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Les loges françaises jouent la transparence
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Les loges françaises jouent la transparence
D?importants bouleversements se préparent dans la franc-maçonnerie française, mais son évolution vers la transparence se poursuit. D?ici à la fin 2003, sept grands maîtres des neuf obédiences qui composent la maçonnerie française (MAF, créée en juin 2001) auront cédé leur place à un successeur ? «descendre», dans la terminologie maçonnique. Le Grand Orient de France (GODF), qui revendique 42 000 frères, a réuni, jeudi 4 septembre, son convent pour élir le remplaçant d?Alain Bauer, dont le mandat n?était pas renouvelable.
Pour les maçons, l?effacement du médiatique Alain Bauer marque la fin d?une époque vouée à la réhabilitation. La célébration ? artificielle quant au choix de la date ? du 275e anniversaire de la maçonnerie à Lyon en a constitué le sommet. En s?affichant de plus en plus au grand jour et en incitant leurs adhérents à se dire «fiers d?être maçons», les dirigeants se sont efforcés de laver leur image, ternie au cours des années 1990 par les «affaires» comme par les interventions politiques clandestines, mal vécues par leurs membres et stigmatisées par les médias. Au risque d?opérer une mutation décisive quant à la valeur traditionnelle accordée au secret dans l?univers maçonnique.
«RESTER DISCRET»
Pour Yves-Max Viton, un pharmacien d?Amiens, nouveau grand maître de la Grande Loge de France (environ 25 000 membres), «il convient de rester discret sur l?appartenance, car se révéler risque d?avoir des incidences professionnelles». Certains maçons revendiquent la présence de quatre ou cinq des leurs dans l?actuel gouvernement, dont quelques-uns sont membres de la Grande Loge nationale française (GLNF). De fait, cette obédience est plus orientée à droite. Née d?une scission avec le GODF en 1913, provoquée par l?attachement à la référence au «Grand Architecte de l?Univers» et au «volume des lois sacrées», la GLNF affirme compter 32 000 frères. Liée organiquement aux instances internationales de la franc-maçonnerie anglo-saxonne, elle se veut également plus spiritualiste et plus apolitique.
Difficilement, elle cherche à se relever d?un climat qui l?a souvent vue pointée du doigt, notamment par Alain Bauer, pour les affaires et les scandales qui frappent sa grande loge provinciale Alpes-Méditerranée. Elle aussi commence, timidement, à s?extérioriser. Elle célébre son anniversaire ? le 90e de sa fondation ? depuis hier à Cannes (Alpes-Maritimes), en présence de sept chefs d?Etat maçons, promet-on à la GLNF.
La tempête provoquée par la révélation d?une réunion organisée par le prédécesseur de M. Bauer, Simon Giovanaï, dans les bureaux du GODF, le 22 janvier 2000, désapprouvée par le conseil de l?ordre, a marqué également un tournant dans les relations de la maçonnerie et du pouvoir alors socialiste. La crise qui s?en était suivie avait d?ailleurs abouti à la démission de M. Giovanaï, le 14 avril 2000, la vacance étant assurée par son premier adjoint, Bernard Brandmeyer. C?est du reste ce dernier qui, pour avoir su gérer la transition et l?apaisement avec habileté, est aujourd?hui le seul candidat déclaré à la succession d?Alain Bauer.
«Le débat public ne peut plus être initié dans les loges, reconnaît Alain Bauer, car la maçonnerie n?a plus le monopole de l?échange d?idées. Plus question d?agir comme un laboratoire législatif. En revanche, les loges peuvent être un lieu d?approfondissement.»
Les maçons se voient également contraints de s?adapter à l?évolution du pouvoir. «Avant 1940, 60 % du personnel parlementaire était maçon, continue Alain Bauer. Aujourd?hui, cette proportion est retombée à moins de 10 %. Le Parlement dans son ensemble ne compte plus que 90 maçons.»
