Publicité
Les femmes hésitent encore
Elles sont peu nombreuses, ces femmes qui exercent les métiers d?homme, que ce soit dans le privé ou dans la fonction publique. Les statistiques indiquent que la femme ne représente que 33 % du capital humain à Maurice. Afin d?éviter le gaspillage de ressources humaines, diverses organisations se sont regroupées pour sensibiliser les femmes. Ainsi, des centaines d?entre elles ont été mobilisées au Flacq Womens' Centre, mercredi dernier.
On constate que les femmes sont encore trop peu nombreuses à pratiquer des métiers non traditionnels. A titre d?exemples saillants : le département technique d?Air Mauritius où, des 400 employés, seulement trois sont de sexe féminin, et le secteur de la construction qui ne compte que 1,6 % de main-d??uvre féminine. De plus, très peu de femmes s?intéressent à des formations qui mènent à des métiers d?homme. Au Lycée Polytechnique Guy Forget, seules quatre filles, sur un total de 352 étudiants, qui suivent des cours en fabrication mécanique, électrotechnique et les métiers du bâtiment.
Le désaccord de la famille est la raison principale qui explique le nombre insignifiant de femmes dans des emplois masculins. Vanessa Joseph, étudiante au Lycée Polytechnique Guy Forget, raconte : ?Le bricolage est ma passion. J?ai toujours voulu travailler dans le secteur de la construction, mais ma mère n?était pas contente de mon choix. J?ai dû la persuader, pour que je puisse me lancer dans ce métier.? Même son de cloche chez Basantee Kowlessur, participante à l?Empowerment Programme au Women?s Centre de Flacq, qui dit : ?Tous les métiers ont leurs avantages et leurs désavantages. Cependant, certains maris ne veulent pas que leurs épouses exercent des métiers d?homme.?
Néanmoins, même si les femmes sont sous-représentées dans une grande majorité de secteurs réservés aux hommes, des efforts sont faits pour briser les traditions. Le ministère de la Femme a lancé le programme Men as Partners, dont le but est de sensibiliser les hommes à l?importance de la contribution de la femme à la famille quand elle travaille. Par ce biais, l?insertion de la femme dans le monde du travail, et surtout dans les métiers d?homme, se fera plus facilement. Ce programme aborde également la problématique des tâches ménagères et l?importance d?un partage équitable des responsabilités familiales.
<B>?Autonomie à la femme?
Dans le même élan, le ministère de la Femme, l?Empowerment Programme, le National Productivity and Competitiveness Council, les Organisations non-gouvernementales et l?Industrial and Vocational Training Board se sont lancés dans des campagnes de sensibilisation qui ciblent les femmes. Le but est de les encourager à exercer des métiers dans des secteurs jusque-là dominés par les hommes. Mercredi, lors du lancement du programme ?Creating opportunities for unemployed women? à Flacq, l?intérêt croissant de plusieurs femmes pour des cours de carrelage, de construction, de menuiserie, d?installation électrique, entre autres, a pu être constaté.
Parmi les participantes, Alexis Claudette nous dit : ?Le travail est important car il donne une certaine autonomie à la femme. Si une ménagère est capable de faire des travaux domestiques qui sont quelquefois très durs, je crois qu?elle a la capacité de faire les métiers d?homme.? Cette opinion rejoint celle de Suzette Arlanda, ancienne étudiante au Lycée Polytechnique Guy Forget et actuellement chef d?équipe au département technique d?Air Mauritius : ?Si une mère peut tenir son enfant de 7 ou 8 kilos durant des heures sans se plaindre, cela veut dire qu?elle a la capacité pour occuper un emploi masculin.?
