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Les pompes à fric de la formation
Alors que le Knowledge Hub est le dernier dada du Premier ministre Paul Bérenger, l?université privée est une activité qui peut rapporter gros. La question est de savoir ce qu?elle donne en échange.
Girish Nuckchady, le directeur de l?Advanced Education Academy (AEA) aborde le sujet sans nuances : « Les trois quarts des institutions de ce secteur ne sont là que pour le business. » Une déclaration déconcertante de la part du président de l?association de ces cours privés, mais qui reflète certains excès.
Les diplômés du HSC en raffolent. En 2002, 32,5 % de ceux qui souhaitaient poursuivre des études supérieures ont choisi l?éducation à distance ou les institutions privées. En 2003, ils étaient plus d?un tiers à choisir cette option. Reste à savoir si ces étudiants, ou plutôt les parents, en ont pour leur argent lorsqu?ils déboursent entre Rs 10 000 pour une formation de base de quelques semaines et Rs 300 000 en trois ans.
Un sceau de crédibilité
Raj Lutchmeah, le directeur de la Tertiary Education Commission (TEC), prône une certaine prudence : « Les universités ont besoin d?argent. Elle passent des accords de coopération sans être trop regardantes sur le niveau des cours. »
Les premières visées sont certaines « boîtes » anglaises dont le sceau confère une crédibilité qui n?est pas toujours justifiée. L?étudiant mauricien est obnubilé par le label « UK ». Mais derrière celui-ci, confirme Michel Prefumo, le directeur du marketing de DCDM Business School, se cache parfois un mirage. Car si les universités étrangères se montrent parfois complaisantes vis-à-vis de leurs partenaires locaux, elles ne peuvent pas faire l?économie du crible des organismes de surveillance comme la Mauritius Qualifications Authority (MQA) et le National Accre-ditation and Equivalence Council.
« Il faut absolument que le centre de formation qui s?est affilié à une université étrangère ou locale puisse nous prouver que ses cours seront du même niveau que ceux qui sont offerts sur le campus d?origine », explique Vijay Lutchmun, le directeur de la MQA. Or cette vérification se limite aux documents attestant de l?accréditation par l?université étrangère.
Il faudrait également surveiller la qualité de l?enseignement et de l?équipement pédagogique (bibliothèque, ordinateurs et laboratoires par exemple).
La loi autorise la MQA à effectuer des inspections et à retirer une accréditation si les conditions inhérentes à la qualité ne sont pas respectées. Vijay Lutchmun confirme ces dispositions, mais force est de constater que la MQA, depuis sa création en 2001, n?a pas encore pris une seule sanction. Certains professionnels de l?éducation, dont Michel Prefumo, prétendent même que les inspections n?ont jamais lieu. Mais Girish Nuckchady dit toutefois avoir reçu la visite de la MQA en deux occasions.
Un système d?évaluation trop compliqué
DCDM Business School jouit, il est vrai, d?une solide réputation, mais il n?y a pas eu plus d?inspections dans l?un de ces petits centres coincés dans les étroits couloirs crasseux de Port-Louis ou de Quatre-Bornes.
Les professionnels évitent toutefois d?accabler la MQA et reconnaissent tous qu?elle manque de moyens. « L?institution est bien faite mais elle manque d?argent et de personnel », souligne Girish Nuckchady, également membre du directoire de la MQA. Ils s?accordent à dire que le système de surveillance et d?évaluation des institutions supérieures est trop compliqué car les tâches sont partagées entre la Tertiary Education Commission, la MQA et le National Accreditation and Equivalence Council. Raj Lutchmeah suggère « qu?une seule institution exerce ces compétences ».
La conséquence, c?est que des accréditations délivrées pour cinq ans ne sont pas réévaluées. Pour sa part, l?Afrique du Sud a décidé de passer à l?action et son Conseil supérieur de l?éducation a récemment déclassé plusieurs écoles associées à des universités reconnues car ces dernières ne correspondaient plus au niveau requis.
L?important est de ne pas oublier que la vocation première de ces formations est l?accès à l?emploi. Girish Nuckchady et Michel Prefumo estiment qu?un diplôme permet souvent de trouver du travail dans le secteur privé. Mais on entend un autre son de cloche dans la fonction publique car la Public Service Commission (PSC) se veut plus stricte sur les équivalences et la reconnaissance des diplômes. Mais sur cet aspect, Raj Lutchmeah se veut rassurant : « Même si le diplôme n?est pas formellement reconnu ici, la PSC demeure souple quand l?université associée est connue dans le pays d?origine. Les détenteurs ont toutes leurs chances ».
Michel Prefumo ajoute une touche de pragmatisme. « Nous savons que certains étudiants issus de ces écoles n?ont pas toutes les compétences requises en ce moment. À l?avenir quand ils seront plus nombreux, seuls les meilleurs trouveront un emploi. » Les autres, ceux qui sortent des écoles motivées principalement par le profit, resteront sur le carreau. Avant de devenir un Knowledge Hub, Maurice doit soigner son Quality Label.
<I>« Nous savons que certains étudiants issus de ces écoles n?ont pas toutes les compétences requises »
« La loi autorise le MQA à faire des enquêtes et à retirer une accréditation si les conditions ne sont pas respectées »</I>
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