Publicité

Les réfrigérateurs d?IBL victimes de la mondialisation

12 juillet 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Aux yeux des profanes, nos stratégies économiques zigzaguent tellement (n?en déplaisent aux doctoresses universitaires allergiques à ce verbe) qu?il est parfois plaisant pour le profane de revenir en arrière, ne serait-ce que pour s?amuser à voir nos décisionnaires et autres économistes faire aujourd?hui le contraire de ce que leurs devanciers, pas moins alarmistes qu?eux, préconisaient il y a seulement un quart de siècle.

En 1982 et même avant, les plus patriotes d?entre nous exhortaient sagement la population à consommer autant qu?elle le peut les produits fabriqués localement. Ils vantaient à juste titre les nombreux bienfaits de l?autosuffisance, notamment en termes d?économie de devises étrangères et de création d?emplois productifs. Cela supposait forcément une protection douanière, sous forme de taxation des produits importés et de subventions du made in Mauritius.

Les grandes nations industrialisées finissent par comprendre qu?une telle stratégie, pleine de bons sens, constitue une menace pour leurs exportations. Elles imposent alors, à tous les pays en voie de développement et même de sous-développement, la mondialisation et ses corollaires : la libéralisation du commerce international et l?abolition ou presque des taxes douanières, surtout celles protégeant les produits locaux. Pour imposer le dogme de cette globalisation les gendarmes, sinon LE gendarme, de la planète Terre, ces spécialistes du fais-ce-que-je-te-dis-et-ne-fais-pas-ce-que-je-me-permets-de-faire, dégainent leurs armes favorites : le divide and rule, la carotte, le bâton et le coup de massue.

On divise pour régner en doublant les aumônes aux pays béni-oui-oui et en fermant les guichets payeurs aux peuples récalcitrants. La carotte prend la forme de simples promesses de vente sur les marchés occidentaux, promesses du style ?Wall Street est disposé à acheter tant de macatias coco par jour à condition qu?ils soient enveloppés dans du papier alu made in Chicago?. Le bâton c?est la menace d?abolir des quotas d?entrée sur les marchés porteurs, quotas que seuls ont le droit d?imposer les plus puissants aux plus faibles et surtout aux pays démocrates qui, comme Maurice, essayent de se tenir sur leurs propres jambes. Le coup de massue c?est l?imposition aux pays dits en développement de normes sophistiquées impossible à respecter. Exemple : à Maurice, des acheteurs amerloques annulent une commande juteuse sous prétexte qu?ils ont vu, aux abords d?une usine textile, un enfant accompagnant son père, marchand de dholl puree ou de glaçon râpé, ne faisant pas partie du personnel de ladite usine. Le contrat résilié, les mêmes gros acheteurs s?en vont acheter des montagnes de tapis, fabriqués par des gamins de moins de douze ans, plus ou moins condamnés à la cécité précoce. Voilà à quoi ressemble la Justice mondialisée, telle que la conçoivent les Big Brothers, dirigeant notre planète, au bord d?un réchauffement climatique catastrophique, causé en grande partie par les abus des nations les plus industrialisées mais aussi les plus égoïstes.

Nos économistes et financiers les plus qualifiés ricaneront à l?énoncé d?une vision aussi simpliste de l?histoire économique de notre Humanité depuis les années 1990. Il n?empêche qu?elle peut être partagée par la masse de consommateurs qui ne comprennent pas pourquoi, en 1982, ils pouvaient acheter chez IBL des réfrigérateurs de douze pieds cubes et à deux portes pour une dizaine de milliers de roupies, tandis qu?aujourd?hui nous n?avons droit, pour le même prix, qu?à des mini-réfrigérateurs, deux ou trois fois plus petits et moins pratiques, fabriqués quelque part par des ouvriers et même par des enfants, touchant à peine une cinquantaine de roupies par jour, mais sous licence d?une puissante multinationale.

En juillet 1982, IBL annonce, en effet, la production de robustes réfrigérateurs de la marque Blyfridge, faisant suite à ses téléviseurs Blytronics. Les Blyfridge d?IBL bénéficient de la licence de Leibhorr International d?Allemagne. La même fabrique produira les pièces indispensables au montage des appareils. La production s?élèvera pour commencer entre 3 000 et 5 000 appareils par an. La conception des modèles tient compte des préférences de la clientèle mauricienne, d?où un volume plus conséquent accordé au bloc congélateur qu?à celui réfrigérant. Blyfridge fabriquera aussi des glacières, des congélateurs et réfrigérateurs pour les besoins commerciaux.

En 2007, IBL ne produit plus de réfrigérateurs, faute de protection douanière et de subventions dues, jadis, aux produits locaux. Il paraît que di déhors est redevenu préférable aux produits locaux. Cela est infiniment regrettable car le quart de siècle écoulé confirme la robustesse à toute épreuve de ces réfrigérateurs made in Mauritius. Ceux qui ont la sagesse de les conserver chez eux et qui sont pleinement satisfaits de leur performance, ne les échangeraient pas pour tout l?or du monde contre les réfrigérateurs zouzou ménaze en vente, de nos jours, dans nos grandes surfaces. Il paraît que cela s?appelle le progrès économique.

Publicité