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Les petits planteurs devenus Grands
Bananes vertes, carottes, échalotes, haricots verts, menthe, persil, piments, potirons, thym ou toma-tes : les légumes foisonnent sur de grandes tables rouges ! Quelques caisses en bois sont posées par terre, des giraumons empilés dans le coin d?une salle, des feuilles et branches de brèdes abîmés entassés dans des sacs? on se croirait en plein marché. Mais ne vous y méprenez pas ! Ce sanctuaire végétal n?est autre que le local de Bestfarm Ltée.
Au premier étage, ça touille, ça nettoie, ça cisèle et ça emballe ! Frénétiquement, quatre femmes en bleu (elles portent toutes des gants, des tabliers et des bonnets) traitent une soixantaine de variétés de légumes récoltés à six heures du matin avant de les mettre en barquette. Deux hommes scrutent ces mouvements, donnent quelques instructions et esquissent un large sourire. Chefs d?entreprise débonnaires, innovateurs et visionnaires à la fois, Manoj Goonniah, 39 ans et Vijay Ramjee, 33 ans, directeurs de Bestfarm Ltée, ont l?amour de la terre depuis leur plus jeune âge.
Quand il sortait de classe à l?école de Glen Park, Manoj Goonniah, originaire de La Marie, se ruait vers un tout petit lopin jouxtant sa maison, appartenant à son père. Haut comme trois pommes, Manoj bêchait la terre et y cultivait ail, betteraves, carottes, et oignons. Après le Certificate of Primary Education, Manoj poursuit ses études jusqu?à ce qu?il obtienne son School Certificate au collège Eden de Rose-Hill, tout en continuant à seconder son père dans la plantation. « Mo ti abitie donn koudme dan karo. Kan tipti, nou oblize ed bann paran parski nou ti dan pins. Ti ena difikilte et pa ti kapav pey travayer », confie-t-il.
De l?informatique à la plantation
N?ayant pas d?idée de carrière précise, il éprouve des difficultés à trouver un emploi à la fin de ses études. Qu?à cela ne tienne, il se métamorphose alors en maraîcher et arpente le bazar de Vacoas les mardis et vendredis, et celui de Quatre-Bornes les mercredis et samedis. De temps en temps, il croise Vijay Ramjee, un autre petit planteur de Glen Park. Parsooram, le père de ce dernier, qui doit subvenir aux besoins d?une famille de onze enfants, cultive un terrain à bail.
Après des études à l?école primaire Aryan Vedic et au collège St Joseph, Vijay Ramjee envisage de délaisser la végétation pour se destiner à une carrière dans l?ingénierie. Programmeur informatique dans une usine de textile, il suit des cours de la British Computer Society. C?est avec un salaire de Rs 3 500 que Vijay subsiste pendant deux ans. Par la suite, le secteur du textile connaît quelques difficultés ; ce qui le décourage davantage. « Mo ti pe gaign per ki nepli ena lavenir dan textil. En plis, mo papa ti pe koumans vinn vie et monn repran so travay. Mo ti koumans avek enn arpan later. Me apre finn gaign siklonn Hollanda et nou finn perdi prodiksion pommes d?amour, karot, ek lissou. Mo pa finn dekouraze me mo finn loue lot terrin pou plante », affirme Vijay.
Au fil du temps, les deux planteurs font leur petit bonhomme de chemin. En 1994, Manoj délaisse le marché pour se consacrer à la production. Il finit par acquérir trois, puis sept arpents et emploie cinq travailleurs. Le cycle de la plantation débute dès janvier avec la culture des carottes et des choux. Trois mois plus tard, on moissonne et on recommence avec les pommes de terre. Trois mois encore, on récolte et on plante alors les betteraves et finalement les oignons qui prennent quatre mois. Ajoutez à cela un climat qui fait la pluie et le beau temps, et les maladies qui ravagent les plantations? dur dur d?être planteur ! La tâche était rude pour Manoj et les autres planteurs de la région. Pour les défendre, il intègre la coopérative de Sept-Cascades et l?Onion Producers Association (OPA), qui regroupe un total de 250 planteurs.
Et le hasard veut qu?il rencontre à nouveau Vijay Ramjee, qui est aussi membre exécutif de cette association. « Nou ti pe kombatt lor mem fron pou ki bann planter kapav gaign pliss lavantaz. Pa ti ena asse support de Marketing Board ek minister lagrikiltir, en pliss ti ena problem pou gaigne later ek bokou kompetision », explique Vijay. Le duo rencontre d?autres membres et forme un clan composé de Maninath et Hemant Coomar, des deux frères de Vijay, et de Tunraz Rampall, un autre planteur.
Un soir de l?an 2000, alors qu?ils sirotent un verre, une idée germe dans leurs têtes. Et s?ils créaient leur propre chaîne de production ? Mais pour la réaliser, il faut de l?expertise. D?autres questions trottent bientôt. À qui vendre les légumes ? Comment les présenter ? Quelles sont les normes d?hygiène à respecter ? Les compères mettent alors le cap sur Cape Town en Afrique du Sud où ils découvrent toute une variété de légumes empaquetés, et des techniques de culture.
Légumes râpés?et site Web
Dix jours plus tard, les voilà de retour au pays. Déjà sollicités par l?hypermarché Shoprite pour approvisionner son étal en légumes frais, ils sèment la graine de Bestfarm, l?arrosent, la traite. Réunissant leurs terrains de 100 arpents à La Marie, Plaine-Sophie, Mare-Longue et Glen Park, les cinq partenaires y plantent des patissons, des courgettes, des oignons ou encore des pommes de terre. Mais ils misent aussi sur l?innovation et cultivent des potirons, des gems squash ? genre de courgette ronde et le butternut. Ils veulent promouvoir la qualité avant tout.
Utilisant des conservateurs, ils introduisent une nouvelle présentation ? les légumes râpés, pelés, nettoyés, coupés en dés ou en rondelles en barquette à des prix allant de Rs 3 à Rs 22 ; ce qui facilite la tache des ménagères. Même les légumes les plus difficiles à éplucher ou à nettoyer, comme le jacques, les brèdes songes, les bananes pour les caris, tout y passe !
Les autres supermarchés sont aussi preneurs, notamment Winner?s et Jumbo, ce qui contribue au succès de Bestfarm Ltée. Et pour ne pas s?arrêter en si bon chemin, ils pratiquent la culture hydroponique des concombres anglais, des tomates et des poivrons. Pour suivre le pas de la technologie, Manoj et Vijay ont aussi lancé un site Web pour faire connaître leurs activités.
La prochaine étape ? Aménager un plus grand local, équipé de chambres froides et de toutes les facilités nécessaires pour la bonne marche de l?entreprise. Un autre défi les attend : permettre aux barquettes de franchir les frontières françaises. « Ena bann Morisien ki ena bann magazin Lafrans qui finn kontakte nou pou ki nou eksport nou legim. Me sa pou konsern sirtout bann legim rar kouma bred sonz ou zak. Sa pou fer enn koin bien morisien, mem laba », déclare Manoj.
En attendant de définir les modalités de l?exportation, les deux hommes s?activent dans les plantations. Entre deux coups de fil, quelques déplacements pour se faire entendre lors des réunions des associations, un survol sur le terrain et à l?entreprise, ils aiguisent l?art de la culture. Mission réussie !
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