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Les Mauriciennes ont le c?ur trop faible
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Les Mauriciennes ont le c?ur trop faible
Le monde médical le voyait venir. Rien n?a pu l?empêcher et les Mauriciennes sont aujourd?hui sur le tableau du record mondial en ce qui concerne les maladies cardiovasculaires. Et les femmes cardiaques du pays ont une particularité : elles sont atteintes à un âge relativement jeune alors qu?ailleurs, la maladie frappe les femmes après la ménopause, et souvent à partir de 70 ans ou plus.
«On compte 40 % de femmes parmi les cardiaques du pays alors qu?en Europe, par exemple, elles ne représentent qu?un grand maximum de 10 % contre 90 % d?hommes», indique le Dr Sunil Gunness, directeur du Centre de cardiologie de Pamplemousses. «Nous effectuons des pontages ou des dilatations sur des femmes à partir de l?âge de 30 à 35 ans», ajoute-t-il.
Le phénomène est devenu une curiosité scientifique et les cardiologues mauriciens et étrangers commencent à se pencher sur la question. Chercher le pourquoi de cette situation.
De fait, des groupes ethniques de Maurice, de Trinidad, de l?Afrique du Sud et d?Israël partagent une certaine particularité. Dans trois des pays nommés, on constate qu?un pourcentage élevé des descendants des immigrants venus de l?Inde et de la Chine sont hypertendus, diabétiques ou cardiaques.
Israël s?est retrouvé avec le même problème. Les descendants des Juifs noirs venus d?Ethiopie dans les années ?80, présentent aujourd?hui un taux elevé de diabétiques, d?hypertendus et de cardiaques élevé. Or, tel n?est pas le cas des Juifs noirs restés en Ethiopie, de même que les descendants des ancêtres des Mauriciens, Sud-Africains ou Trinidadiens restés en Inde ou en Chine. Mais ni en Israël, ni au Trinidad, ni en Afrique du Sud on ne constate un taux élevé de femmes cardiaques dans les groupes ethniques à risque.
Analysant la situation, le Dr Sunil Gunness affirme, entre autres, que trois facteurs sont à la base de ce phénomène : l?hérédité, l?environnement et le mode de vie. «Maurice a réalisé en l?espace d?une vingtaine d?années ce que les pays européens ont réalisé en plusieurs siècles. D?une génération à une autre, nous sommes passés d?une économie agricole à l?industrialisation, à la sédentarité et au stress sans que le sport et la détente ne soient parties intégrantes de cette nouvelle culture. Avec l?accroissement du pouvoir d?achat, l?alimentation, déjà riche dans le passé, est devenue plus riche et le fast food est arrivé, de même que l?alcool, le tabac et la voiture avec un fort pourcentage de femmes qui restent au foyer», souligne le Dr Gunness.
LA POPULATION NE FAIT PAS SON DEVOIR
Si la tendance persiste, il faudrait au moins une quinzaine d?années pour renverser la situation. Les femmes pourraient alors se trouver à parité avec les hommes en ce qui concerne les maladies cardiovasculaires. La seule arme dont disposent aujourd?hui les autorités est la conscientisation. Une arme qui semble inefficace jusqu?à l?heure. «Vous savez, je crois que le ministre de la Santé a raison quand il dit que son ministère a fait tout ce qu?il fallait et que c?est maintenant à la population de faire sa part. Mais cette part, la population ne la fait pas. Personne ne semble vouloir écouter les conseils. Vous avez des gens qui sont passés à deux doigts de la mort, qui ont été opérés au centre cardiaque, et deux mois après ils se remettent à fumer. Ils ne semblent pas vouloir comprendre que le diabète, l?hypertension et la cigarette constituent un cocktail mortel. Résultat : un décès sur deux à Maurice est dû aux maladies cardiovasculaires. Et personne ne semble prêt à changer de mode de vie ou d?alimentation malgré les conseils prodigués par les nutritionnistes qui sont à pied d??uvre dans chaque hôpital», dit le Dr Gunness qui se désole de cette situation et parle même de menace économique.
En effet, un fort taux de la population est hypertendu, diabétique et cardiaque dans la tranche d?âge 45-50 ans, ce qui est mauvais pour l?économie d?un pays. Ces personnes atteintes ne peuvent plus fonctionner qu?avec un faible pourcentage de leur capacité, cela uniquement en raison de leur maladie. Plus grave encore, elles peuvent mourir subitement.
A Maurice, on retrouve toute une panoplie de types d?employés parmi les cardiaques, du laboureur aux managers de banque en passant par des mécaniciens et des enseignants. Le mois dernier quelque 14 personnes ont subi des pontages multiples avec un c?ur hautement abîmé par des infarctus. Et elles figurent dans ces catégories de travailleurs.
Le Dr Gunness et le ministère de la Santé ne désespèrent pas pour autant. Ils ne s?épargnent aucun effort pour faire face.
Le Centre de cardiologie de Pamplemousses, qui a un budget annuel de Rs 80 millions, se prépare à affronter l?avenir avec une extension de son bâtiment. Il se dote d?une quatrième salle d?opération et de lits additionnels pour sa salle de réanimation. Ce qui implique un budget plus important, des investissements, un personnel plus nombreux et le recrutement d?autres cardiologues et chirurgiens.
Mais le centre n?est pas une solution en soi. C?est en amont qu?il faut traiter le problème pour obtenir des résultats plus positifs. Les remèdes : sport, loisirs contre le stress, et changement de mode de vie et d?alimentation. Mesdames, le temps presse?
Et les hommes cardiaques
L?obésité, un fort taux de cholestérol, la sédentarité, le tabac et l?alcool sont reconnus depuis longtemps comme facteurs de risques importants pour les maladies cardiovasculaires. Et le lien a toujours été plus marqué chez les hommes que chez les femmes.
Au Centre de cardiologie de Pamplemousses, on explique que les recherches menées jusqu?ici à l?étranger indiquent que cela est surtout dû à la façon dont les hommes et les femmes engraissent. Les hommes ont tendance à accumuler du gras au niveau de l?abdomen seulement, et le nombre de ventrus parmi les cardiaques est assez important.
Les femmes accumulent de la graisse un peu partout et pas seulement au niveau de l?abdomen. L?accumulation de graisse se fait principalement dans les hanches, les cuisses, les fesses et les bras. Ce sont des graisse «périphériques». Les chercheurs croient que le gras «périphérique» secréte des substances hormonales qui stimuleraient le métabolisme, alors que le gras central aurait l?effet inverse.
La gent féminine souffre ainsi moins artériosclérose que si le gras se trouvait essentiellement dans l?abdomen ? le gras «central» qui serait particulièrement dangereux pour les artères et le coeur.
Cependant, le Centre de cardiologie de Pamplemousses a souvent vu des cas où de jeunes Mauriciennes cardiaques n?avaient ni gras central, ni gras périphériques. Et elles n?étaient ni hypertendues, ni diabétiques.
Avec les femmes mauriciennes qui sont en tête du hit-parade mondial des cardiaques, les données ont changé. Toute une étude est maintenant nécessaire pour tirer au clair ce qui est en passe de devenir le paradoxe mauricien en ce qui concerne les femmes cardiaques.
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