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Les liens Asie-Afriquese resserrent
Ouvrant le sommet de Djakarta, le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono a appelé hier l?Asie et l?Afrique à oeuvrer de concert pour peser sur l?évolution de la planète. Organisé pour le cinquantième anniversaire du sommet de Bandung, qui avait marqué la naissance du Mouvement des non-alignés, le rendez-vous de Djakarta ne doit pas être un simple événement commémoratif, a-t-il poursuivi.
«La relation Asie-Afrique est le chaînon manquant dans les structures mondiales des relations interrégionales», a déclaré le président indonésien.
«Il a fallu cinquante ans pour que cette conférence ait lieu, mais l?Asie et l?Afrique sont finalement réunies de nouveau. Aujourd?hui, les fils et les filles de l?Asie et de l?Afrique se tiennent côte à côte et égaux en ce lieu. Nous sommes grands, fiers et libres», a poursuivi «SBY».
<B>Champion du tiers monde</B>
L?objectif, au-delà de l?anniversaire de Bandung, est d?engager un «partenariat stratégique» entre l?Asie et l?Afrique avec la promesse d?un encouragement des relations commerciales et des investissements entre les deux continents qui abritent les trois quarts de la population mondiale.
Djakarta est également l?occasion de rencontres bilatérales, et ces «sommets dans le sommet» ont pris hier le pas sur l?ordre du jour de la conférence avec la crise sino-japonaise, notamment, mais aussi les relations entre les deux Corées.
Le Premier ministre nippon, Junichiro Koizumi, qui a présenté des excuses pour les conséquences du «militarisme japonais», a annoncé qu?il rencontrerait aujourd?hui le président chinois (voir hors texte), Hu Jintao, pour tenter de sortir de la crise qui oppose les deux pays depuis plusieurs semaines sur fond de lectures divergentes de l?histoire.
Le Premier ministre sud-coréen, Lee Hae-chan, et le président du Parlement nord-coréen, Kim Yoong-nam, ont tenu pour leur part les entretiens à plus haut niveau entre les deux Corées depuis cinq ans.
Dans son discours, Hu Jintao n?a pas fait allusion au Japon. Mais le président chinois a promis que la Chine serait le champion du tiers monde. «La Chine sera toujours membre du monde en développement, soyons épaule contre épaule, main dans la main», a-t-il dit.
Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, s?est emparé de la tribune pour plaider la cause d?une réforme de l?Onu.
L?année 2005, a-t-il dit, doit être un tournant pour les pauvres, avec notamment la perspective du sommet sur les Objectifs du Millénaire pour le développement, en septembre, et pour l?Onu.
<B>Dictature fasciste internationale</B>
«Tout le monde doit garder à l?esprit que nous vivons dans un seul monde, et que nous partageons un destin commun», a-t-il lancé. «Chaque jour, le processus de mondialisation souligne le grave déséquilibre dans la répartition du pouvoir mondial, et il est donc impératif que nous utilisions notre force collective pour parvenir à la restructuration et à la démocratisation des Nations unies et des autres organisations multilatérales», a noté pour sa part le Sud-Africain Thabo Mbeki.
Le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a saisi l?occasion pour fustiger «la dictature fasciste internationale» des Etats-Unis. «L?unilatéralisme qui menace aujourd?hui la planète est aussi dangereux que la menace de guerre», a-t-il dit. «Nous savons à présent que la plus grande des menaces vient des armes de mystification massive des Etats-Unis et du Royaume-Uni», a-t-il ajouté.
Pour l?heure, la Chine est la seule puissance d?Asie et d?Afrique à siéger de façon permanente au Conseil de sécurité de l?Onu, et de bénéficier donc d?un droit de veto.
Le Japon est candidat, mais aussi l?Inde ou encore l?Afrique du Sud et le Sénégal. L?Egypte, le Nigeria et le Kenya ont également fait part de leur intérêt.
<B>Le Japon présente ses excuses à la Chine</B>
Le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi présente des excuses pour les «énormes souffrances et dégâts» provoqués en Asie par le militarisme nippon, dans le but apparent de raccommoder ses relations avec la Chine. Koizumi a formulé ces excuses lors d?un discours prononcé à l?occasion du sommet Asie-Afrique de Djakarta, qui réunit une centaine de dirigeants dont le président chinois Hu Jintao, qu?il pourrait rencontrer dans les prochains jours. Le ministre japonais des Affaires étrangères a déclaré dans un premier temps que ces discussions, prélude à un réchauffement possible de leurs relations, auraient probablement lieu vendredi, mais une source autorisée japonaise a déclaré ensuite que ce ne serait vraisemblablement pas le cas.
Les diplomates tentent de mettre au point une rencontre samedi au plus tôt. «Par le passé, le Japon, par la domination coloniale et par l?agression, a provoqué d?énormes dégâts et souffrances aux peuples de nombreux pays, notamment en Asie», a déclaré Koizumi. «Le Japon reconnaît simplement et humblement ces faits de l?histoire», va-t-il ajouter, avant de souligner que les Japonais éprouvaient «un profond sentiment de remords» et avaient des «excuses sincères» toujours présentes à l?esprit.
Des dirigeants japonais ont déjà présenté par le passé leurs excuses pour les dégâts causés en Asie par le militarisme japonais, mais l?originalité de la démarche de Koizumi réside dans la tribune choisie cette fois-ci pour le faire, et l?ampleur de son auditoire. Des milliers de Chinois ont protesté lors de manifestations contre ce qu?ils perçoivent comme l?incapacité du Japon à reconnaître son passé militariste, et s?opposent à la candidature du Japon à un siège permanent au Conseil de sécurité de l?Onu. Les relations entre les deux pays sont au plus mal depuis la normalisation de leurs liens diplomatiques en 1972.
<B>Anniversaire de Bandung</B>
Environ 45 chefs d?Etat et le secrétaire général de l?ONU, Kofi Annan, sont présents à Djakarta pour commémorer le premier sommet afro-asiatique, celui de Bandung. Du 18 au 24 avril 1955, 29 pays du tiers-monde, de l?Asie et d?Afrique, s?étaient réunis à Bandung, à 120 km au sud-est de Djakarta. Le communiqué final de cette conférence avait fait date dans l?histoire de la décolonisation et du tiers-mondisme. L?Indien Nehru, l?Egyptien Nasser, le Chinois Zhou Enlai et le président indonésien Sukarno furent les vedettes de ce sommet, qui représenta le préambule du futur mouvement des non-alignés (MNA), dans un monde plongé dans la guerre froide.
<B>par Dan EATON et Achmad SUKARSONO</B>
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