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Les meurtres xenophobes se multiplient

23 octobre 2004, 20:00

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En recrudescence sur tout le territoire de la Fédération de Russie, les agressions à caractère raciste envers ceux appelés « Noirs » (tchiornye) ? les Caucasiens, les ressortissants d?Asie centrale et les étrangers dont la physionomie n?est pas slave ? se sont multipliées dernièrement, conduisant aux meurtres de trois personnes dans trois régions différentes.

Le 14 octobre, deux ouvriers ouzbeks ont été pourchassés puis battus par un groupe de jeunes dans la banlieue de Moscou aux cris de « La Russie aux Russes ! ». L?un d?eux, Ihtier Sanoev, 39 ans, atteint de coups de couteau, est décédé à l?hôpital. Le même jour, un ressortissant chinois a été battu à mort à Tchita, dans l?Extrême-Orient russe. À Saint-Pétersbourg, un jeune étudiant vietnamien, Vu An Tuan, 20 ans, qui rentrait chez lui en début de soirée, a été pris en chasse, battu puis poignardé à mort par des jeunes au crâne rasé.

<B> Le phénomène associé au « hooliganisme »</B>

Ce jour-là s?ouvrait à Saint-Pétersbourg le procès en assises de trois jeunes extrémistes ? deux âgés de 18 ans et un mineur ? accusés d?avoir lancé, le 21 septembre 2003, aux cris de « La Russie aux Russes ! », une attaque particulièrement féroce sur un camp de Tziganes du Tadjikistan dans la banlieue pétersbourgeoise. Une fillette, Nilufar Sangboev, âgée de 5 ans, était morte, le crâne fracassé. Trois personnes, dont une fillette de 6 ans, avaient été grièvement blessées.

Pour la première fois, ce meurtre a été qualifié d?acte raciste par la justice. En revanche, ce chef d?accusation n?a pas été retenu pour le meurtre, en février 2004, toujours à Saint-Pétersbourg, d?une fillette tadjike de 9 ans. Pas plus dans le cadre d?une autre affaire, celle d?un étudiant syrien, jeté sous un train en mars 2004 par une bande de jeunes au crâne rasé, la justice russe se refusant à voir là autre chose que des actes de « hooliganisme ». Le plus souvent, ces affaires sont ignorées par la police, qui rechigne à enquêter, ou tues par les victimes, qui ont peur de s?attirer encore plus d?ennuis.

Ce climat d?impunité est une « incitation à commettre de tels actes », déplorait sur les ondes de Radio-Svoboda Alexandre Vinnikov, du Centre pour le respect des droits des minorités à Saint-Pétersbourg. Cette ONG en sait quelque chose puisque son directeur et fondateur, Nikolaï Guirenko, a été assassiné cet été, vraisemblablement par les membres d?un groupe extrémiste local. À Saint-Pétersbourg, « les groupes néonazis foisonnent. Cela fait vingt ans qu?ils mènent leur propagande », a expliqué M. Vinnikov.

Son intervention à la radio a été critiquée par les auditeurs invités à réagir à chaud : « Le peuple russe est à l?agonie et vous, vous défendez ces étrangers ! Ils n?ont rien à faire ici ! Nous-même avons du mal à trouver de quoi subsister ! », a vociféré un retraité. « Pourquoi vous ne dites pas un mot de tous les Russes qui ont été tués par des bandes de Tadjiks ou d?Azerbaïdjanais ? », a vitupéré un autre. « Ce genre de crimes a lieu et continuera d?avoir lieu parce que les citadins de souche ne peuvent accepter cet afflux d?immigrants », a reproché un troisième.

<B> Une xénophobie renforcée par le discours officiel</B>

Depuis la prise d?otages de Beslan en septembre (où entre 350 et 500 personnes ont trouvé la mort) les allusions ouvertes à la « chasse aux immigrants » sont de plus en plus fréquentes. Le discours officiel du Kremlin, prompt à montrer du doigt « l?ennemi externe et interne » qui cherche à anéantir la Russie, n?a fait que renforcer la xénophobie ambiante. « Je ne tiens pas à ce que l?on dise bientôt de Moscou ce que l?on dit de Paris aujourd?hui, c?est-à-dire : « Jadis, des Français vivaient ici !» », expliquait ainsi récemment à la télévision publique russe une Moscovite en colère.

<B> @ 2 004 Le Monde

Marie Jégo

Distribué par The New York

Times Syndicate</B>

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