Publicité
Les grands rendez-vous de 2006
SANTE « Il faut éduquer la masse »
Le secteur de la santé est appelé à connaître quelques changements importants en 2006. La mise sur pied d?unités néonatales à Flacq et à Rose-Belle, la décentralisation des services ophtalmologiques, la création d?un Quality Control Laboratory, la législation concernant les malades atteints du sida ainsi que la transplantation d?organes, sont des mesures très attendues.
« L?amélioration des services de santé est un on-going process. Certains aspects n?ont cependant pas été pris en compte », souligne le Dr Ashok Raghubar, le président de la Medical & Health Officers Association.
Investir dans l?amélioration des services de santé est d?une importance capitale. Elles appellent cependant à une meilleure utilisation du public.
« Il faudra mettre l?accent sur l?éducation de la masse pour qu?elle utilise les centres de santé de manière efficace. » L?informati-sation des services de santé contribuerait à la moderniser mais aussi aider à contrer le gaspillage. « Impossible d?effectuer avec le système actuel, un suivi. Bon nombre de patients en profitent et abusent des médicaments gratuits. »
Est souvent épinglée par l?Audit, la quasi non-maintenance des équipements hi-tech acquis à grands frais. « L?État dépense des millions en équipements qui, lorsqu?ils tombent en panne, ne sont pas réparés faute de pièces de rechange ou de personnel qualifié.
Des compagnies qui émergent comme par magie pour participer aux appels d?offres, mais qui disparaissent ensuite au moindre pépin sont monnaie courante. Il faut y mettre un frein. »
Le manque de personnel médical et paramédical est aussi déploré. Les hôpitaux s?essoufflent et nécessitent davantage de bras. Les médecins souhaitent des initiatives plus importantes pour limiter l?exode des infirmiers surtout ceux qui exercent dans des domaines spécialisés. « Il faudra multiplier les efforts afin d?empêcher le brain-drain. Il est vraiment dommage de voir des instrumentistes ayant 10 à 12 ans d?expérience plier bagage. Il faut trouver un moyen de les retenir », soutient le Dr Sunil Guness (photo), médecin au Centre cardiaque de Pamplemousses.
Ce centre cardiaque est d?ailleurs le seul qui continue à avoir le vent en poupe. Il est parvenu à réduire sa liste d?attente de moitié. De 450 interventions par an, il ambitionne d?augmenter le nombre à 600. Les médecins s?attelleront maintenant à la prévention en sillonnant les villages pour des conférences interactives.
ÉCONOMIE Le sursaut collectif d?une nation
L?unanimité règne. Il faut que les choses changent sur le plan économique en 2006. « Le statu quo sera un virus fatal pour Maurice », prévient Kailash Ruhee, partner chez DCDM et futur Chief of Staff du Premier ministre. Et c?est Rama Sithanen, le ministre des Finances, qui donnera le coup d?envoi des changements économiques de l?année 2006. Mais comme dans tous les moments déterminants de l?économie, le secteur privé et la population devront aussi contribuer au sursaut collectif de la nation.
Rama Sithanen a pleinement conscience que ses orientations pour 2006 sont attendues avec impatience. Il a d?ailleurs livré cette semaine dans la presse, quelques pistes qu?il compte suivre dans les mois à venir. Il annonce par exemple, vouloir développer la recherche médicale et produire certaines plantes médicinales pour l?exportation. En début d?année, il divulguera d?autres pans de ses orientations pour redresser les finances de l?État et relancer l?investissement. Mais c?est le budget qu?il présentera en juin qui sera « l?événement économique de l?année », pense Rajiv Servansingh, le secrétaire général adjoint de la Chambre de commerce et de l?industrie (CCI).
Le secteur privé attend la position du gouvernement et pose déjà ses priorités. « Notre leitmotiv sera l?ouverture », annonce Ariff Currimjee, président du Joint Economic Council (JEC). Il le prône dans toutes les sphères de la vie économique. Allant de l?ouverture aux compétences étrangères, aux nouvelles petites et moyennes entreprises, mais aussi aux précieux investissements étrangers.
Le secteur privé promet même d?adopter une ligne de dialogue plus dynamique avec le gouvernement. La fin du premier trimestre annoncera l?arrivée de nouveaux présidents de la CCI et du JEC. Le secteur privé pourrait profiter de ces changements pour proposer au gouvernement un document synthétique lui indiquant sur quelles bases et sur quels projets il compte collaborer avec le gouvernement. Jayen Cuttaree se montre toutefois plus prudent : « Durant la campagne électorale, une bonne partie du secteur privé a été fustigée par ce gouvernement.