«COLONISATIONS MAFIEUSES»
Une situation qui suscite par contrecoup la multiplication de colloques publics ou de tenues ouvertes aux profanes sur des sujets qui sollicitent la contribution des loges au même titre que d?autres groupes philosophiques ou religieux constitués. Ainsi du débat sur la révision des lois bioéthiques, pour lequel Alain Bauer s?est vu demander une opinion en 1999 alors que, confesse-t-il, les loges n?avaient guère planché sur le sujet. De même, M. Viton a été convié à une audition par la commission sur «la laïcité dans la République», présidée par Bernard Stasi.
Du côté de la GLNF, on intervient plutôt à l?américaine, sur le mode caritatif et humanitaire. C?est ainsi qu?une Fondation regroupant les divers services d?assistance fraternelle doit être prochainement mise sur pied.
La franc-maçonnerie peut aussi se faire conservatoire de la République quand elle juge certaines lois de son cru menacées. Ce fut le cas lorsqu?une révision de la loi de séparation des Eglises et de l?Etat, de 1905, fut évoquée par certains membres du gouvernement. Le grand maître du GODF, qui avait manifesté son opposition, avait reçu sur son portable un coup de téléphone du président de la République l?assurant qu?une telle réforme n?était pas à l?ordre du jour.
Les obédiences tentent d?empêcher les colonisations mafieuses. Les fraternelles (regroupements interobédiences par activités professionnelles), où s?échangent informations et services, ont été désapprouvées par M. Viton quand elles sont de nature «commerciale ou corporatiste». «Nombre de fraternelles sont des clubs de rencontre», plaide pourtant Jean Murat, ancien professeur de chirurgie, assistant de l?actuel grand maître de la GLNF, Jean-Charles Foellner. «Et elles regroupent souvent des gens qui sont à la retraite.»
Mais la GLNF et le GODF, comme la Grande Loge de France et d?autres obédiences, échangent désormais des informations sur les candidats indésirables. Les exclus ne peuvent ainsi se réfugier dans d?autres obédiences. La suspension accompagne toute mise en examen. Ainsi Roland Dumas n?a-t-il été que récemment réintégré au GODF. L?objectif est de redonner aux profanes l?impression que les instances maçonniques sont suffisamment efficaces pour radier les frères qui confondent la solidarité maçonnique et l?ésotérisme avec les ententes délictueuses ou le «clubisme».
© 2003 Le Monde News Service
Le convent, l?«organe législatif» annuel du Grand Orient de France
Le «convent», terme d?origine monastique ? du latin «conventus» ? désigne l?assemblée générale du Grand Orient de France (GODF). Il se réunit en septembre depuis la Commune (1871), cette année du jeudi 4 au samedi 6. Ce rassemblement est l?occasion de discuter des questions financières aussi bien que symboliques qui se posent à l?obédience.
C?est une «tenue fermée», c?est-à-dire inaccessible au profane (non-maçon), au cours de laquelle a lieu un rituel maçonnique. Il vote le rapport d?activité du conseil de l?ordre. Il rassemble un délégué pour chacune des loges affiliées au GODF, soit 1 047 au 31 décembre 2002. Après s?être tenu au siège du GODF, rue Cadet à Paris, dans le temple Arthur-Groussier, le convent a élu domicile depuis 1984 au PLM-Saint Jacques puis, depuis 2002, sous la pelouse du Stade de France.
La loge est la cellule de base de l?obédience maçonnique et peut compter de sept à plus 200 membres. L?élection du nouveau grand maître se déroule le jeudi soir. Cette élection est assurée par les 35 membres du conseil de l?ordre ? l?exécutif maçonnique ou son conseil d?administration ?, eux-mêmes élus par les congrès régionaux (il y a 17 régions maçonniques). Les conseillers prêtent serment devant le convent.
Le nouveau grand maître est élu pour un an renouvelable une fois. Président du conseil de l?ordre, il prononce à cette occasion son discours d?investiture.
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