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Les femmes de la « Force »
Pendant des décennies, les policières n?ont fait que taper des rapports. À présent, alors que nombre d?entre elles ont pris du galon, c?est une autre paire de manches. Woman Police Constables, sergents, et même inspecteurs (WPI), elles sont de plus en plus présentes sur le terrain, qu?il s?agisse des stations, de la criminelle ou de la brigade antidrogue. Les deux représentantes de la « Force » que nous avons rencontré semblent avoir bénéficié d?expériences très éloignées. En réalité, le surintendant Marie-Josette Olivier et l?inspecteur Sharda Boodhoo ont un point commun : elles sont particulièrement fières de leur parcours?
La surintendante Olivier totalise 38 ans de carrière. À 58 ans, cette mère de famille et grand-mère d?une petite-fille est la numéro 2 de l?Immigration. À deux ans de la retraite, elle espère bien entrer dans l?histoire et devenir la première assistant-commissaire mauricienne. En ce moment même, aux Casernes centrales, son dossier est prêt, chaud brûlant. Nous n?en saurons pas plus. Madame Olivier a beau être charmante, on ne lui en compte pas, et il est impossible de lui tirer les vers du nez pour obtenir des histoires croustillantes, voire douloureuses, ayant jalonné sa carrière. Tout ce que l?on peut déduire, c?est que cela n?a pas été sans heurts pour cette pionnière noyée dans un monde d?hommes en uniforme. La surintendante a de toute façon pris l?habitude depuis bien longtemps de regarder devant, et pas derrière. Elle ne regrette rien.
Une main de fer dans un gant de velours
Pour l?inspecteur Sharda Boo-dhoo, l?aventure a été très différente. Cette agréable jeune femme d?une trentaine d?années a toutes les caractéristiques d?une main de fer dans un gant de velours. Visiblement un peu mal à l?aise au départ, car peu habituée à ne pas poser de questions, elle se laisse rapidement amadouer dès qu?elle réalise qu?elle n?est pas en territoire ennemi. Là encore, il est impossible de lui faire dire à quel point cela a dû être difficile de s?imposer, même si elle admet parfois que la bataille est acharnée.
Sharda est devenue policière après avoir répondu à une annonce dans le journal. Son HSC en poche, elle a rapidement trouvé sa vocation et s?est battue pour devenir l?une des deux « deux-étoiles » de Maurice. Sa collègue, l?inspecteur Juliette, travaille au Central CID. Elles ont fait un bon bout de chemin ensemble et cette solidarité les a aidées. Il y a encore peu, Sharda était la patronne du poste de Sodnac, mais ambition oblige, elle travaille actuellement au bureau des enquêtes de Rose-Hill pour terminer son BSC en Police Studies. Au programme : du droit, de la criminologie et des ressources humaines. Pour ce dernier aspect, l?inspecteur Boodhoo semble avoir déjà pris de l?avance en menant ses hommes sans complexes.
Alors que deux générations de policières se rencontrent dans un même bureau, on constate qu?une grande rupture a eu lieu en 1989 lorsque les femmes et les hommes ont enfin été logés à la même enseigne : même traitement ; même salaire. Avant, la gente féminine restait derrière ses dossiers et grimpait tranquillement les échelons, sans jamais courir après les voleurs. Voici quinze ans, le Scheme of duty devient commun et les femmes se retrouvent dans la rue, mais pas sur le pavé, après avoir reçu le même training que leurs camarades.
Lorsqu?on évoque cette charnière, Le surintendant Oliver avoue qu?elle a un petit pincement au c?ur. Même si elle a pu recevoir un training pour s?adapter aux nouvelles règles, si elle a dû apprendre à se servir d?une arme à feu, elle n?a par contre pas pu profiter de la chance dont a bénéficié sa jeune
collègue. Cette dernière en a conscience et vit chaque jour comme un challenge nouveau. Reçue au concours d?inspecteur présenté par plusieurs centaines de sergents, elle se moque des réflexions mesquines qui n?ont pas manqué chez certains collègues.
Convaincue de faire un « travail noble », elle reconnaît que son job passe en premier pour l?instant. Mariée, elle n?a, dit-elle, « pas encore d?enfants » et se laisse encore un peu de temps, peut-être pour accrocher une nouvelle étoile sur ses épaules.
C?en est fini aujourd?hui de la police de « papa »
Les deux policières reconnaissent qu?il existe dans le public une perception négative de la police, mais elles affirment que s?il y a bien quelques brebis galeuses, elles sont les premières à souffrir d?une réputation qu?elles estiment erronée. Comme l?explique la surintendante, c?en est fini aujourd?hui de la police de « papa ». Le Mauricien est à la fois plus conscient de ses droits et mieux instruit sur les moyens de contourner la loi.
Le travail de la police sur le terrain a donc évolué et elle a dû s?adapter à une nouvelle forme de criminalité, à des foyers de violence plus étendus? Quand on évoque l?affaire Kaya et la grande frustration du public envers la police, les deux femmes affirment que la « Force » a réalisé un travail important depuis pour s?adapter et améliorer ses relations avec la population.
« Nous sommes beaucoup plus proches des gens actuellement et cela fait partie de notre training. Nous avons été sensibilisés à la notion de costumer care et formés à une nouvelle approche psychologique. » Sur ce, la surintendante prêche à juste titre pour sa paroisse : « Cela ne signifie pas que les anciens sont des rustres pour autant. Les jeunes ont très souvent besoin de l?expérience des anciens pour appréhender les situations délicates. »
Sharda est entièrement d?accord. Les anciens, dit-elle, ont une plus grande connaissance de la nature humaine. Ils ont des réponses que les plus jeunes n?ont pas face à des situations im-promptues. De son côté, elle a pris l?habitude de répondre à de très nombreuses sollicitations. « Peut-être parce que je suis une femme, vous pouvez être sûr que si quelqu?un vient au poste, il va s?adresser directement à moi. » Parfois c?est même un peu lassant, dit-elle. « Ki mo ete mwa, enn sentral informasion ? » Le public a en effet tendance à négliger ses deux étoiles, et çà l?agace un peu?
Nos deux gradées ont beau dire, elles doivent se sentir un peu seules. La « Force » ne compte que 500 femmes sur un effectif total de 9 000 policiers. Cela rend les choses de plus en plus compliquées car elles sont très prises, la loi imposant la présence d?une policière lors d?une arrestation d?une suspecte ou de sa fouille. En outre, sur 500 policières, la moitié est affectée à l?administration, ce qui laisse environ 250 « flicquesses » sur le terrain.
Trop peu, disent-elles, d?autant que les autorités souhaiteraient placer une, voire deux policières dans chaque poste. Il n?est pas possible de faire un shift s?il y a une seule femme, et cette dernière ne travaillera pas la nuit si elle n?a pas une collègue sur place. Si elle doit travailler le soir, elle sera systématiquement raccompagnée chez elle. Une île Maurice moderne est en train de naître, avec les fruits du développement, mais aussi ses effets pervers et ses délinquances. La police s?adapte et doit aussi changer certaines habitudes. En recrutant beaucoup plus de femmes, la « Force » se dotera d?éléments neufs et motivés. Un effort que le public appréciera, même si ces dames savent parfois se montrer très intransigeantes?
« Nous sommes beaucoup plus proches des gens et cela fait partie de notre training »
« En recrutant beaucoup plus de femmes, la Forcese dotera d?éléments neufs et motivés »
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