Suzette Arlanda affirme que ce sont les préjugés qui empêchent les femmes de s?investir dans des métiers d?homme. Bien qu?au début, sa famille n?ait pas accepté son choix du domaine de la mécanique, Suzette Arlanda est aujourd?hui très contente du métier qu?elle exerce. Elle témoigne qu?elle n?a jamais été victime de discrimination sexuelle à Air Mauritius : ?Au travail, il importe peu qu?on soit homme ou femme. L?essentiel, c?est que la tâche soit exécutée correctement.? Au cours de sa carrière, elle a grimpé plusieurs échelons hiérarchiques et maintenant, elle se trouve à la tête d?une équipe de 17 hommes. ?Comme quoi, il ne faut pas sous-estimer la capacité de la femme.?
Le responsable du Lycée Polytechnique Guy Forget met l?accent sur l?importance de favoriser l?intégration de filles dans des milieux d?études typiquement masculins. Il avance que les jeunes femmes ont maintenant accès à toutes les professions et qu?elles doivent profiter de cette opportunité. De son côté, le ministère de la Femme travaille pour faire connaître toutes les possibilités de carrières qui s?offrent aux femmes et pas seulement les options qui leur sont habituellement proposées. Les offres qui leur sont maintenant faites ne se limitent pas aux travaux manuels. Les femmes sont encouragées à entreprendre de gros projets, à gérer et à organiser le travail. Dès qu?elles s?engagent dans l?une des formations proposées, le gouvernement les encourage en leur offrant Rs 3 000 durant les cours.
Cette assistance variée pour promouvoir les femmes démontre la volonté de briser les traditions et de surmonter les préjugés. Un effort qui mérite certainement le soutien de tout le monde. Si les ressources humaines sont le c?ur de l?économie, la main-d??uvre féminine est l?une des réponses au développement du pays.
<B>Aansa BEDACEE</B>
<B>Aucune plainte de discrimination sexuelle à l?IRC</B>
On nomme discrimination sexuelle une forme d?inégalité qui se fonde uniquement sur l?appartenance sexuelle, à l?exclusion de toute autre différence (physique, intellectuelle, motivation...). Le président de l?Industrial Relations Commission (IRC), le professeur Prukash Torul, affirme qu?il n?y a pas eu de cas concret de discrimination sexuelle rapporté à l?IRC.
Le Professeur Torul explique que le manque de femmes dans certains métiers n?est pas une question de sexisme ni de discrimination, mais plutôt d?un choix de carrière. S?il y a moins de femmes dans certains secteurs, c?est parce que les femmes s?y intéressent moins, et non parce que les gens n?acceptent pas les femmes dans les milieux masculins, dit-il. Il faut prendre en considération la culture mauricienne. C?est un fait que la majorité des Mauriciennes se sent mieux dans le cocon familial et qu?ainsi, elle reste souvent cloîtrée dans des secteurs traditionnellement réservés aux femmes. Contrairement aux pays occidentaux, certaines femmes mauriciennes ont tendance à se concentrer sur leur vie familiale, bien plus que sur leur vie professionnelle. Ainsi, il serait injuste de parler de discrimination dans ces cas.
Le professeur Torul se dit d?avis que le gouvernement a une vision de créer des emplois pour les deux sexes, car l?économie du pays dépend de la participation de l?homme et de la femme. Cependant, il avoue qu?une participation conséquente de la femme dans les métiers d?homme prendra du temps. Dans sa deuxième fonction, en tant que conseiller marital, il constate qu?en général, les époux et les parents ne sont pas contents que leurs épouses ou leurs filles pratiquent des métiers dans les secteurs masculins. La plupart du temps, si la femme se lance dans les secteurs jusque-là réservés aux hommes, c?est principalement par besoin financier. Ainsi, le professeur Torul avance que la discrimination n?existe pas réellement à Maurice. C?est plus une question d?influence familiale sur la carrière de la femme.
Questions à?
