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Les prochaines élections générales à la proportionnelle
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Les prochaines élections générales à la proportionnelle
Votre priorité en 2004 sera l?économie. Pour la population, la lutte contre le chômage est la première des priorités. Peut-on avoir un ordre de grandeur du nombre d?emplois qui seront créés cette année ?
Difficile à dire. Surtout que de plus en plus à Maurice et dans beaucoup d?autres pays, qui passent à un stade supérieur de leur développement économique, davantage d?emplois sont créés dans les petites et moyennes entreprises (PME), dans le self-employment et le secteur informel. Les méthodes classiques de calculer le chômage ne s?appliquent plus vraiment à Maurice. Ces méthodes indiquent qu?il y a 10 % de chômage à Maurice. Mais moi, je suis député, et même si je suis le Premier ministre, je reçois le public chaque mercredi. Si le taux de chômage avait atteint 10 %, j?aurais été le premier à le constater. Je pense que le taux de chômage devrait tourner autour de la moitié de ce chiffre. D?ailleurs nous devons recruter presque 20 000 ouvriers étrangers pour travailler dans la zone franche.
<B> Pourquoi ?
Parce que les Mauriciens préfèrent travailler dans les secteurs informels, avec la famille, dans les PME, même à temps partiel. On préfère des petits boulots à un travail à plein temps dur avec des heures difficiles dans la zone franche.
Les ouvriers licenciés de la zone franche ne se retrouvent pas dans les catégories pour lesquelles des emplois sont créés?
Dans mon message de fin d?année j?ai parlé de la réforme du système d?éducation, mais en même temps des efforts accrus pour train and retrain nos ressources humaines. C?est vrai, certaines fermetures d?usine sont inévitables dans la zone franche, mais d?autres vont s?ouvrir. Il faut restructurer. Nous nous tournons vers les filatures, on devra monter vers le haut de gamme.
Et les autres secteurs ?
En ce qui concerne la création d?emplois, depuis trois ans nous ne négligeons aucun créneau. Nous n?en négligerons aucun en 2004 et dans les années à venir. Même dans l?agriculture, où l?on réduit le nombre d?emplois dans le secteur sucrier, il existe des potentiels dans le secteur non-sucre. Avec les nouveaux hôtels et les Integrated Resort Schemes (IRS), le tourisme est devenu l?un des secteurs où l?on créera le plus d?emplois. Il y également le secteur des services financiers et des nouvelles technologies, les PME et le secteur informel.
Mais que fait-on pour les unskilled workers, ceux qui échouent au CPE ?
Il faudra inventer des programmes pour ces catégories sociales. À la rentrée, je prendrai des initiatives en ce qui concerne la formation.
Atteindra-t-on les 20 000 emplois promis dans les nouvelles technologies ?
Au lieu de chiffrer à droite et à gauche, je préfère dire que nous ferons le maximum dans tous les secteurs, y compris celui des nouvelles technologies. Si l?on arrive à 20 000 emplois tant mieux.
Les nouvelles technologies ne sont-elles plus le secteur qui nous aiderait à résorber le chômage de façon significative ?
Les nouvelles technologies ne constituent pas seulement un secteur qui créera des emplois pour les jeunes. Elles vont aussi pénétrer d?autres secteurs de l?économie pour donner un boost à la productivité en général. Les nouvelles technologies sont importantes pour permettre au pays de passer à une Information Society.
<B> Le ministre Jeeha et vous-même étiez plus optimistes par rapport aux nouvelles technologies. Auriez-vous revu vos prévisions ?
Non, je ne me suis pas hasardé à chiffrer avec précision le nombre d?emplois à être créés, ni à mettre la barre trop haut. Je me suis contenté de dire que nous ferons tous les efforts nécessaires et que nous encouragerons le secteur privé à investir, car l?un des nos problèmes à Maurice est que le taux d?épargne est satisfaisant mais que celui de l?investissement par le secteur privé ne l?est pas.
Pourquoi cela ?
