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Les jours des fermiers mauriciens sont comptés
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Les jours des fermiers mauriciens sont comptés
Élimination ciblée. Attaque préméditée. Harcèlement. Expropriation. Dépossession. Expulsion. Encer-clement pour intimider. Ajoutez-y d?autres termes du même acabit, et vous aurez fait le tour des persécutions systématiques dont nos compatriotes fermiers au Zimbabwe font les frais.
L?évocation de leur île n?y change rien. Le Zimbabwe veut des autochtones comme propriétaires des terres, quitte à renvoyer tous les autres.
Jugez-en. Sur une population de quarante fermiers d?origine mauricienne en 2002, il n?en reste plus que quatre. Le dernier à rendre son tablier a regagné le pays vers fin janvier. S?il compte y retourner, c?est parce que ses enfants y vivent. Ils ont une infime chance d?y rester parce qu?ils sont en ville.
« Mieux vaut s?en aller »
Sa ferme était d?une superficie de 180 hectares. On lui en a pris 130. Il pensait pouvoir s?accrocher à la cinquantaine d?hectares qui lui restait. Mais c?était sans compter la détermination de deux hautes personnalités qui ont jeté leur dévolu sur les deux résidences de la ferme.
« Inutile de présenter une quelconque forme de résistance. Cela risque de dégénérer. Mieux vaut s?en aller. » Les énergumènes venus réquisitionner « leur bien » sont arrivés à la ferme à 10 heures ce jour-là. Le manager avait seulement quatre heures pour vider les lieux. Il a alors tout juste eu le temps de rentrer de Harare, la capitale. Après un conciliabule, il a pu obtenir un sursis jusqu?à 18 heures.
Puis, il lui a fallu déguerpir comme un vulgaire voleur. La voie diplomatique n?a rien pu faire pour nos compatriotes. Les initiatives d?Anil Gayan, alors qu?il était ministre des Affaires étrangères, de John Dacruz alors haut-commissaire mauricien en Afrique du Sud, n?ont rien donné. Les appels de Paul Bérenger, quand il était Premier ministre, sont restés lettre morte auprès des autorités zimbabwéennes.
L?actuel ministre des Affaires étrangères, Madun Dulloo, doit lui aussi s?avouer vaincu. Pour le ministre, il faudrait souhaiter qu?avec la tenue des prochaines élections présidentielles au Zimbabwe la situation ne dégénère pas plus. Concernant la réquisition par les autorités zimbabwéennes des terres possédées par des familles mauriciennes, Madun Dulloo soutient que ses services « ont tout fait pour sauvegarder et préserver les intérêts de nos concitoyens, mais que la situation ne semble hélas pas en train de se stabiliser ».
Ceux qui souhaitent un changement
À ceux qui sont restés au Zimbabwe, il leur demande de prendre les précautions nécessaires. Il dit regretter que ce pays d?Afrique qui aurait pu être un modèle « déstabilise toute la région, tant sur le plan de la coopération régionale, qu?au niveau de l?intégration économique et de la sécurité régionale ».
Ceux qui souhaitent un changement de régime au Zimbabwe lorgnent du côté des élections prévues le 29 mars. Les espoirs se fondent sur Simba Makoni, ex-ministre des Finances du président Robert Mugabe. Il croit pouvoir remporter la joute avec une marge confortable de 70 % des suffrages. Les dissensions notées au sein de la Zimbabwe African National Union (ZANU), parti de Robert Mugabe, ont fait dire à celui-ci que ses chances de l?emporter s?amenuisent.
En cas de changement, les Mauriciens contraints de quitter le pays, y retourneront-ils ? « Oui. Mais nous souhaitons être compensés pour le préjudice tant financier que moral subi », explique l?un d?eux.
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