Sera-t-il à l?aise pour investir après ça ? » Si un malaise doit gagner le pays, il va avant tout frapper le grand public. Monsieur Tout-le-monde entrera dans la nouvelle année avec une double hausse. Dès mercredi, c?est une majoration d?environ 15 % du prix de l?essence qui devrait être effective. Le lendemain, le prix de l?électricité aura grimpé de 10 %. Deux pilules dures à avaler? Mais ce ne seront pas les seules. Dans les premiers jours de juillet, pressé par l?impératif de renflouer les caisses de l?État, Rama Sithanen aura cédé à la nécessité d?augmenter l?assiette de la taxe sur la valeur ajoutée entraînant une hausse du prix de plusieurs catégories de produits. « Sithanen va devoir tout faire pour limiter la casse sociale », prévient le sociologue Malenn Oodiah.
Ce qui fait dire aux observateurs que le grand défi qui attend le gouvernement consiste à pouvoir expliquer à la population que nous sommes dans une conjoncture difficile et que les sacrifices doivent être consentis par tous, y compris par la population.
Le secteur privé semble avoir compris cette nécessité et assure vouloir entamer une vaste campagne d?information du grand public en 2006 pour expliquer les défis qui attendent les entreprises et les sacrifices qui lui seront demandés pour mener le pays dans une nouvelle phase de développement économique.
C?est bien de cela qu?il s?agit. Entamer des réformes de notre économie en profondeur, tout en permettant au grand public de les comprendre et en espérant qu?il les soutienne. De toutes manières, il n?y a pas d?autres alternatives? Sauf la catastrophe
POLITIQUE <B>Petite opposition entre amis </B>
2005 a été une lourde année électorale. Et indiscutablement 2006 s?annonce, en comparaison, plutôt terne. Elle le serait sans doute si la question d?une éventuelle alliance du MMM avec le gouvernement actuel ne flottait pas dans l?air avec persistance. Le « pas question » de Paul Bérenger (photo), le leader des Mauves, n?a pas eu l?effet escompté et les supputations continuent de plus belle. Amenant Jayen Cuttaree à dire « qu?on est en train de faire de la politique-fiction ».
Mais ce réaménagement du paysage politique ne semble pas si farfelu au vu de quelques réalités. La première : Rama Sithanen, en aparté, a avoué à ses proches avant les élections de juillet et même dernièrement, qu?un gouvernement d?unité nationale lui permettrait d?opérer dans un climat de consensus politique. Permettant ainsi de faire avaler plus facilement certaines mesures économiques impopulaires. Ajouté à cela : l?autre Rama du gouvernement, l?Attorney General Valayden, n?a pas caché que travailler avec Bérenger ne le gênerait pas. Reste la réticence de Xavier-Luc Duval et d?Anil Bachoo, qualifiée « de tout à fait surmontable » par un membre en vue du Parti travailliste.
Mais un rapprochement ne va pas sans poser de problème. Les Rama du gouvernement pourraient ne pas faire le poids contre des Rouges installés et qui ne manquent pas une occasion pour affirmer qu?il serait sacrilège, aux yeux de la population, de pactiser avec l?adversaire d?hier.
C?est le cas de James Burty David. Ce qui fait dire aux cyniques des deux camps que tout en restant dans l?opposition, le MMM pourrait se contenter de jouer « soft ». Jayen Cuttaree affirme que le MMM jouera le rôle « d?une opposition responsable ».
À quoi un ancien MSM répond que cela veut peut-être dire que Ramgoolam a déjà obtenu l?assurance de Bérenger que les réformes en profondeur qui seront bientôt annoncées ne vont pas souffrir d?une contestation forcenée de l?opposition.
Entre les pro et anti alliance, les partisans de la voie du milieu semblent l?emporter. « Il faut reléguer la politique au second plan en 2006. Durant l?année qui nous attend, il s?agira de moderniser le pays et notre manière de gouverner. Tout en essayant d?être à la hauteur de la situation. »
Mais comme toujours les changements sur l?échiquier politique demeurent largement imprévisibles. Alors peut-être qu?on assistera à la renaissance du MSM. Tout compte fait, même en politique, certaines choses ne risquent vraiment pas d?arriver en fait?
SOCIAL Une présence accrue sur le terrain
L?alcool, la drogue, le sida, le chômage, la pauvreté, la violence? Il s?agira de redoubler d?efforts pour combattre ces fléaux sociaux. « Travailler en isolement n?a jamais payé. Il faut une meilleure coordination des compétences et être plus présent sur le terrain », préconise le travailleur social Cadress Rungen (photo). On souhaite ainsi une meilleure synergie entre l?État et les ONG. La société civile, le secteur privé et les chefs religieux auront un rôle prédominant à jouer.