Il y a différentes raisons à cela. Il y a le mood en général et le contexte international. Le 11 septembre, le SRAS, la récession, et de gros nuages à l?horizon du textile, tout cela a un impact. Puis, il y a les problèmes que nos entreprises ont rencontrés récemment à Madagascar. Il y a aussi la façon de faire de l?Icac. On ne mesure pas assez les effets de la manière de procéder de l?Icac dans l?affaire Mauritius Comercial Bank-National Pension Fund (MCB-NPF). Tout cela joue sur le mood des investisseurs, car finalement le taux d?investissement dans un pays c?est l?addition de toutes les décisions individuelles d?investir, de prendre des risques. Or, quand le mood international n?est pas bon, quand on passe par des moments difficiles dans la région, cela influe sur les décisions individuelles d?investir. Le gouvernement crée l?encadrement général en baissant les taux d?intérêt et en accordant toutes sortes d?incitations. Nous travaillons en partenariat avec le secteur privé. Je salue les investisseurs mauriciens qui ont le courage d?investir dans les créneaux de pointe.
<B> Le tourisme est appelé à se développer, mais voyager par Air Mauritius coûte cher?
Il n?y a pas que la cherté du billet. Il y a également la question du nombre de places disponibles. 2004 sera l?année des défis à être relevés en ce qu?il s?agit de l?Air Access Policy. Mais nous tiendrons compte des intérêts d?Air Mauritius. Avec les nouveaux hôtels et les IRS nous aurons en 2004 un nombre impressionnant de chambres additionnelles. Le volume de sièges dans les avions devra suivre. Air Mauritius est notre transporteur national, il est vital pour notre tourisme mais néanmoins, il faut faire venir le nombre de visiteurs requis pour remplir les chambres additionnelles.
<B> Cela prendra-t-il la forme d?une libéralisation de l?accès aérien ?
Nous sommes en plein brainstorming, je ne veux pas en dire plus. En ce moment, le secteur privé fait ses propositions. J?ai demandé au nouveau ministre du Tourisme de s?occuper de ce dossier en priorité, avec un esprit ouvert, tout en tenant compte des intérêts d?Air Mauritius.
<B> Augmenter le nombre de places dans les avions se fait soit en diversifiant les transporteurs ou en augmentant le nombre d?avions d?Air Mauritius. Quelle option préférez-vous ?
Il y a une limite au nombre d?avions qu?Air Mauritius peut acheter ou louer. Mais il nous faut jouer sur les deux tableaux et avoir un bon mélange des deux. Je pense qu?Air Mauritius a les moyens de continuer sur sa trajectoire de succès et en même temps d?augmenter le nombre de places dans les avions en direction de Maurice.
L?Etat ne contrôle pas les prix dans un marché libéralisé, mais comment fait-il pour protéger le pouvoir d?achat du consommateur ?
Le contrôle généralisé des prix ne marche plus. En empêchant les monopoles et les cartels, on peut satisfaire les consommateurs. La concurrence leur donnera un choix . Mais, malgré cela, il y aura des augmentations inévitables. Quand les prix à l?importation augmentent et que le taux de change évolue négativement, même s?il y a concurrence, les prix seront majorés. Il faut toutefois se rappeler que le National Remuneration Board et le Permanent Arbitration Tribunal accordent des augmentations de salaires. Il y a également la compensation salariale annuelle qui est accordée pour compenser les augmentations de prix.
L?augmentation annoncée du prix du pain fait-elle partie de ces majorations inévitables ?
Je n?ai pas encore vu le dossier de l?augmentation du prix du pain. La politique gouvernementale veut que les prix contrôlés n?augmentent pas plus d?une fois dans une année. Comme la compensation salariale est payée annuellement, nous souhaitons que les hausses des prix inévitables viennent après un an. Notre démarche générale veut aussi que le prix individuel n?augmente pas quand il est en dessous de 5 %. Mais là aussi, il y a parfois des exceptions, car aucun opérateur ne produira à perte.
<B> Vous dites qu?en 2004, le pays récoltera les efforts consentis durant les années précédentes. Peut-on s?attendre à une réduction de la TVA ?
