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Les maçons boudent la formation
Commandé en décembre, le fer de construction a fini par leur être livré? le mois dernier. Mais, avant même d?affronter la hausse probable du ciment, les Poonoosamy, qui ont entrepris de bâtir un étage pour leurs enfants à Baie-du-Tombeau, ont eu à composer avec un autre souci : celui de la pénurie de maçons et de «man?uvres» qualifiés.
«C?est pourtant un métier bien rémunéré. Mais beaucoup de jeunes se sentent davantage attirés par le secteur des services», constate Hootesh Ramburn, coordinateur de l?Empowerment Programme (EP), qui a mis en place depuis l?an dernier un programme de formation pour les apprentis maçons en collaboration avec des entreprises privées et l?Industrial and Vocational Training Board (IVTB).
Entre-temps, les petits entrepreneurs font ce qu?ils peuvent pour répondre à la demande. «Avec mon personnel limité, il m?est difficile de prendre plus de deux contrats. Les bons maçons existent mais ne se bousculent pas au portillon. Nombreux sont ceux qui sont irréguliers au travail», explique Doorsoo, petit entrepreneur de La Source à Quatre-Bornes. Son équipe : 12 membres qui obtiennent entre Rs 550 à 650 chacun par jour. Un travail physique qui demande rétribution et récupération.
<B>Période de vide</B>
L?emploi est, par définition, temporaire : « Je peux avoir quatre à cinq contrats successifs à honorer et puis traverser une période de vide, où mes ouvriers seront au chômage technique. En fait, le métier même souffre d?une mauvaise image.»
De son côté, l?EP a recueilli 25 apprentis pour être formés, un baptême du feu sur des chantiers, quatre jours par semaine. Ces apprentis, tous des sans-emploi au départ, sont payés Rs 4 500 par mois, financées à parts égales par l?entreprise et l?EP. Ils sont suivis par un mentor et leurs progrès sont consignés dans un livret.
«Il s?agit de valoriser ces travailleurs.» En les titularisant par la suite. «Cela serait aussi possible pour tous ceux qui ont l?expérience et les compétences suffisantes. Nous cherchons aussi à impliquer les femmes.»
Mais malgré les efforts des autorités, qui ont misé sur le secteur très porteur de la construction, le response reste faible. «Le gouvernement a tout fait pour développer une corporation pour les maçons », confirme Pierre Kelly, de General Constructions. «En cette période d?expansion ? 3 500 ouvriers sur nos chantiers en janvier, 3 900 en juin ? même parmi ceux que nous recrutons, il y a beaucoup qui sont insuffisamment formés», déplore-t-il. Et, avec la demande jusqu?ici croissante et l?offre faible, ce sont souvent des sans-emploi totalement étrangers au domaine (pêcheurs et «baters bout») qui se présentent.
Pierre Kelly concède qu?avec les délais de plus en plus serrés de livraison des chantiers, il devient difficile d?assurer en même temps une formation sur le tas. «Nous avons proposé un stage d?apprentissage, en ligne avec l?EP depuis l?an dernier. Il y a eu 700 inscrits. Au moment de former, ils se comptaient sur les doigts d?une main.» Les jeunes préfèrent-ils un secteur où le marché est plus stable ?
Terence, 34 ans, est contremaître à Baie-du-Tombeau. Il a commencé il y a 15 ans comme «man?uvre», passant par toutes les étapes de l?apprentissage. Il dirige désormais 25 ouvriers. «Je ne voudrais pas que mes enfants empruntent le même chemin», confie-t-il cependant.
Certes, en 15 ans, le nombre d?ouvriers qualifiés a baissé. Pour Terence, la vraie raison du malaise tient dans les conditions de travail, en premier lieu, dans l?absence d?une réelle sécurité de l?emploi. «Ce travail nécessite tellement de force qu?arrivé à un certain âge, vous n?en pouvez plus. Vous ne pouvez pas continuer jusqu?à 60 ans !»
Et, pour ces années de force et de jeunesse, «ce n?est pas si bien payé. Il ne faut pas s?étonner alors de rencontrer sur les chantiers des gens qui n?ont pas d?autre choix que de faire ce travail». L?amour du travail ne suffit pas toujours?
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