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Les inconscients
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Les atermoiements du gouvernement sur la réforme sucrière ont pesé lourd. L?aide européenne, sans laquelle l?industrie ne pourra pas se restructurer, est désormais compromise. Par son incohérence et son indécision, l?Etat précipitera la plus vieille industrie de Maurice vers son déclin, entraînant des conséquences néfastes pour l?ensemble du pays.
Parce qu?elle n?a pas su respecter dans un délai approprié les engagements pris auprès de l?Union européenne, Maurice est déjà sur le point de perdre un financement de Rs 200 millions. Le déboursement de ce fonds était assorti de conditions précises. Il fallait fermer trois usines, offrir une retraite anticipée à 3 000 travailleurs de l?industrie sucrière et procéder à l?épierrage d?environ 300 hectares de terres appartenant aux petits planteurs. Le délai a expiré mais le projet de centralisation est toujours en suspens.
Après avoir autorisé la fermeture des trois usines, le gouvernement a changé les règles du jeu. Un accord définitif est devenu un accord conditionnel. L?Etat demande maintenant des terres aux sucriers et un élargissement de l?actionnariat de l?industrie.
Si l?Etat se rétracte et n?autorise pas la centralisation, il n?y aura pas de décaissement de fonds de l?UE. Claudia Wiedey, chef de la délégation de la Commission européenne l?a clairement dit en début de semaine : ??evidence of progress must be reported very soon to avoid a situation where the EU is not in a position to disburse earmarked funds to Mauritius?.
Il y a urgence. Pourtant, dirigeants politiques et sucriers ne sont pas parvenus à entamer un dialogue constructif alors que nous sommes arrivés à la veille de l?exercice d?évaluation. L?UE déterminera bientôt si notre pays est éligible ou pas à la tranche dite ?variable?, d?un montant de 4,5 millions d?euros. Si ce décaissement est annulé, les aides programmées pour les années à venir seront également affectées.
Nous en sommes arrivés là parce qu?il y a une incompréhension des enjeux au sommet de l?Etat. Tandis qu?un plan stratégique pluriannuel (MAAS), destiné à réformer le secteur et accepté par toutes les parties, a été soumis à l?Union européenne depuis l?année dernière, l?Etat est venu imposer, par la suite, de manière unilatérale et arbitraire, ses nouvelles conditions. Depuis, la machine s?est grippée.
Cette situation résulte des clivages entre les pragmatistes et ceux qui se posent en idéologues au sein du PTr. C?est un blocage qui risque d?entraîner le pays vers un désastre économique. Sans le financement des bailleurs de fonds, il n?y a pas de réforme. Sans réforme, l?industrie sucrière n?est pas viable.
La paralysie actuelle est d?autant plus aberrante qu?un plan de réforme (le MAAS) a déjà été défini à la satisfaction de tous. ?We must therefore proceed diligently with its implementation? exhortait le président sortant du Syndicat des sucres, Guirdharry Jugessur, vendredi dernier. L?on entendra son appel quand les clameurs des démagogues se seront tues.
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