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Les Indiens de Virginie luttent pour la reconnaissance
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Les Indiens de Virginie luttent pour la reconnaissance
Pour la plupart des Américains, marquer le 400e anniversaire de la première colonie anglaise permanente en Amérique consiste à commémorer la traversée de l?océan par des pionniers qui ont bravé l?adversité pour fonder un pays.
Mais pour les Amérindiens dont les ancêtres vivaient sur ces terres avant que les aventuriers anglais ne débarquent dans la péninsule de Jamestown, sur les côtes de la Virginie actuelle, c?est l?occasion de mettre en avant leur long combat contre les persécutions et les discriminations ? et de rappeler au monde qu?ils existent.
?Nous célébrons 400 années de survie dans un environnement assez hostile?, explique Anne Richardson, chef des Rappahanock, l?une des tribus Powhatan participant aux festivités, marquées, cette année, par une visite de la reine Elizabeth II d?Angleterre.
Leur combat n?est pas fini. La dernière fois que la reine s?est rendue à Jamestown, il y a un demi-siècle, pour son 350e anniversaire, il était interdit de se revendiquer indien en Virginie, et les contrevenants encouraient un an de prison.
A ce jour, la confédération de tribus Powhatan de Virginie ? qui, ironie de l?histoire, descendent de la communauté qui a aidé les premiers colons anglais à survivre en Amérique ? ne sont pas reconnues officiellement par le gouvernement fédéral, ce qui permettrait à leurs 3 175 membres de toucher l?aide que peuvent revendiquer les autres Amérindiens.
Une loi reconnaissant les six tribus de Virginie ? les Rappahanock, les Chickahominy, les Chickahominy de l?est, les Mattaponi-du-Haut, les Nansemond et les Monacan ? a été approuvée cette semaine par la Chambre des Représentants. Mais elle doit encore passer le cap du Sénat et être signée par le président. Cinq de ces tribus sont Powhatan. La sixième, celle des Monacan, a été en contact avec les Anglais en 1608.
Il aurait été compréhensible que ces tribus, vu le traitement qui leur a été réservé à travers les siècles, boycottent les festivités de Jamestown, y compris la visite de la reine d?Angleterre la semaine dernière et celle, ce week-end, du président George Bush.
Mais elles ont décidé, il y a deux ans, de participer. ?Nous avons jugé que le 400e anniversaire était l?occasion de dire la vérité sur notre histoire au lieu de cette version colonialiste que tout le monde connaît?, dit Richardson.
Beaucoup connaissent en effet la même version de l?arrivée des colons de Jamestown et de l?aide qui leur a été apportée par le chef des Powhatan et sa fille Pocahontas. Disney en a fait un film d?animation. Mais en vérité la nature des rapports entre les tribus et les premiers Européens arrivés sur le continent ne relevait généralement pas, loin s?en faut, du divertissement pour enfants.
L?afflux de colons à la suite du succès de la colonie de Jamestown, en 1607, a créé des tensions entre les deux camps. Après une deuxième guerre contre les Anglais, les Indiens ont signé en 1677 un traité avec Charles II qui est toujours observé de nos jours, les tribus versant chaque année un tribut au gouverneur.
Pires persécutions au XXe siècle
?C?est le traité indien le plus ancien encore en vigueur aujourd?hui?, a souligné le démocrate James Moran, de Virginie, lors d?un débat à la Chambre des Représentants.
Avant le début du XVIIIe siècle, les tribus avaient perdu la plupart de leurs terres. Elles ont été progressivement marginalisées mais les pires persécutions sont intervenues au XXe siècle. En 1924, la Virginie adoptait une loi exigeant de tous les citoyens qu?ils soient enregistrés à la naissance comme étant soit blanc soit ?colorés?.
Un chef du bureau des Statistiques de Virginie croyant en la suprématie de la race blanche a utilisé cette loi pour modifier systématiquement les dossiers de manière à identifier les membres de tribus comme ?colorés? plutôt que comme des Indiens.
?Nous ne pouvions pas, pendant cette période, obtenir de soins médicaux pour notre communauté. Nous n?avions pas accès à l?enseignement, nous n?avions pas accès à l?emploi?, explique Richardson.
Cette discrimination a duré pendant plus de 40 ans et n?a pris fin que quand la Cour suprême des États-Unis a annulé une partie de la loi de 1967. L?État de Virginie a annulé le reste dans les années 1970.
Depuis, les tribus de Virginie ont commencé à revendiquer leur héritage. Beaucoup ont été reconnues par cet Etat dans les années 1980, mais d?autres ne pouvaient voir leur statut reconnu à l?échelle fédérale via le Bureau des affaires indiennes, leurs dossiers ayant été détruits.
Pendant sept ans, elles ont demandé à être reconnues par le Congrès. Le texte voté mardi par la Chambre des Représentants pourrait leur permettre de toucher une aide annuelle de huit millions de dollars mais, aussi, de mettre en avant la spécificité de leur culture et de leur histoire - deux piliers de l?identité indienne que les tribus ont tenté de mettre en exergue en participant à la célébration du 400e anniversaire de Jamestown.
?C?était l?occasion pour nous de nous mettre en avant, de nous faire connaître un peu plus?, souligne Wayne Adkins, deuxième chef adjoint de la tribu des Chickahominy et chef de file de leur campagne de reconnaissance à l?échelle fédérale. ?Beaucoup de gens ne savent pas qu?il y a encore des tribus en Virginie.?
David ALEXANDER
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