs? Cependant, force est de constater que leur application n?a pas été uniformisée.
« Finis les discourse nous voulons des actions »
Cela tient sans doute au fait que les directeurs des compagnies d?autobus ont des points de vue divergents sur la question des risques. Ainsi, Sanjeev Gobhurdun, directeur de la compagnie Rose-Hill Transport (RHT), estime qu?il ne faut pas surdramatiser les cas d?agression, même si ceux-ci constituent une difficulté majeure pour les receveurs.
L?attaque dont le receveur de la CNT a été victime à Belle-Etoile a choqué Raj Daliah, le directeur général. « C?est du hijacking. » Pour lui, ces actes de violence constituent un véritable problème auquel la CNT accorde une attention toute particulière.
De même, pour Aleem Bundhoo, Traffic Manager à la United Bus Service (UBS), la situation est intolérable.
« Les agressions dans les autobus augmentent. Nous savons que vous avez une tâche difficile. Cependant, nous n?avons d?autre choix que de solliciter votre aide », écrit-il au commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh, dans une lettre datée du 17 mars et dans laquelle il donne des détails sur trois agressions.
Le ministère des Infrastructures publiques et du Transport prend très au sérieux la peur des receveurs. Vingt-quatre heures seulement après avoir réceptionné une communication du front commun des syndicats affiliés au MLC, Ajay Gunness, nouveau ministre de tutelle, a immédiatement convoqué une réunion avec les syndicats. Vendredi, Narainduth Bachraz, secrétaire permanent de la division du Transport, a présidé une importante réunion dont la convocation a été décidée bien avant les récentes agressions.
Statistiques à l?appui, la police refuse d?overreact. Sur les 18 cas consignés en 2004, quatre ont été solutionnés. L?enquête se poursuit sur sept cas alors que les sept autres cas ont été classés. La police affirme avoir déjà arrêté les auteurs de deux cas enregistrés depuis le début de l?année. « La police ne veut en aucun cas polémiquer avec quiconque. Grâce à nos différentes structures de sécurité, nous assurons une présence permanente sur le terrain », déclare Ramanooj Gopalsingh, commissaire de police.
« Demain, le front syndical affilié à la MLC a une rencontre avec le commissaire de police. Si nous n?obtenons pas satisfaction, nous demanderons à nos membres d?abandonner leurs véhicules dans les rues de Port-Louis. Finis les discours, nous voulons des actions fermes », explique le porte-parole du front commun syndical.
Des passagers indifférents
La majorité des récents cas d?agression ont été répertoriés à Port-Louis Nord (5 cas en 2004) et à Port-Louis Sud (9 cas). En revanche, trois des quatre cas enregistrés cette année ont eu lieu dans la région de l?Ouest.
Les armes tranchantes ne sont généralement utilisées que pour effrayer et décourager toute tentative de résistance.
La plupart des agressions ont lieu aux environs de 19 heures, quand le nombre de passagers est généralement restreint dans ces localités jugées à risques par les receveurs et leurs syndicats. Il est rare que les voyageurs tentent d?intervenir. Par exemple, ceux présents lors de l?incident de Belle-Étoile ont cherché la porte de secours pour fuir. Dans un autre cas, la chute accidentelle du sabre de l?agresseur n?a point fait réagir les passagers. « Personne n?a jugé opportun de s?attaquer à cet énergumène », explique un policier qui tient à garder l?anonymat.
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