Publicité
Les ouvriers chinois défient la police
Onze ouvriers chinois et six policiers blessés : tel est le bilan des violents affrontements hier, entre des ouvriers chinois et les forces de l?ordre sur le pont de Grande-Rivière-Nord-Ouest (GRNO). Quelque trois cents employés chinois de la Compagnie mauricienne de textile (CMT) sont descendus dans la rue pour dénoncer leurs conditions de travail. A l?origine de cette manifestation : le décès d?un des leurs, Hu Xiao Bing, lundi matin.
Le corps de la victime est conservé dans un cercueil réfrigéré en attendant l?arrivée de ses proches. Mais à hier soir, les collègues de Hu Xiao Bing, âgé d?une trentaine d?années, ont refusé de remettre le corps à la police aux fins d?autopsie. Ce qui soulève bon nombre de questions sur l?entrave à l?enquête policière.
Interrogé, le directeur de la CMT, François Woo a fait part de son incompréhension quant à l?attitude de ces employés. ?L?ironie de la situation, c?est que lorsque nous négocions les contrats de travail avec eux en Chine la première chose qu?ils demandent concerne le nombre d?heures supplémentaires qu?ils seront autorisés à faire au maximum. Parfois, ils demandent à faire tellement d?heures supplémentaires qu?il est impossible de l?inscrire noir sur blanc sur un contrat. L?appétit des travailleurs chinois pour l?overtime est bien connu?, déclare-t-il.
?Too much task makes workers die?
François Woo a, lors d?une conférence de presse hier matin, assuré que toutes les dispositions seront prises pour le rapatriement du corps de Hu Xiao Bing. Il a également fait comprendre que la famille du défunt bénéficiera d?une ?compensation? financière.
C?est sur le coup de 11 heures que ces ouvriers quittent l?enceinte de la CMT à La Tour Koenig pour une marche pacifique. Le cortège prend la direction de Port-Louis, avec à sa tête, des ouvriers munis de banderoles sur lesquelles sont inscrites dans un anglais approximatif : ?Too much task made worke die !? Mais un peu plus loin, des policiers les attendent. Ces derniers, menés par le surintendant de police Mahen Beedacee, l?assistant surintendant de police Mukesh Pareima et le chef inspecteur Gérard Orange, ont en effet reçu des directives pour encadrer la manifestation.
Les premières informations obtenues par la police indiquaient que les ouvriers voulaient se rendre à l?ambassade de la République populaire de Chine. Toutefois, à la dernière minute, les manifestants se dirigeront vers le pont de GNRO. Pris de court, un haut gradé de la police lance : ?Zot pe ale divan biro Soodhun.?
Il est alors 11 h 10. La circulation, fluide en ce jour férié est rapidement bloquée par les manifestants à la hauteur du pont. Les véhicules feront du surplace pendant plus d?une heure et demie alors que les policiers mandés sur les lieux s?efforcent de convaincre les manifestants de rebrousser chemin. Ils n?y parviendront pas, car les ouvriers sont bien décidés à faire entendre leurs revendications. Et à se rendre dans la capitale pour manifester devant le ministère du Travail et des Relations industrielles. Sur le pont de GRNO, c?est le statu quo.
Entre-temps deux véhicules de la Special Supporting Unit (SSU) sont dépêchés sur place. Munis de gourdins et de boucliers, des membres de cette unité tentent à leur tour de repousser les manifestants, ce qui déclenche un violent affrontement. Aux coups de gourdin des policiers, ils répondent par des jets de pierres et des coups de barres de fer. Les employés, essentiellement des femmes, se défendent comme elles le peuvent à l?aide de leurs parapluies. Et très vite des tubes en aluminium, initialement utilisés pour encadrer le cortège, finissent par servir d?armes contre les forces de l?ordre.
C?est la panique générale. Devant le déploiement de force de la police, les employés de la CMT fuient dans toutes les directions avant de revenir à la charge, plus déterminés que jamais. Des policiers s?emparent à leur tour de pierres qu?ils utiliseront comme projectiles. Deux ouvriers, un homme et une femme, se détachent de la foule, le visage en sang. Leurs collègues arrêtent une voiture et demandent au conducteur de les transporter de toute urgence à l?hôpital.
