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Les leçons de l?Icac
PAR ARIANE CAVALOT-DE L?ESTRAC
L?ancien gouvernement a le mérite d?avoir donné de nouvelles bases à la lutte contre la corruption. Mais il y a peu de chances qu?on en garde de grands souvenirs. Les lauriers, il vient de les céder avec une bienveillance déconcertante à son successeur, bien décidé à en saisir un maximum.
En laissant au Parti travailliste l?occasion de guérir l?Icac de son plus grand mal ? la toute-puissance de son commissaire ? l?opposition lui accorde de gracieux galons aux yeux d?une population désillusionnée d?avoir maintes fois entendu « enough is enough ». Dans le même temps, l?alliance MSM-MMM accuse un coup : la facilité apparente de l?opération ? un amendement rédigé en un tour de main ? fait de l?ombre à son principal argument, l?efficacité. Elle l?a bien cherché.
L?Icac de Beekarry, ce fut un vaudeville. Un traitement approximatif des affaires par des juristes hautement qualifiés, des arrestations arbitraires faisant trembler des institutions majeures, un commissaire qui « rapporte » au président de la République la paresse de ses confrères, un employé qu?on torture, un autre qu?on séquestre, des dépenses mirobolantes que ne justifiait aucun résultat ? sur une trentaine de charges provisoires, pas une n?a encore donné lieu à une inculpation ? un commissaire qui dit au Premier ministre qu?il n?a pas de comptes à lui rendre. Mais les comiques étaient aussi en coulisses. Un chef d?État qui se sent plus redevable envers son nominé qu?envers la nation et fait la sourde oreille aux cris d?effroi des juges. Un chef du gouvernement qui donne des coups de gueule, menace, met de l?ordre, histoire de se montrer responsable, mais qui courbe l?échine en privé.
Il y avait, pourtant, pour ce dernier, un moyen d?accompagner ses aboiements d?un geste et attaquer le mal là où il se trouvait puisqu?il était identifié. Si le « Prevention of Corruption Act » stipule que le président « chairs » toutes les réunions de l?« appointments committee », il n?est pas dit que les deux autres membres ne peuvent demander une telle rencontre. Puisqu?il suffit de deux votes pour qu?une décision soit valable et que la voix du président n?est pas prépondérante, il est tout à fait logique ? et dans l?esprit de cette loi ? que si le leader de l?opposition et le chef du gouvernement estiment urgent une telle réunion, ils la provoquent.
La situation avait atteint un stade de pourrissement alarmant et le Premier ministre le concédait ouvertement. Même les membres du gouvernement abandonnaient leur responsabilité au sein du comité parlementaire. Le chef du gouvernement avait la responsabilité de mesures radicales. Il n?a pas franchi le pas. S?il avait pris l?initiative de cette réunion à laquelle il aurait fait bloc avec le leader de l?opposition, le président n?aurait pas pu refuser. Mettre en échec sir Anerood Jugnauth aurait cependant risqué de compromettre le propre statut de Paul Bérenger. Sur ce dossier fondamental comme sur celui de la réforme électorale, il a choisi la conciliation et a puni la nation.
Cela dit, il n?y a pas grande fierté à retirer de cet amendement. Une population ne peut pas être à l?aise avec l?idée que l?on confisque la parole à son chef d?État, parce qu?il n?est pas jugé apte à prendre une décision. Question de déférence. En revanche, la réserve de l?auteur du « Prevention of Corruption Act 2 002 », selon lequel l?indépendance du directeur général de l?Icac serait davantage assurée par la présidence que par le Premier ministre, n?a aucun fondement. Premièrement, si sir Anerood croit à ce point aux compétences de Beekarry pour ne rien tenter pour le faire partir, on peut deviner la gratitude que porte le commissaire au président. Dans ces conditions, jusqu?à quel point peut-on garantir son indépendance ? Deuxièmement, la preuve est faite, dans ce cas-ci, que le président ne se sent aucune obligation de comptes à rendre à personne. Il fait comme bon lui semble. Il n?est pas un élu. Le Premier ministre et son équipe, en revanche, se présenteront, eux, devant l?électorat. Les résultats de leur commissaire feront partie ou non de leur bilan.
Cette loi n?est sans doute pas encore parfaite. Il faudrait pour cela qu?elle empêche l?Icac d?être un pion entre les mains des politiques. Mais on ne peut pas attendre plus longtemps. Le gouvernement a raison de précipiter les choses, pour le moral de la population, pour celui de la fonction publique, pour le rappel des investisseurs et contre le gaspillage. Que l?on tourne la page et qu?on retienne les leçons de l?affaire Beekarry ; politique pour Bérenger, de gouvernance pour Ramgoolam qui purge ces jours-ci les organismes publics. Les compétences sont trop rares pour qu?on les gaspille.
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