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Les Palestiniens appellent à la rescousse

16 avril 2004, 20:00

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Le soutien de George Bush au maintien définitif de colonies juives en Cisjordanie à l?issue d?un retrait unilatéral israélien de la bande de Gaza a suscité la colère des Palestiniens et, au mieux, des réactions de prudence de la part des autres médiateurs internationaux dans le conflit israélo-palestinien.

A l?issue d?un entretien avec le Premier ministre israélien Ariel Sharon mercredi à Washington, le président américain a apporté son soutien au plan de retrait de la bande de Gaza qui, selon lui, doit permettre de faire progresser la «feuille de route» pour la paix au Proche-Orient.

Sharon a clairement fait savoir qu?un retrait de Gaza s?accompagnerait du maintien d?un certain nombre de colonies en Cisjordanie, ce que Bush a approuvé au nom des «réalités sur le terrain», rompant ainsi avec la vision américaine et internationale selon laquelle ces implantations créées après la Guerre des six-jours en 1967 constituaient des obstacles à la paix.

Bush a en outre rejeté tout droit au retour pour les réfugiés palestiniens, alors que le plan de paix international prévoit que cette question doit être réglée par des négociations entre les deux parties.

Les dirigeants palestiniens n?ont pas caché leur colère jeudi face à ce revirement des Etats-Unis, accusés de partialité en faveur d?Israël. Selon eux, et de l?avis de nombreux experts, Bush condamne par avance toute reprise des négociations de paix.

«Les dirigeants israéliens fanatiques se trompent, de même que ceux qui les soutiennent, et vous savez de qui je parle», a déclaré Yasser Arafat, visiblement furieux, dans une allocution retransmise par la télévision palestinienne.

«C?EST UNE CATASTROPHE»

«Le peuple palestinien ne renoncera pas à chercher la liberté et l?indépendance ainsi qu?un Etat avec Jérusalem pour capitale que cela leur plaise ou non», a poursuivi le président de l?Autorité palestinienne, en référence à une exigence fermement rejetée par les Israéliens.

«C?est une catastrophe face à laquelle nous devons réagir», a déclaré à Reuters le Premier ministre palestinien Ahmed Koreï. «Nous avons des droits et nous allons les défendre.»

Koreï a également appelé à l?organisation de toute urgence d?une réunion du quartet de médiateurs internationaux: les Etats-Unis, les Nations unies, l?Union européenne et la Russie.

Ces trois partenaires des Etats-Unis ont critiqué en des termes à peine voilés l?attitude de Bush.

Le secrétaire général de l?Onu, Kofi Annan, a ainsi jugé que la volonté des Palestiniens avait été ignorée.

L?Union européenne et la Russie ont diplomatiquement salué le plan de retrait israélien de la bande de Gaza comme une initiative positive pour le plan de paix international.

Moscou a toutefois lancé un appel au respect des résolutions des Nations unies. Au nom de la présidence européenne, l?Irlande a prévenu que l?UE ne saurait tolérer aucune modification des frontières prévalant avant 1967 «autre que celle issue d?un accord entre les parties».

Pour le président français Jacques Chirac, la remise en cause des frontières constitue un «précédent fâcheux, dangereux».

Les réactions dans le monde arabe ont été moins nuancées. A l?image du président libanais Emile Lahoud, les dirigeants arabes accusent Bush de jeter de l?huile sur le feu au Proche-Orient en imposant aux Palestiniens une solution négociée entre Israël et les Etats-Unis.

COUP MORTEL

«Cette position aura de dangereuses répercussions à tous les niveaux», a prévenu Lahoud dans un communiqué.

«Cela brise les espoirs d?une paix juste et globale, attise les sentiments hostiles envers l?Amérique et ouvre la voie à une défense de ces droits (palestiniens) par la force, par tous les moyens légitimes de résistance», a-t-il ajouté. «Il s?agit d?une étape importante dans le conflit israélo-arabe», a par ailleurs souligné un porte-parole de la Ligue arabe, déplorant le parti pris pro-israélien adopté selon lui par le président des Etats-Unis et ses conséquences diplomatiques sans précédent pour le Proche-Orient.

Dès mercredi soir, les organisations radicales palestiniennes ont estimé que les déclarations de Bush validaient leur analyse de la situation, selon laquelle seule la lutte armée permettrait aux Palestiniens de réaliser leurs objectifs.

A Damas, un responsable syrien a souligné que Bush compromettait la stabilité du Proche-Orient et les intérêts américains, et «fermait la porte à la feuille de route».

«La région a besoin d?efforts sérieux et sincères pour parvenir à la paix (...) pas d?un suivisme irrationnel derrière les exigences israéliennes», a dit ce responsable.

Le président égyptien Hosni Moubarak a pour sa part averti que les Palestiniens n?accepteraient jamais une solution imposée.

Généralement bien informés, deux journalistes israéliens ayant accompagné Sharon à Washington ont rapporté les propos du Premier ministre israélien une fois qu?il eut pris connaissance des réactions palestiniennes: «Ils comprennent mieux que la plupart des Israéliens la signification de la lettre (de Bush). J?avais dit que nous allions leur porter un coup mortel, et ils ont reçu un coup mortel.»

Wafa Amr

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