Aussi longtemps qu?il y aura des pauvres, la violence sera une menace pour le pays. Le Trust fund chargé de la réhabilitation des plus démunis l?a bien compris. Outre les aides habituelles aux vulnérables, il changera sa stratégie dès 2006 en leur proposant un logement social mais aussi de les « empower » pour s?extirper de la misère. Les chiffres ne sont pas officiels mais on estime qu?ils sont environ 6 à 12 000 à se retrouver dans cette catégorie.
Des mesures urgentes devront aussi être prises pour réduire la propagation du sida si l?on veut éviter une catastrophe sanitaire, économique et sociale. « La priorité des priorités sera de mettre sur pied un programme de réduction des risques. » Il constitue en un programme d?échange de seringues, la drogue de substitution, l?augmentation du nombre des centres de désintoxication et la prise en charge des prisonniers séropositifs qui auront purgé leur peine. Les travailleurs sociaux entendent bien mener ce combat de front.
Le nombre croissant de cas d?agression effraie. Des responsables d?écoles prévoient de faire appel à des travailleurs sociaux pour animer des causeries avec les enfants du cycle primaire. « On remarque qu?ils sont de plus en plus agressifs et irrités. Le langage utilisé est parfois choquant? », note une maîtresse d?école.
Chez les jeunes, c?est l?alcool qui fait des ravages. Dans leur liste des priorités, les travailleurs sociaux comptent bien militer pour la mise en place de lois plus sévères pour réduire le nombre de permis octroyés aux débits d?alcool. La publicité à outrance autour de la consommation d?alcool et de la cigarette sera un autre cheval de bataille.
D?importants moyens seront encore une fois mobilisés pour venir en aide aux nécessiteux. « Nous faisons appel à ceux auxquels ces aides sont destinés : il ne faut pas se dire qu?on va toujours les assister. Ils doivent aussi se responsabiliser », affirme le travailleur social Lindsay Morvan.
ÉDUCATION Concrétiser les nombreuses promesses
Steve Obeegadoo ayant enclenché les réformes pouvant être gênantes pour tout gouvernement (abolition du ranking au CPE, régionalisation, scolarité obligatoire jusqu?à 16 ans, filière prévocationnelle?), Dharam Gokhool doit maintenant polir le produit. Et le chantier de la Quality Education devra porter ses premiers fruits en 2006.
Terminées les belles envolées lyriques de la campagne électorale : Dharam Gokhool reconnaît aujourd?hui que son prédécesseur, Steve Obeegadoo, lui a laissé un chantier certes inachevé, mais avec de solides bases. La régionalisation ne sera pas abolie, fini le ranking au CPE. L?heure est maintenant aux « mesures visant à améliorer ce qui existe ».
Ainsi, une dose de compétitivité sera introduite, avec une admission des meilleurs sur une base « nationale » dans un certain nombre de collèges. Mais, promis juré, cela ne concernera qu?une infime minorité d?élèves. Quant à la Quality Education, ce saut qualitatif passe par la formation continue appropriée des enseignants et les équipements nécessaires dans les collèges (informatiques et scientifiques).
Comment faire de notre pays une cyber island si deux élèves sur cinq quittent l?école primaire presque analphabètes, ne maîtrisant ni la lecture de phrases simples ou les calculs faciles ? Gokhool va, ici aussi, poursuivre la voie tracée par Obeegadoo en 2003, avec la National Literacy and Numeracy Strategy. 2006 verra l?aboutissement de la démarche initiée sous Obeegadoo et les premières mesures seront opérationnelles dès le premier trimestre.
La formation continue fait également l?unanimité tant chez les politiques que chez les enseignants. L?initiation à l?outil informatique étant très demandée, les enseignants souhaitent que le NPCC organise un deuxième niveau de cours cernant l?enseignement à l?aide des technologies de l?information. Rappelons que les enseignants peuvent suivre des cours partiels d?initiation à l?outil informatique ? cours dont les coûts sont pris en charge par le ministère de l?Éducation.
Reste maintenant les questions qui fâchent : les écoles classées en zones d?éducation prioritaires (Zep) et la filière prévocationnelle. Comment faire pour ne pas donner l?impression que ces mesures tant décriées lors de la campagne électorale sont bonnes ? À cela, Gokhool a choisi de botter en touche. Jamais la formule de François Mitterrand ? « Il faut donner du temps au temps » ? n?a paru aussi juste : Dharam Gokhool veut d?abord étudier la situation avant de proposer des mesures correctives appropriées. D?où le recours à des conseillers ayant les compétences nécessaires dans ces domaines.
En 2006, au niveau de l?éducation, ce sera business as usual. Et la nécessité d?avoir recours à des délais avant l?implantation de nouvelles mesures liées aux programmes d?études, par exemple, ne gênera pas Dharam Gokhool.
Publicité
Publicité
Les plus récents