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Les malheurs des enfants Marin

7 mai 2005, 20:00

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«De quelle épreuve voulez-vous parler ? Vous savez la famille vit une succession de drames depuis une année? » Léonie Jaffar ne sait plus où elle en est. La sexagénaire affolée, qui se trouvait en Grande-Bretagne pour un traitement médical, a sauté dans le premier avion dimanche dernier pour être auprès de son petit-fils Noé Marin, 8 ans, admis aux soins intensifs de l?hôpital Jeetoo.

« Mo ti tann dir li bien fay », confie-t-elle. Elle rêvait de le ramener à la maison, mais ce sont ses funérailles qu?elle a dû organiser, le 4 mai. Noé Marin est décédé après avoir passé six jours dans le coma.

Un autre coup du sort pour les Marin, originaires de Bois-Marchand, Terre-Rouge. Les circonstances de ce drame sont d?autant plus tragiques que les parents de Noé, l?avant-dernier d?une famille de six enfants, n?étaient pas à son chevet lorsqu?il a rendu l?âme.

Incarcérés depuis un an pour une affaire de drogue, Anthony et Eliette ont bénéficié d?une permission de 15 minutes pour assister aux funérailles de leur fils.

« Le visage de ma mère était ravagé par le chagrin », raconte Natacha, la s?ur aînée de Noé. Ses parents, dit-elle, ont toujours clamé leur innocence. Elle n?a pas digéré le fait que leur demande de libération sous caution n?a pas trouvé une oreille attentive, malgré l?état critique de son petit frère.

« Pour accélérer la libération sous caution d?Eliette, nous avons produit le certificat médical de Noé en cour disant que son état était grave. Le magistrat avait même exprimé son intention de la libérer, mais ils ont mis trop de temps », soupire le frère d?Anthony. Pour lui, le couple est innocent. Le 1er mai 2004, il est intercepté au rond-point du Caudan par des policiers, à la suite d?une dénonciation d?un homme arrêté quelques minutes plus tôt.

Ce dernier était en possession de drogue et, selon le frère d?Anthony, il a voulu faire diversion afin de pouvoir s?échapper. Repris plus tard, il avouera que le couple n?est pas impliqué dans le trafic de drogue. Sur Anthony, les policiers disent pourtant avoir trouvé Rs 35 000 et de la drogue. « Je lui avais offert Rs 10 000 pour m?avoir aidé dans l?élevage d?animaux. Le reste était à lui. Il m?a dit qu?il avait l?intention d?acheter une voiture avec. Je doute qu?il ait été en possession de drogue, même s?il se shoote souvent », ajoute-t-il.

Depuis l?emprisonnement d?Anthony et d?Eliette, la famille est démembrée. Jonathan, 22 ans, et Tonilo, 16 ans, vivent dans une pièce en tôle délabrée. Sans emploi, ils essayent de survivre. « Enn de fwa, kamarad inn fer lisaz, ena fwa bizin rest kum samem », lâche Tonilo. La petite Naomie, 2 ans et demi, a été prise en charge par une tante de Pointe-aux-Sables. Natacha, 21 ans, est restée dans la maison des parents et s?occupait de ses deux petits frères, David, 11 ans, et Noé, 8 ans, qui souffrait d?un handicap mental. Faute d?argent pour le transport et les frais de scolarité, il ne fréquentait plus l?école spécialisée.

<B>« Ena delo dans so poumon »</B>

Le jour de ce tragique accident, Noé se faisait une joie d?aller à la mer, à Le Goulet, Baie-du-Tombeau. « Il avait apporté sa petite chaise et des jouets. Il s?était installé au bord de l?eau et s?amusait avec David à envoyer des jouets dans l?eau que je ramenais pour eux », raconte Natacha. A un certain moment, David s?est aventuré plus loin dans l?eau. « Je suis allée le chercher et lorsque je me suis retournée, Noé avait la tête dans l?eau », relate-t-elle.

Paniquée, Natacha le ramène sur la plage. Noé gémit et vomit son déjeuner. Les pique-niqueurs ne se font pas prier pour les emmener à l?hôpital Jeetoo où les médecins décident de l?admettre aux soins intensif : « Dokter inn dir so ka byen grav, ena delo dan so pumon. » L?enfant sombrera dans un coma profond. Il meurt des suites d?un ?dème pulmonaire.

La veille de son décès, Natacha a éclaté en sanglots au chevet du petit corps affaibli : « Mo ti sagrin, mo larm inn kule kan monn pense mo bann paran pa la. » Et les malheurs des enfants Marin ne sont pas prêts de s?achever.

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