Je ne crois pas que nous ayons cette marge de man?uvre. Au contraire, nous avons des engagements précis avec la Banque mondiale et surtout avec l?Union européenne (UE). Maurice bénéficie de l?aide budgétaire de l?UE, mais celle-ci a des comptes à rendre à ses contribuables et elle impose des conditions et des critères. Nous devons, par exemple, réduire notre déficit budgétaire et le ramener à 3 % en 2005-2006. Ce sera très difficile car nous venons de payer les salaires recommandés par Pay Research Bureau (PRB). Mais cela est pris pour acquis. Nous devons faire trois choses qui relèvent de la gymnastique budgétaire : mettre en pratique les recommandations du PRB, réduire le déficit budgétaire et continuer à investir dans l?éducation, dans l?environnement et dans les nouvelles technologies. Franchement, je ne vois pas la possibilité d?une baisse de la TVA dans un proche avenir. Permettez-moi d?ajouter que la dette publique demeure un de nos gros problèmes au niveau national. Elle bouffe notre budget et représente un poids considérable en termes de dépense budgétaire. Elle reste un gros handicap dans nos efforts pour réduire notre déficit. Nous avons hérité d?une dette publique écrasante du précédent gouvernement.
<B> Mais l?opposition soutient que c?est le présent gouvernement qui augmente la dette publique?
La dette publique continuera à augmenter. Elle a doublé sous le gouvernement travailliste. Vous savez, la dette publique, c?est comme le Titanic, quand elle dérive, c?est difficile de lui faire changer de cap. Inévitablement elle continuera à s?accumuler pendant un certain temps. Donc, elle a continué à augmenter sous le présent gouvernement et c?était inévitable. Avons -nous les moyens d?éliminer une partie de notre dette publique de Rs 50 milliards ? Ce n?est pas facile. On peut trouver des solutions, mais elles prêteront à controverse. Toutefois, nous nous penchons sur la question. Au début de l?année, je vais revoir toute la question, mais s?il y avait encore un ou deux Mauritius Telecom où l?on peut vendre 30 ou 40 % d?actions et utiliser les recettes, non pas pour financer le budget courant, comme l?avaient fait les travaillistes, mais pour réduire la dette publique, cela aurait été un grand soulagement. Mais ces possibilités n?existent plus.
<B> Vous avez parlé de l?Icac. N?est-il pas temps de mettre de l?ordre dans cette institution ?
Si le gouvernement intervient, les mêmes personnes qui nous demandent de mettre de l?ordre à la commission anti-corruption seront les premiers à crier que l?on tue l?Icac pour protéger les corrompus. Nous laisserons les choses aller jusqu?à terme. Mais l?Icac a fait beaucoup de tort au pays. Nous n?avons pas le droit d?oublier que la MCB est la principale institution bancaire du pays et que la majeure partie de l?investissement privé passe par cette banque.
Les comités de l?Icac et le comité parlementaire ont-ils fonctionné convenablement ?
Ce n?est ni le comité parlementaire ni quelque comité d?outsiders qui est le problème. C?est l?Icac le problème. L?Icac a été une faillite à ses débuts. J?espère qu?elle fera un bilan et qu?elle a la capacité de se ressaisir et de prendre un nouveau départ.
Au lieu de combattre la corruption, l?Icac est pris avec ses problèmes internes. Jusqu?à quand cela durera-t-il ? M
L?Icac is running out of time. Elle a joué un mauvais tour au pays. Mais nous lui donnons une dernière chance.
<B> Jusqu?ici, il n?y a eu aucune rencontre Etat-église et Jean-Maurice Labour, le vicaire général, parle de trahison?
S?il n?y a pas eu de rencontre, c?est parce que les autorités catholiques ont demandé du temps pour se pencher sur ce qui s?est passé. Afin de bien démontrer l?importance que j?attache, en tant que Premier ministre, à toute la question, j?avais proposé une rencontre, le jour même où Mgr Piat est rentré de Londres. C?est à sa demande qu?elle a été reportée. Je respecte ce souhait. Je suis bouleversé de constater qu?il y a une blessure profonde du côté des autorités catholiques. Je considère injustes certaines critiques adressées au gouvernement, mais je comprends le contexte dans lequel elles sont formulées. Je veux montrer mon souci.
