Publicité
Les infiltrés ou la chasse aux taupes
SANGUINAIREMENT cruel. Un film attendu avec impatience, non pas pour le contenu car ce n?est après tout que de l?action policière et criminelle croisée. Mais attendu pour les trois acteurs dirigés par un grand maître. On ne fait plus la réputation de Jack Nicholson, mais on vérifie chaque fois si le réalisateur a réussi à le sortir de ses tics et de ses habitudes. Succès total ici. Matt Damon est le parfait petit jeune commençant à vieillir gentiment mais encore proche du jeune premier c?ur à prendre que l?on redoute toujours de voir dans un rôle trop sérieux car il devient alors si austère qu?il en fait froid dans le dos. Ici c?est plus que réussi. C?est nécessaire. Enfin Leonardo Di Caprio nous a habitués à certaines facilités quand il n?est pas bien dirigé. Aussi ici il est parfait car il est entre de très bonnes mains qui le manipulent comme de la pâte à modeler.
On peut alors jouir de son expressivité faciale et surtout de ses yeux car avec lui tout est dans le regard s?il fait ce qu?il sait faire le mieux : être cyniquement charmeur et exquisement cruel. Et en plus ces acteurs savent à ravir porter la peur jusqu?au bout des ongles.
Toujours surprenant, Martin Scorsese! D?un seul coup, il vient de modifier totalement la vision que l?on a ou avait du film policier, ou de gangsters comme on disait avant 1940.
Martin Scorcese joue à nous satisfaire dans notre besoin de violence et de justice dans un monde pourri de bout en bout, au point de nous révéler la dernière taupe dans les dernières deux minutes. Mais il pousse beaucoup plus loin la cruauté et ne cède pas à la moindre once de bonté ou de délicatesse.
La cruauté sera le maître mot de cette société, cruelle jusqu?au delà même de la mort. La dernière scène est à la fois d?une logique implacable et d?une surprenante vérité. Les taupes n?ont pas de plus pire ennemi que la lumière, le soleil, la transparence.
Et dire qu?il y a partout des taupes qui nous en veulent à mort. Le film est d?autant plus jouissif que nous avons un fond essentiellement paranoïaque et martyrisé. La vie est un train san locomotive, sans chauffeur et sans frein qui dévale une pente vers l?extrême fin des rails qui s?envolent vers un abîme de feu. Si vous ne le croyez pas allez donc trembler aux fers chauffés à blanc des prunelles de ces acteurs qui ne nous veulent que du mal. Car leur mal c?est notre bien et leur malheur à l?écran c?est notre plaisir dans les yeux.
Axée sur le mensonge et la trahison
L?action des truands reste la même, la police continue de nourrir des ripoux et des mal élevés, mais dans le cas des ?Infiltrés?, un scénario diablement astucieux voue aux gémonies les vieilles ficelles polar, et ne s?embarasse plus de cas de conscience, de gentils honorés et de méchants exfiltrés. D?autant que le téléphone portable et l?ordinateur jouent désormais le rôle du destin. J?admets qu?il faut s?accrocher au début pour suivre les forfaits de tout ce joli monde, mais quels délicieux frissons déclenche cet habile suspense avec des personnages aux mains sanglantes, au gré de la super violence, de la vulgarité et d?un soupçon de psychanalyse comme alibi.
Un socle inestimable pour le réalisateur, ce qui ne l?empêche pas de créer son univers en superbes images noires qui valorisent une mise en scène exemplaire axée sur le mensonge et la trahison.
La dualité des personnages règne en maîtresse dans ce film diabolique, étonnant, passionnant dans sa surenchère criminelle. La distribution d?acteurs est remarquable avec un Jacques Nicholson inqiétant à souhait, Leonardo Di Caprio qui prend du naturel et de la présence, Matt Damon excellent dans un rôle difficile, tout comme le sont ces belles pointures du cinéma représentées par Martin Sheen et Alec Baldwyn.
■ Quelle joie et quelle émotion lors de la 79e cérémonie des Oscars d'Hollywood. Après toutes ces années de disette, Martin Scorsese a été enfin récompensé de son travail par ses pairs qui lui ont offert son premier Oscar du meilleur réalisateur. En outre, le film les infiltrés a reçu la distinction suprème, celle du meilleur film, mais aussi l'Oscar de la meilleure adaptation et du meilleur montage. La prestigieuse statuette a été remis au réalisateur par trois glorieux confrères, amis de toujours, Coppola, Spielberg et Lucas. L'émotion chez Scorsese était intense et sa joie considérable. Il a longuement remercié ses collaborateurs de longue date (mention à sa "good old friend" de monteuse, Thelma Schoonmaker) ainsi qu'à tous les comédiens du film. Le public du Kodak Theater, à l'annonce de la récompense, a offert une longue standing ovation, forcément méritée. La septième nomination aura donc été la bonne pour Scorsese, lui qui attend cela depuis Raging Bull en 1980 ; juste retour des choses pour l'un des plus grands cinéastes de l'histoire du cinéma.
Publicité
Publicité
Les plus récents