Publicité

Les obstinés

12 mai 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Des catégories entières de travailleurs viennent de rater une plus forte augmentation de salaires. C?est la faute aux dirigeants syndicaux. Ces derniers ont refusé, hier, de discuter, au cas par cas, avec les patrons pour des augmentations allant au-delà du minimum légal proposé par le ministre des Finances. Rama Sithanen a pourtant identifié des secteurs qui ont la capacité de payer et a même proposé l?aide de l?Etat pour aider les syndicalistes à entreprendre des négociations sectorielles.

Pour les représentants des mouvements ouvriers, tout le monde doit être logé à la même enseigne. Ils veulent que les entreprises prospères accordent les mêmes augmentations que les secteurs en difficulté. Ils veulent que les travailleurs productifs reçoivent le même traitement que le salarié peu enclin à l?effort.

Par leur inflexibilité, les syndicalistes pénalisent les travailleurs tels que les employés d?hôtels qui ont permis, grâce à un dévouement exemplaire, à l?industrie du tourisme de réaliser des performances remarquables. Seuls ceux qui ont les moyens doivent payer. Tout comme un marché ne peut exister sans la vérité des prix, une économie ne peut se développer sans la vérité des salaires.

Le ?walk-out? effectué par les syndicalistes et leur refus de poursuivre les négociations avec les entreprises individuellement arrangent bien des patrons. Le moins que l?on puisse dire c?est que la convergence de vues entre les deux est surprenante. Ce paradoxe démontre à quel point il est urgent de revoir le mécanisme d?ajustement salarial qui aboutit à un barème universel. Il faut corriger cette anomalie. Pour éviter un changement abrupt, Rama Sithanen a proposé une formule qui offre une certaine souplesse : un seuil minimal de Rs 135 applicable à tous, suivi de négociations secteur par secteur. Les syndicats ont dit non mais ne proposent rien à la place.

Certes, le pouvoir d'achat a été rogné et les ménages n'arrivent pas aujourd'hui à faire face aux dépenses quotidiennes mais là n?est pas la question. Il s?agit de savoir ce qu?il convient de faire pour redynamiser l'activité économique. La voie qui s?impose est celle des réformes en profondeur. Opter pour le statu quo ? et le maintien du rituel des tripartites ? est une recette pour le marasme. La situation exige des réformes, des sacrifices, de la solidarité.

Rama Sithanen a eu raison hier de faire confiance à l?intelligence des Mauriciens, qui pour la plupart, ont compris que l?économie nationale est affectée par les nouvelles données concernant le textile et le sucre. Cette année le prix du sucre exporté vers l?Europe va baisser de 5 %, et dans trois ans la chute sera de 36 %. Dans le domaine du textile, pendant que la CMT accumule des réussites, beaucoup de petites et moyennes entreprises font face à un avenir incertain. Il n?y a que les syndicalistes qui refusent de comprendre qu?on ne peut sauver l?économie sans un véritable programme de réformes.

Le barème d?augmentation annoncé hier coûtera au pays Rs 1,5 milliard. Si le gouvernement devait accepter le chiffre de Rs 392 proposé par les syndicalistes comme montant minimal de l?augmentation, cela aurait coûté Rs 3,6 milliards. Ce serait de la folie que d?accéder à cette demande.

Il est évident que si ces propositions exagérées étaient retenues, le marché du travail en paierait rapidement le prix. Ce sont les emplois précaires dans la zone franche qui disparaîtront en premier. Le plus exalté des syndicalistes, Tulsiraj Benydin, lui, va préserver son emploi dans tous les cas car il est protégé en tant que fonctionnaire.

Publicité