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Les labos d?analyse privés : un véritable capharnaüm

13 mars 2004, 20:00

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La situation actuelle est extrêmement dangereuse et préjudiciable pour les patients. C?est le cri d?alarme d?un ancien laborantin du ministère de la Santé, aujourd?hui à la retraite, qui s?exprime sur le manque de rigueur dans le contrôle des qualifications des techniciens de laboratoire dans le secteur privé.

Aujourd?hui, le ministère de la Santé compte près de 400 techniciens qualifiés après quatre années d?études en parasitologie, hématologie, microbiologie, virologie et histologie. « Il y a deux ans, l?université de Maurice a rehaussé le niveau du programme d?étude des techniciens de laboratoire. Ils seront désormais détenteur d?un diplôme faisant d?eux des scientifiques, donc des techniciens plus qualifiés que leurs prédécesseurs », explique le Dr Raj Choollun, responsable du département des sciences médicales à l?université de Maurice.

Une inégalité de competences

Les techniciens du secteur privé sont exclus de ce programme. Les directeurs de laboratoires d?analyses médicales privés recrutent leurs techniciens, soit parmi les étudiants qui rentrent au pays à la fin de leurs études, soit parmi les fonctionnaires qui décident de tenter l?expérience dans le privé.

« Chacun s?applique selon ses moyens et ses compétences », déclare Ibrahim Sheik-Yousouf, Managing Director de Pro-Medica, une société spécialisée dans l?analyse biomédicale. Cette situation aboutit à l?existence d?une inégalité de compétences.

Les laboratoires de certaines cliniques ont, à leur tête, un pathologiste épaulé par un ou deux techniciens qualifiés. D?autres laboratoires se contentent de la présence d?un pathologiste et d?un personnel technique formé selon les règles de la maison.

Hans B. Gopal, microbiologiste et directeur de la société Hans Biomedical Laboratory Ltd, un des derniers venus dans le secteur, a assuré lui-même la formation de ses deux laborantines. Ahstee Boodhoo et Poojah Ramdin sont phlébotomistes. Pendant trois mois, elles ont suivi un cours sur la nature et le fonctionnement des veines.

Avec l?introduction d?équipements de laboratoire qui ont remplacé l?intervention humaine dans la préparation des analyses, il y a eu une évolution dans l?appréciation du rôle du laborantin. Deux écoles de pensée s?affrontent sur ce terrain. Il y a celle qui estime que la présence de laborantins qualifiés n?est pas nécessaire. L?autre exige la présence de techniciens ayant une formation médicale également.

« Je n?ai pas besoin de laborantins qualifiés », soutient le Dr Baboo chandrasingh Gowreesunkur, directeur du Green Cross Medical Labo-ratory, une société d?analyse biomédicale en laboratoire. « Je suis un pathologiste qualifié. Les analyses sont effectuées sous ma supervision. Aujour-d?hui, tout se fait à la machine. »

Manque de rigueur du ministère de la Santé

Un laborantin, qui a une formation médicale et qui veut rester anonyme, n?est pas de cet avis. « On ne peut pas faire confiance à la machine à 100 %. Que se passe-t-il s?il arrive que la machine ne fonctionne pas ? Comment un technicien formé sur le tas peut-il se tirer d?affaire ? Il faut un technicien qualifié dans un laboratoire. »

Depuis que le ministère de la Santé a exigé la signature formelle d?un protocole entre les fournisseurs d?équipements et les propriétaires de laboratoire pour la maintenance régulière des équipements, le risque inhérent à une trop grande dépendance vis-à-vis de la machine a été atténué. Le laboratoire central de Candos est en pleine réorganisation et au ministère, on estime que celle-ci pourrait être bénéfique au secteur privé.

L?absence d?un programme de formation n?est pas le seul point noir au niveau des laboratoires privés. Il y a également la difficulté à exercer un contrôle rigoureux sur la qualité des prestations qu?ils offrent.

Ce contrôle assuré par le ministère de la Santé ne fait pas l?unanimité. « Il est souhaitable qu?il y ait plus de rigueur de la part du ministère de la Santé », estime Ibrahim Sheik Yousouf.

« Il faut mettre de l?ordre » soutient Anand Daby, directeur du laboratoire de Quatre-Bornes, une des premières sociétés à effectuer des tests du sida et hormonaux et à introduire l?informatique au laboratoire.

« Les tests, ce n?est pas l?affaire des médecins. Et pourtant, certains le font sans être inquiétés. Qui peut s?assurer que les tests en laboratoire sont effectués sous la supervision d?un technicien qualifié ? », se demande un ex-technicien de laboratoire du ministère de la Santé.

La compétition fait rage</B>

Les effets dus à l?absence d?un système de contrôle plus rigoureux et détaillé auraient pu être atténues si Maurice disposait d?un organisme régulateur et d?accréditation. L?étab-lissement des normes ISO 17025 destinées aux laboratoires n?est pas pour demain.

Le comité technique chargé de faire les recommandations pour l?institution d?un organisme d?accréditation des laboratoires a terminé ses travaux depuis 2000. Il les a soumises à Mauritas, organisme responsable de l?octroi des accréditations à Maurice. Dans les milieux du ministère de l?Industrie, on en est encore au stade où on se contente de donner de l?espoir. « Les choses vont dans la bonne direction », fait-on ressortir.

L?absence de normes contribue à pervertir le concept d?incertitude de la mesure lié à l?analyse des échantillons en laboratoire. « Il arrive que des clients jugent la performance d?un laboratoire en comparant les résultats d?analyse sur des échantillons qui n?ont pas été prélevés dans les conditions similaires », explique Anand Daby. Or, ce concept est utilisé pour déterminer la différence significative entre deux résultats obtenus sur un même échantillon.

Entre-temps, sur le terrain, les choses évoluent très vite. Les nombreuses campagnes de sensibilisation et de prévention relatives à la santé ont amené une plus grande prise de conscience chez de nombreuses personnes. établir régulièrement son bilan de santé est entré dans les m?urs. C?est ce qui a contribué à l?épanouissement des laboratoires médicales privés. La compétition fait rage. La guerre des tarifs aussi. Depuis 1979, le nombre de laboratoires privés est passé de un à une quinzaine. La demande pour les analyses est telle que certains opérateurs n?hésitent pas à multiplier les points de collecte d?échantillons.

Le secteur public compte près de 400 techniciens de laboratoire qualifiés et a rehaussé le niveau de son programme de formation universitaire. Le secteur privé, à quelques exceptions près, semble être à la traîne et compte les techniciens qualifiés sur les doigts d?une main. Le pire est qu?en l?absence d?une étude approfondie sur cette situation, personne ne peut mesurer l?ampleur de ses répercussions sur la santé publique.

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