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Les expériences énergétiques de MM. Raffray et Guimbeau
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Les expériences énergétiques de MM. Raffray et Guimbeau
Le monde est malade en juin 1980. Il souffre d?une crise énergétique aiguë. Fort heureusement, il y a des hommes de bonne volonté, se souciant de la bonne santé écologique de la planète Terre. Raymond Raffray et Patrick Guimbeau sont de ceux-là. Emmanuel Juste de l?express les a rencontrés. Ils préconisent la technique douce de la production de méthane. Ce mot, tout comme le bio-gaz, peut effrayer le commun des mortels. Si seulement ce dernier savait qu?il peut en produire avec ses déchets domestiques pour peu qu?il soit un tantinet bricoleur. L?installation du tandem Raffray-Guimbeau n?a pourtant rien d?un quelconque bricolage. Nos deux pionniers, non seulement réussissent à produire du méthane mais ils parviennent encore à l?utiliser. Emmanuel Juste visite, émerveillé, leur installation. Il a d?abord droit à un exposé initiatique sur les digesteurs de bio-gaz, qu?il parvient à digérer en faisant appel à toutes les réminiscences scientifiques de son adolescence. Il est désormais incollable sur les digesteurs indien ou taïwanais, celui à deux cuves ou encore le cylindrique de Fry.
MM. Guimbeau et Raffray jettent leur dévolu sur ce dernier mais l?adaptent aux conditions locales. Ils se servent de déchets d?un poulailler d?échelle respectable pour alimenter adéquatement ce digesteur. ?Après quelques tâtonnements, le gaz vint?, observe en connaisseur Emmanuel Juste. Mais ce n?est pas le bon gaz. Il refuse d?être tout feu tout flamme. Les bactéries ne sont pas au point. On reprend les recherches jusqu?à la découverte du gaz inflammable. Pour le journaliste de l?express, c?est le mythe de Prométhée revisité. C?est la redécouverte du miracle préhistorique du feu.
Patrick Guimbeau raconte. Son compère, Raymond Raffray est en vacances en Inde. Il en profite pour visiter des installations de biométhane dans divers villages. Il entre en contact avec la ?Khadi and Village Industries Commission? et le ?Shri Bhaggabai Mafatlal Polytechnic?. Des spécialistes en la matière. Il sait que la Grande Péninsule compte, depuis 1962, plus de 60 000 installations villageoises de biométhane.
Le gaz d?allumage n?est peut-être pas assez rentable pour un seul foyer, compte tenu du coût du digesteur. Mais gaz plus production du fumier, cela devient intéressant. Il faut compter 300 poules mais qui ne sont pas seulement onéreuses, à l?instar de leurs s?urs demi-mondaines et autres cocottes car, outre leurs ?ufs et autres perspectives de viande blanche et de vente, elles peuvent fournir du gaz à une famille. Les effluents sont, assure-t-on, inodores et antiseptiques. Ils peuvent aussi nourrir des poissons mais seulement après une première épuration dans un bassin d?algues.
Des moteurs fixes peuvent être alimentés avec du biométhane non épuré. Il faut toutefois empêcher le gaz d?entrer en contact avec l?air. Il faut donc vider tout contenant avant d?y introduire du biométhane. Des valves sont nécessaires à cet effet.
MM. Raffray et Guimbeau calculent. Mille volailles consomment 4,5 tonnes d?aliments en 60 jours pour produire 1,8 tonne de viande et 180 litres d?équivalent-pétrole. Des expériences analogues peuvent être tentées et réussies avec des litières de lapins. Quarante mères sur litières peuvent couvrir les besoins d?une famille en gaz.
M. Shyam Motah, secrétaire d?une coopérative d?éleveurs de poules, est optimiste : ?La méthanisation des déchets des poulaillers pour réduire nuisance et pollution sera bientôt une réalité à Maurice?.
Emmanuel Juste se souvient justement que le ?gaz des marais? est découvert en 1667. On le connaissait auparavant en raison de sa fréquence dans la décomposition naturelle des végétaux. En 1630, van Helmont cite, parmi 15 gaz différents, un inflammable se dégageant de la putréfaction et même présent dans les gaz intestinaux. En 1776, Volta, comme la pile électrique, reconnaît la présence de formène ou méthane dans le gaz des marais. Dalton, comme qui vous savez, tente, dès 1804, la première formulation chimique. A Davry, on peut reprocher de s?intéresser trop à la fermentation et pas assez aux promesses énergétiques. En 1884, Pasteur s?écrie : ?Heureux, qui comme Ulysse Gayon, mon élève, découvre que la fermentation peut être utilisée à des fins de chauffage et d?éclairage?. Et contrairement à ce que l?on pourrait croire, Maurice dispose, en 1980, et même avant et même depuis des lumières et des services d?un ministère de l?Energie. C?est comme l?éthanol. S?il n?y a pas de volonté politique, il n?y a plus qu?à importer du pétrole. Et même à 60 dollars le baril.
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