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Les forçats de la cybertour?

17 avril 2004, 20:00

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Trente-trois baraquements s?alignent à l?ombre de la cybertour. L?imposant édifice attire tous les regards, éclipsant la « colonie » d?ouvriers indiens qui travaillent sur ce chantier. Un casque de sécurité vissé sur la tête, Ramu patauge avec peine dans la boue visqueuse qui s?est formée sur les anciens champs de cannes à sucre où s?élève son dortoir. Chaque pas lui éclabousse un peu plus ses vêtements déjà maculés de boue. Malgré ses bottes en caoutchouc, il évite les flaques d?eau. La pluie des derniers jours fait de son périple un véritable cauchemar. « Satané boue », siffle-t-il en hindi.

Ses yeux explorant le sentier menant à son dortoir, Ramu ne peut s?empêcher de s?attarder sur les amas de détritus qui jonchent le sol. Il n?y aucune poubelle en vue. Une odeur putride le prend à la gorge. Il se pince le nez pour ne pas vomir. Des restes de nourriture pourrissent à l?air libre près d?un puits d?absorption. Des chiens et des chats errants ont rappliqué, alléchés par ce monticule de saletés, en quête d?une maigre pitance. Ramu soupire. Il se demande quand arrivera le jour de son départ. Enfin, il faut bien gagner sa vie et nourrir la famille restée en Inde. C?est encore une nuit à passer dans ce bourbier avec ses compatriotes recrutés pour la réalisation de la cybertour.

Venus de différentes parties de l?Inde, ils sont maintenant 350 à loger dans 23 baraquements. Au début, ils étaient 1 000 pour 33 dortoirs. Pour les 350 restants, c?est quinze mois d?enfer au paradis? Mukesh Rao, Assistant General Manager de Shapoorji Pallonji & Co. Ltd, une des compagnies qui a recruté les Indiens dit pourtant « qu?ils sont satisfaits de leur travail. » Loin des images cartes postales ou des scènes romantiques des blockbusters à la sauce Bollywood, les Indiens vivent dans des dortoirs lugubres, bondés, où s?alignent 32 lits superposés. C?est un vrai souk. L?air n?y circule pas suffisamment. L?espace des couchages est réduit au strict minimum. Des morceaux de planches assemblées servent de tables de chevet où sont rangés quelques effets personnels.

Ils n?ont qu?une idée en tête : rentrer

L?insalubrité est le lot quotidien des ouvriers indiens. D?où peut-être leur longue escapade et leur pique-nique sur les espaces fleuris du rond-point de St-Jean. Dans la « colonie », les repas sont servis dans des salles à manger mal entretenues et dégoûtantes. La poubelle à côté du lavoir déborde des restes du repas de midi. Les cuisines attenantes ne sont pas dans un meilleur état. On dirait qu?elles n?ont jamais été nettoyées. Les légumes sont conservés à même le sol dans une pièce séparée. Les pelures des légumes cuisinés dans la journée y sont toujours. Sur les tables en béton recouvertes de carrelage, les traces de farine laissées sur place indiquent qu?elles n?ont pas été nettoyées. Faute de planche à découper, le cuisinier utilise une planche en bois à l?apparence douteuse. C?est ici que sont préparés près de 1 000 repas par jour.

Les toilettes et les salles de bains sont dans un état exécrable. En sortant du bain, c?est la gadoue qu?il faut affronter. L?eau de la douche est froide. Leur vie, disent des ouvriers, se résume au travail et rien d?autre. « Quinze mois que je suis là et pas un seul jour de congé », se lamente Ramu. Employés conjointement par les entreprises Larsen & Toubro et Shapoorji Pallonji & Co. Ltd, tout comme leurs 350 collègues venus de Chennai, Delhi, Mumbai, Madras, Maharashtra, Orissa, Uttar Pradesh, entre autres, ils n?ont qu?une idée en tête : quand rentreront-ils enfin dans la Grande péninsule. Maurice leur laissera un piètre souvenir?

Le ministre du Travail, Showkutally Soodhun, n?a pas souhaité faire de commentaire sur le sujet. Il indique qu?il répondra à une question parlementaire relative aux conditions des travailleurs indiens de la cybertour, mardi.

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