Négociations
Un motard de la Traffic Branch est également pris à partie alors qu?il tente de rétablir la circulation : sa motocyclette est violemment projetée à terre et endommagée à coups de pierre. Une deuxième unité de la SSU arrivera peu après pour prêter main-forte. Dans la pagaille, un habitant de la localité, qui observe la scène en bordure de route, est roué de coups par un groupe d?ouvriers, armés de barres de fer. Lorsqu?il parvient à se dégager, ses assaillants le poursuivent jusqu?à son domicile. Durant l?affrontement, une dizaine de cartouches de gaz lacrymogène seront utilisées. Au grand dam des habitants de la localité : ?Ena zenfan gagn lasm, finn bizin avoy zot loin.?
Peu après midi, Nathan Wang, un officier du ministère du Travail et des Relations industrielles, arrive sur place pour négocier avec les ouvriers. Après de longues minutes, les choses finissent par se calmer. Les assistants commissaires de police, Farouk Goolamgawhos et Vinod Appadoo, de la SSU, débarquent, suivis, quelques minutes après, des adjoints au commissaire de police, Mario Nobin et Khemraj Servansing. Aux alentours de 12 h 45, les derniers ouvriers chinois prennent place à bord d?un autobus de la CMT pour regagner leur dortoir à La Tour Koenig.
A Belle-Rose, le mouvement a également été suivi. Quelque 200 ouvriers chinois se sont réunis devant l?ambassade de Chine pour un sit-in. Mais ce qui devait à l?origine être une manifestation pacifique à l?occasion de négociations entre leurs représentants et l?ambassade de Chine a rapidement dégénéré lorsqu?ils ont obstrué la route principale en s?asseyant à même le sol. Sur leurs pancartes : ?Give Chinese Workers Human Rights.? En face, les différentes unités de police, dont celle de la SSU parent à toute éventualité.
Trois heures après le début des négociations à l?ambassade, deux représentants des ouvriers sortent et annoncent aux employés que la direction de la CMT consent à revoir les heures de travail. Satisfaits de l?issue des négociations, les ouvriers acceptent de regagner l?usine et se mettent sur le bas-côté de la route en attendant l?autobus qui doit les ramener à leurs lieux de travail.
Dernier hommage
Toutefois, la tension monte d?un cran lorsque la voiture d?un membre du gouvernement tente de percer la foule, alors que la circulation routière vient d?être rétablie. Quelques ouvriers s?approchent aussitôt de la grosse berline pour demander au chauffeur de rebrousser chemin. L?intervention des policiers présents, qui a pour objectif de permettre au véhicule de poursuivre sa route, ne plaît pas aux ouvriers chinois qui en viennent rapidement aux mains.
Les coups pleuvent. Armés de barres de fer, de bâtons et de pierres, les ouvriers s?en prennent aux forces de l?ordre. Lors de l?échauffourée, un officier de police est poussé contre un mur avant d?être agressé par une dizaine d?individus. Il ne doit son salut qu?à la prompte intervention de ses collègues. Ses vêtements sont en lambeaux et son visage tuméfié.
Face à cette montée de violence, la SSU décide d?intervenir. S?ensuivent des affrontements brutaux entre les deux camps. Des ouvrières, à bout de souffle, s?effondrent sur l?asphalte tandis que des policiers, encerclés par une foule menaçante, reçoivent des coups de matraque. Les blessés des deux camps sont transportés d?urgence à l?hôpital. Pour tenter une énième fois de disperser la foule, les policiers utilisent le gaz lacrymogène.
Devant la tournure des événements, des habitants de la localité, venus s?enquérir de la situation, décident de prêter main-forte aux policiers. ?C?est inadmissible que les travailleurs bloquent la route de cette façon?, lance un habitant, visiblement mécontent. Comme lui, d?autres s?arment de pierres avant de les lancer sur les manifestants. Ce n?est que vers 14 h 30 que le calme reviendra.
Les ouvriers chinois de l?unité de Phoenix se rendent par bus à La Tour Koenig. Pour un dernier hommage à leur collègue décédé, Hu Xiao Bing. Ce dernier laisse derrière lui une épouse et trois enfants?
MANIFESTATION VIOLENTES
Publicité
Publicité
Les plus récents