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Les petits cogneurs des récrés
La scène se passe jeudi dernier, à la sortie d?une école primaire du Nord. Un troupeau d?enfants braillards déboule vers le portail. Au milieu de la mêlée, un gamin distribue des injures, bouscule tout le monde sur son passage. Un coup de pied pour toi, une baffe ici. Un parent qui le suit du regard se prend la tête à deux mains : « Comment peut-on tolérer une telle terreur ? », se demande-t-il. La terreur en question a? 6 ans. Son institutrice est à bout de nerfs. « À chaque récréation, j?ai droit à des insultes, parfois même à des coups. Je ne sais plus quoi faire.»
Phénomène rarissime il y a encore quelques années, la violence se propage chez les « petits ». « Des enfants de 6-7 ans adoptent aujourd?hui les comportements que l?on observait autrefois chez leurs aînés de 14 ans », commente Hervé Sylva, ancien enseignant et ex-conseiller pédagogique du Bureau de l?éducation catholique (BEC). Haussements d?épaules face au maître, regards provocants : cette agressivité larvée a surtout augmenté envers les adultes, qui ne sont plus considérés comme intouchables.
« De vraies bombes ! », confesse une institutrice. « Ils arrivent en bande dès la maternelle, répondent quand on leur donne des ordres, refusent de s?asseoir », se plaint la jeune femme. Une collègue de Vacoas vit le même cauchemar : « Je dois prouver en permanence que c?est moi, et pas eux, qui détiens l?autorité », dit-elle.
« Les petits se sentent tout-puissants, fait remarquer Tristan Medard, directeur de l?école Jean Eon, à Grand-Gaube. « Ils démarrent au quart de tour », poursuit-il. « Un regard de travers, un mot vif, une punition, un moment d?exaspération de la maîtresse sont considérés comme une provocation inadmissible. Et si les parents sont du côté de l?enfant et donnent l?impression de le soutenir, c?est fichu ! L?enseignant est mis en situation de faiblesse et il perd son autorité. » Ce fardeau, les instits aimeraient le partager plus souvent avec le ministère de l?Éducation. C?est là que le bât blesse.« À chaque fois que nous demandons de l?aide, on nous répond de régler le problème en interne », affirme le corps enseignant.
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