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Les mille facettes du carbone
Un blanc peut-il être très proche d?un noir ? Oui quand il s?agit du diamant. Cette pierre renvoie toute la lumière lui parvenant tandis que le charbon ne reflète presque rien ! Pourtan zot éna mém disan dirait Ton Zorz. Les deux en effet brûlent pour donner du gaz carbonique. Bien que l?on ne doit pas souvent brûler des diamants. Même si l?on reçoit comme Clovis le conseil ?brûle ce que tu as adoré?. Ce charbon d?ailleurs n?est pas si diable qu?il est noir. Bien que le jais, une forme de carbone, soit symbole même du noir.
Mais revenons au diamant. Il a les mêmes atomes que le charbon mais ils sont disposés différemment. Ces parcelles se joignent en charpente cristalline tandis que celles du charbon, faisant fi de la régularité, se lient en combinaison amorphe.
Selon une légende les deux formes auraient été mêlées au cours d?une aventure. Le bailli d?une petite ville de France au Moyen Age fit un pacte avec le diable. Le prince de l?enfer prit l?engagement de construire un pont devant durer cent ans à condition de s?emparer de la première créature qui le traverserait. Un beau diamant scella l?accord. Mais le pont terminé l?astucieux magistrat le fit traverser par un chien ! Le diable furieux d?avoir à se contenter d?une âme canine, transforma le diamant en charbon ardent, brûlant un doigt du tricheur. Le Malin connaissait évidemment la chimie.
Le carbone, comme Protée qui changeait de forme, se présente sous d?autres dehors que le diamant. Ainsi une seconde tournure cristalline, créée sous forte pression, est le graphite dans lequel on reconnaît la racine pour écrire. Il y a non seulement la racine mais le tronc car le graphite fait le crayon. Le ?crayon papier? comme on disait antan chez nous pour faire la différence avec le ?crayon lardoise? des gamins.
Comme on ne savait pas trop dans le passé ce qu?était la matière de ce crayon, et comme son trait ressemble à celui du plomb, elle devint naturellement mine de plomb. Ce nom métallique s?étend aussi à la poudre de graphite baptisée plombagine. Elle sert à lubrifier. Car le graphite est graisseux au toucher. On ne remarque pas cet aspect avec le crayon qui est un mélange de glaise et de graphite en proportions diverses. Beaucoup de graphite donne le crayon mou très noir (black). L?opposé est le crayon dur (hard) dont le trait s?efface aisément. Les symboles B (en unique exemplaire ou en présence multiple) ainsi que H classent les grades.
Le graphite est graisseux parce qu?il se compose de minuscules écailles glissant l?une sur l?autre. Cette forme de carbone conduit aussi très bien le courant et fait la tige centrale de piles sèches aussi bien que les électrodes brûlant dans des arcs électriques pour de puissants projecteurs. Nous en avions au cours de la dernière guerre près des batteries côtières et leurs emplacements se voient encore.
Le carbone amorphe n?est pas sans utilité. La première étape d?une de ses gestations est l?accumulation de végétation dans un marécage. En l?absence de bactéries, due au milieu acide, la masse se transforme en tourbe. Les résidus transformés sont surtout ceux de mousses dans certains lieux mais ailleurs ils sont plus consistants. L?acidité de ce milieu conserve bien les tissus animaux. Chez nous-mêmes on a trouvé des ossements de dodo à la Mare-aux-Songes. La tourbe se dote d?autres vertus. Celle d?Ecosse est brûlée pour sécher l?orge donnant le malt. Le whisky qui en résulte possède, selon la réclame, une saveur supérieure.
Une modification avancée de la tourbe la transforme en lignite, utilisée comme combustible de bas étage. Cependant une de ses formes, le jais nom issu de la ville de Gages en Asie Mineure, est acceptée en bijouterie. Quand les conditions le permettent les végétaux enfouis il y a des millions d?années se muent en charbon dont l?apogée est l?anthracite. Le mot qualifie aussi une couleur grise. Il est issu d?anthrax, pour charbon, et l?on connaît cette racine dans un contexte médical aussi bien que terroriste. Le charbon de terre se dit houille, mot ressemblant à un cri de douleur dont l?équivalent chez nous est aïo. Mais il n?est pénible que pour les mineurs que Zola a décrits dans Germinal.
Ce charbon fascinait nos jeunes années quand il alimentait les locomotives. La lecture nous apprenait aussi que l?expression ?carry coals to Newcastle? équivalait à ?porter de l?eau à la mer?. Plus tard à l?étranger nous eûmes l?occasion de le voir brûler dans l?âtre avec un pétillement joyeux. Une tradition de certains coins britanniques était alors le 31 décembre à minuit pour l?homme ayant le teint le plus foncé, de porter dans la maison un morceau de houille. Il faisait froid dehors mais la chaleur de l?accueil lors de l?entrée compensait aisément la rigueur extérieure.
Claude MICHEL
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