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Les leçons de l?or noir

23 août 2004, 20:00

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La flambée du cours du pétrole, qui frôle les 50 dollars sur les marchés de New York, ne devrait pas sérieusement menacer la reprise de l?économie mondiale. Celle-ci est ?solide et généralisée?, comme vient de le souligner Rodrigo Rato, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI). Le FMI table toujours sur une croissance mondiale de 4,6 % pour cette année, chiffre très élevé.

D?autres économistes, plus pessimistes, relèvent que les deux ?moteurs? de l?économie-monde, les Etats-Unis et la Chine, sont parmi les plus vulnérables à un pétrole cher. Mais ils admettent qu?il faudrait que l?or noir monte durablement autour de 60 ou 70 dollars le baril pour que l?on puisse craindre un retournement économique.

Pourtant, ces considérations seraient complètement rassurantes si les gouvernements occidentaux tiraient rapidement deux leçons de la hausse du pétrole à laquelle on assiste depuis plus d?un an.

Première leçon : la demande d?énergie grossissant avec le développement des géants chinois et indien et l?offre restant mesurée, en particulier en matière de pétrole dont les ressources pourraient s?épuiser dans moins d?un demi-siècle, le monde est entré dans une nouvelle phase où l?énergie redevient un facteur-clé et un facteur cher.

La conjoncture mondiale actuelle dépend finalement plus des combats de Nadjaf et de la production irakienne de brut que de la mise en Bourse de Google, l?idole du Net. Il y a comme un côté ?années 70? dans la situation actuelle avec le retour de l?économie ?physique?, de l?inflation et, bien entendu, d?une géopolitique mondiale très influencée par l?or noir, ses réserves et ses pipelines.

La seconde leçon est qu?il est temps de renouer avec les économies d?énergie et le développement des énergies de substitution. La planète ne pourra pas supporter une généralisation du mode de consommation occidental énergivore à la Chine, l?Inde, le Brésil, etc. Plutôt que de considérer, comme on le fait, que ces pays se développent d?abord et qu?ils songent au problème énergétique mondial après, il faut qu?ils participent dès maintenant à la recherche d?une croissance économe. La durabilité de la croissance mondiale dépend d?eux.

Mais elle dépend d?abord des pays occidentaux. Aux Etats-Unis de comprendre, enfin, que leur mode de vie ne sera pas remis en question si on limite l?appétit de leur moteur V8 et que l?heure ne peut plus être à l?insouciance. A l?Europe de relancer avec ampleur un vaste programme, à l?horizon 2025 pour faire, à nouveau, ?la chasse aux gaspis? et pour développer les énergies de substitution.

L?Europe, qui ne réussit pas à bien se placer dans la compétition des technologies informatiques, pourrait trouver, ici, une deuxième chance : devenir le champion mondial des industries énergétiques autres que fossiles, dont l?indispensable nucléaire, des matériels de dépollution et des techniques d?économie.

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