C?est pourquoi je reprendrai le dossier afin de voir tout ce qui s?est passé en Cour suprême et devant le Privy Council. Je pense aussi que cela vaut la peine de remonter à 1976-77 afin de voir de quelle façon le paiement des frais de scolarité par le gouvernement à travers la Private Secondary Schools Authority a été introduit, dans le cas des écoles catholiques. Je répète que le gouvernement souhaite travailler avec les écoles confessionnelles en général, et les écoles catholiques en particulier, dans le secteur de l?éducation.
La proportionnelle sera--t-elle introduite avant les prochaines élections générales ?
Oui. Je souhaite que le rapport du Select Committee présidé par Ivan Collendavelloo propose un bon mix de ce qui existe déjà et l?introduction d?une dose de proportionnelle. Je souhaite que le gouvernement et le Parlement approuvent ce qui sera proposé et je pense qu?il serait dans l?intérêt de Maurice si la mise en place du nouveau système est complétée avant les prochaines élections. Mais, si l?on ne parvient pas à le faire, ce ne sera pas la fin du monde.
La « Muslim Personal Law » sera-t-elle réintroduite en 2004 ?
Je reprends le dossier au début de l?année. J?aurai un entretien avec Sir Hamid Moollan qui avait présidé un comité composé de personnes de bonne volonté et de légistes. Ce comité avait produit un interim report que j?ai lu plusieurs fois. À partir de là, on verra. En tout cas, je n?ai pas l?intention de jump to conclusions. Je sais comment procéder pour qu?il y ait un débat à tête reposée.
Pensez-vous que le Code civil ne protège pas adéquatement le citoyen et qu?on ait besoin d?une autre loi à cet effet ?
Je rappelle que revoir le Muslim Personal Law est un engagement qui se trouve dans notre programme electoral et dans le Presidential Address. Ce n?est pas une position personnelle de Paul Bérenger. C?est quelque chose qui a été mis dans notre programme après qu?on en a bien discuté.
Un ministre a déclaré que des Mauriciens n?ont pas encore assimilé la réalité d?un Premier ministre non-hindou. Êtes-vous de cet avis ?
Je n?ai pas entendu cette déclaration. Mais rien n?est acquis à 100 %. Nous savions qu?il allait y avoir certaines réticences en raison des pesanteurs sociologiques. C?était inévitable, surtout avec l?action du Parti travailliste pour, comme le dit l?expression, chauffer à blanc. Mais je suis optimiste malgré la campagne des travaillistes.
Après le remaniement ministériel, des propos qui démontraient qu?il n?y avait plus d?esprit d?équipe au sein de votre « team », ont été tenus par des ministres. Où en est-on ?
Je ne sais qui vous a parlé et je ne veux pas le savoir. Je constate que tout finne teigne. Il se peut qu?il y ait eu des commentaires, mais c?est la vie. Moi, je vois que l?équipe est au travail. En tout cas, vendredi dernier, au Conseil des ministres c?était le même mood qui existe depuis trois ans. Et c?est une bénédiction.
Depuis que vous êtes Premier ministre vous vous efforcez d?être consensuel. Vous êtes moins cassant et laissez paraître vos états d?âme.. Est-ce un désir de montrer une autre facette de votre personnalité ?
En partie oui. Quand vous êtes Premier ministre, les coups que vous recevez ne sont pas pareils à ceux que vous prenez quand vous assumez d?autres responsabilités. Il y aussi le poids de l?âge. Et puis j?ai une grande admiration pour Nelson Mandela qui a su garder une dimension humaine. Un homme qui salue tout le monde partout où il va. Vous savez, contrairement à ce qu?on a pu dire, l?arrogance du pouvoir n?est pas mon fort. Alors là, pas du tout. Je pense sincèrement que le côté humain doit rester primordial quoi qu?il arrive.
Propos recueillis par Jérôme Boulle, Rabin BHuJUN
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