<B>Aline Wong présidente du sous-comité de l??Empowerment Programme?</B>
● <B> Le budget 2006-2007 encourage les femmes à exercer des métiers normalement réservés aux hommes ? Qu?en pensez-vous ? </B>
Dans une crise, on voit toujours des possibilités. C?est une mesure qui peut pallier le manque de main-d??uvre dans certains secteurs, comme la construction. L?accès des femmes à des emplois masculins ne peut être que bénéfique pour la société mauricienne. Il faut donc faire connaître toutes les possibilités de carrières qui s?offrent aux femmes, et non seulement les options qui leur sont habituellement proposées. C?est une opportunité offerte aux femmes d?apporter leur savoir-faire et de montrer leur capacité dans d?autres secteurs.
● <B> Pensez-vous que la femme ait les qualités requises pour les emplois masculins ? </B>
Je peux comprendre que certains métiers sont durs physiquement. Cependant, la technologie permet à la femme moderne de s?insérer dans le monde masculin plus facilement. Par exemple, la femme n?a pas besoin d?être aussi forte, ou aussi endurante, qu?un homme, pour percer des murs ou changer des roues de voiture. La technologie facilite l?utilisation des outils. Donc, la participation de la femme dans des emplois masculins est de plus en plus possible. Tous les secteurs ont des créneaux où la femme peut apporter sa contribution. La construction offre des exemples concrets où la femme peut travailler en tant que peintre en bâtiments, carreleur, vernisseuse, tout en apportant une touche féminine aux finitions.
Aussi, la femme moderne ose beaucoup plus. Elle veut l?autonomie financière, la liberté, gérer sa vie et elle est plus décisionnaire. Cette attitude démontre que la femme est plus ouverte à accepter des emplois masculins. Exercer les métiers d?homme est le défi que la femme d?aujourd?hui peut relever.
● <B>La semaine dernière, il y avait une campagne de sensibilisation à ce sujet. Quel en est le bilan ? </B>
Je considère que c?était très positif. Il y avait la participation du gouvernement, des Nations Unies, des ONGs, des fondations, des organisations publiques et privées ainsi que des professionnels. Nous avons tous travaillé ensemble, dans le même sens, pour mettre en place un mécanisme rationnel et professionnel pour mieux encadrer les femmes. De plus, les participantes ont montré beaucoup d?intérêt. Cet atelier de travail offre un nouvel espoir aux femmes d?être autonomes financièrement. Elle offre également des solutions aux femmes sans emploi.
● <B>Croyez-vous que l?objectif de placer les femmes dans les milieux professionnels masculins est réalisable ? </B>
Pour atteindre ce but, il n?y a pas que la formation qui compte, mais aussi l?accompagnement. Il faut avoir les ressources financières et les ressources humaines nécessaires. Comme je l?ai déjà mentionné, plusieurs organisations se sont réunies pour réaliser cette vision du gouvernement. Des cellules ont été créées, avec des coordinateurs de projets, des conseillers et des gérants pour s?assurer que les projets qui sont mis en ?uvre, apportent les résultats voulus. Nous sommes en train de travailler avec les femmes, de trouver des solutions ensemble, et de leur donner la capacité de prendre leur vie en main. Nous offrons bien plus que l?assistanat. C?est un signal très fort qu?on lance, en mobilisant les femmes. Ce projet est très jeune, mais nous avons réuni tous les éléments pour réussir. Au fil du temps, nous allons commencer à voir le résultat. C?est un défi, mais si on ne prend pas de risque, on n?a rien.
● <B> Pourquoi est-il nécessaire d?encourager les femmes à se lancer dans les métiers d?hommes ? </B>
C?est un gaspillage de talent et de capital humain en refusant à la femme le droit de réaliser son plein potentiel. L?opportunité doit être offerte à la femme de se lancer dans d?autres secteurs, pour qu?elle puisse contribuer à l?économie du pays. Pour être juste, harmonieuse et équitable, Maurice doit être capable d?offrir cette possibilité à la femme. Le reste est une question du choix de la femme.
Cette démarche du gouvernement de pousser les femmes dans les métiers non traditionnels est peut-être la réponse au développement.
Publicité
Publicité
Les plus récents