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Les médecins, ces boucs émissaires

23 octobre 2004, 20:00

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Pourquoi Ashock Jugnauth s?acharne-t-il contre les médecins « absents » au lieu de reconnaître que la réforme du service des urgences n?a toujours pas eu lieu ? C?est en substance la riposte des praticiens à la violente sortie du ministre mécontent de n?avoir pas vu chacun à sa place au cours d?une visite. Une réaction non moins violente?

En effet, lors d?un déplacement à l?Accident & Emergency Department (urgences), Ashock Jugnauth a vu rouge : il n?y avait qu?un seul médecin, au lieu de cinq. La salle d?attente était bondée. Furieux, il a fustigé les praticiens. Aujourd?hui, ces derniers lui rendent la monnaie de sa pièce, car ils ne s?estiment pas responsables d?un mal dont souffre l?hôpital.

<B>Entre 1000 et 1200 malades? pour trois médecins</B>

« Nous sommes dégoûtés. Le ministre veut faire croire que les médecins de l?État se tournent les pouces ! », affirme le Dr Ashok Raghoobar, président de la Medical & Health Officers Association (MHOA).

« S?il avait été bien informé, explique un médecin qui s?y trouvait au moment de la visite, il aurait su que deux des cinq docteurs avaient été envoyés en remplacement dans des dispensaires. Le troisième était en Cour et le quatrième s?était absenté pour cause de maladie. L?administrateur a omis de le lui dire? » Pourquoi donc ? « Il était si en colère qu?il n?y avait pas moyen de lui parler. »

Le ministère de la Santé a toujours exigé que l?attente soit réduite au maximum aux urgences. Difficile lorsqu?il y a entre 1000 et 1200 malades par jour? pour trois ou quatre médecins. L?administration puise inlassablement dans le pool pour des remplacements dans les dispensaires ou les caravanes de santé, affirme-t-on. « Pu zot, nek nou bizin kui-vide. Pourvu pena dimounn pe attann. Dan enn minit, nou bizin fini get malade la, et si ena kik erer ou bizin pran ou responsabilite », s?insurge un médecin.

Ce département, considéré comme la vitrine de l?hôpital, a toujours souffert d?un manque de médecins. D?autant plus que ni les praticiens indiens, ni les jeunes diplômés ne sont autorisés à y exercer. Les premiers en raison de la barrière linguistique, et les seconds parce qu?ils ne sont pas suffisamment qualifiés.

Le lendemain des jours fériés, l?affluence aux urgences est toujours au-dessus de la normale. À l?hôpital Victoria, ces jours sont synonymes de vives tensions en raison de l?attitude de certains patients qui viennent consulter alors qu?ils sont encore sous l?influence de l?alcool. « Les médecins ne supportent plus de travailler dans ces conditions. Nous sommes déjà sous pression et on se fait agresser par les malades. » Parfois, même les policiers postés aux urgences sont dépassés?

Les blouses blanches déplorent aussi que les Mauriciens n?aient pas encore compris la signification des urgences et ils estiment qu?il est grand temps que les autorités mettent en place un programme de sensibilisation. « Plus de 90 % des cas ne sont pas graves. De plus, après l?heure des visites, certains profitent du fait qu?ils sont déjà à l?hôpital pour y faire un saut. C?est aberrant. »

Pour le Dr Raghubar, les médecins sont des cibles toutes désignées dès que quelque chose ne tourne pas rond à l?hôpital. « C?est un scandale ! » Même indignation du côté des médecins, et pas uniquement à celui de l?hôpital Victoria. « Nous avons l?impression que les responsables portent des visières, qu?ils ignorent les conditions dans lesquelles nous travaillons. »

<B>Des infrastructures inadaptées</B>

Mais ce n?est toutefois pas l?affrontement que recherchent les médecins, mais un dialogue constructif sur les difficultés du service. Il est grand temps, disent-ils, que les réunions hebdomadaires présidées par le ministre de la Santé servent à quelque chose. « Chaque semaine c?est une comédie qui se joue. Les administrateurs assurent que tout va bien, alors même qu?il y a tant de problèmes. »

Mais il n?y a pas que ça. Les infrastructures ne sont pas adaptées au nombre de malades qui ne cesse d?augmenter. « Comment voulez-vous ausculter un patient dans une salle où il n?y a pas d?intimité ? », s?interroge un médecin. À l?hôpital Jeetoo, comme à celui de SSRN, les tables de consultation sont côte à côte, ce qui gêne énormément praticiens et patients. Pas de lavabos à l?horizon pour se laver les mains, ni de toilettes aux urgences de l?hôpital SSRN. À cela s?ajoutent les équipements pour opérations mineures qui ont fait leur temps.

« Malgré le nombre grandissant de malades, malgré les contraintes en termes d?infrastructures et de facilités, nous continuons à offrir un service raisonnable », affirme pourtant un médecin. Mais ce n?est pas l?avis du ministère de la Santé. À partir de maintenant, les praticiens postés aux urgences ne devront plus quitter leur place, sauf pour déjeuner. Les récalcitrants risquent des sanctions. Mais ils ne comptent pas se laisser faire. « Pour le moment, nous observons, après si nous en sommes contraints, nous agirons? »

<B>La Santé prend le taureau par les cornes</B>

Le ministère de la Santé a décidé de tout mettre en ?uvre pour que le service des urgences ne souffre plus d?un manque de médecins. Les directeurs des hôpitaux devront s?assurer de la présence des médecins à toute heure. Selon les procédures établies, quatre ou cinq médecins doivent être de service au département des urgences, à l?exception de l?heure des repas où ils doivent se relayer. Décision à été prise de mettre un frein à la pratique qui consiste à prendre des médecins de l?unité des Urgences pour effectuer des remplacements. « Le directeur de l?hôpital a été sommé de ne plus puiser des Urgences. Il devra prendre des médecins des autres unités à la place? », indique le ministère de la Santé.

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