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Les modes d?opposition

10 juillet 2005, 00:00

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La nouvelle opposition a une chance unique de pouvoir se construire aussi bien à l?intérieur qu?à l?extérieur du Parlement. Avant de se reconstruire comme une alternative. Elle a, de surcroît, la chance de ne pas être dans un désert électoral. Le soutien qu?elle a reçu est loin d?être négligeable. L?alliance MSM-MMM a, certes, perdu les élections, mais les conditions sont objectivement réunies pour qu?elle parvienne rapidement à reprendre du poil de la bête.

Cependant, elle ne parviendra à atteindre ses objectifs que si elle renouvelle ses méthodes, ses pratiques et son engagement politique. Les défis sont multiples et aussi personnels.

Les voies de la reconstruction sont diverses. Paul Bérenger a déjà donné le ton. Il s?est engagé dans un mode de fonctionnement qu?il lui sera difficile d?abandonner. C?est la voie de la responsabilité, sinon de la responsabilisation qu?il a empruntée. Dans une telle posture, il ne faut pas s?attendre, à ce stade, que ses adversaires s?attaquent directement à lui. Il semblerait qu?il va poursuivre dans cette direction. Il est encore drapé dans son costume de Premier ministre sortant, et il faudra attendre pour savoir de quelle manière il jouera son rôle de leader de l?opposition. Cependant, on peut déjà prévoir que le ton consensuel sera dans un premier temps à la mode, avant que l?évolution de la situation politique ne commande de nouvelles attitudes.

C?est du côté de Pravind Jugnauth, en revanche, que les possibilités sont plus étendues. Après l?échec aux législatives de 1995, il avait su rebondir lors des élections municipales avant de profiter du raz-de-marée de 2000. Il devint, comme on le sait, successivement ministre de l?Agriculture, des Finances et vice-Premier ministre. Pour un certain nombre d?électeurs et d?observateurs, Pravind Jugnauth aura eu les choses avec trop de facilité. À tort ou à raison, c?est une perception qui perdure et qui est l?une des causes de la défaite personnelle du leader du MSM au n° 11. Héritier du Sun Trust, de la dynastie Jugnauth, voire de postes ministériels, il se devait, selon certains, de passer par l?épreuve de la défaite. Sa réserve olympienne et la consistance de son discours ont, en contrepartie, permis de dresser le portrait d?un personnage quelque peu en décalage des repères politiques traditionnels.

Leader d?un parti avec des élus, mais lui-même absent du Parlement, Pravind Jugnauth a enfin la possibilité d?aller véritablement à la rencontre des Mauriciens. Durant ces élections, dans un camp comme dans l?autre, on a souvent entendu des phrases du genre : « Je ne savais pas qu?il pouvait exister autant de pauvreté à Maurice. » Bien que ce soit un son de cloche qui soit surtout venu des rangs de l?ancienne opposition, de telles réflexions illustrent le hiatus entre une certaine classe politique et le pays dans lequel elle vit.

Aujourd?hui, Pravind Jugnauth pourrait également aller plus loin qu?en recevant simplement ses mandants ou des citoyens dans son bureau. Il est question de s?imprégner d?autres réalités. De s?inventer de nouvelles références. C?est une telle démarche qui permet de fendre l?armure. Alors qu?il venait d?être défait au n° 11, Pravind Jugnauth était destiné, de l?avis même de certains qui n?ont pas voté pour lui, à un brillant avenir. Certains laissaient ainsi échapper : « Son tour viendra. » Il dépend désormais du jeune leader du MSM de provoquer ce moment et pas seulement de l?attendre.

Mais Pravind Jugnauth a aussi le champ libre pour occuper l?opposition extra-parlementaire. Ce sera un rôle nouveau pour lui. Le temps joue pour lui. Le temps est avec lui. Il ne lui reste plus qu?à anticiper et à devancer ce temps.

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