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Les enfants dyslexiques face à l?insensibilité des autorités
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Les enfants dyslexiques face à l?insensibilité des autorités
Alors qu?elle entame aujourd?hui sa dernière année au primaire, Jyotsna sait déjà que l?échec scolaire l?attend. Dyslexique, comme 5 à 10 % des enfants en âge d?aller à l?école, elle parvient tout juste à écrire son nom correctement sans assistance. Là encore, elle n?y parvient qu?à force de concentration et d?application. Et lorsqu?il s?agit de lire, c?est la même histoire.
Si ses copains de classe redoubleront d?efforts dans l?espoir de pouvoir se frayer une place dans un bon collège, Jyotsna fera probablement de son mieux pour ne pas avoir à prendre part aux épreuves menant au Certificate of Primary Education. C?est le scénario qu?anticipent ses parents. «A chaque examen, elle trouve des prétextes pour ne pas aller à l?école.
Je soupçonne qu?en classe, on se moque d?elle», soupire Dev Ramkhelawon. Pour la fillette, écrire une simple phrase devient rapidement un martyre.
«C?est du gaspillage de la laisser à l?école. Elle entre en Standard VI, grâce à la promotion automatique, alors qu?elle n?a presque rien acquis.» Pourtant, chaque jour, Dev et sa femme se font un devoir d?amener la petite à l?école. Sauf que notre système éducatif ne prévoit rien pour les dyslexiques.
C?est ce que dénonce Dev Ramkhelawon. «J?ai frappé à toutes les portes mais en vain. Notre système éducatif n?a aucune place pour les enfants souffrant de ce trouble alors qu?il existe des solutions.» Selon les spécialistes, des milliers d?écoliers seraient atteints de dyslexie sans le savoir.
Pourtant, dans le cas de Jyotsna, le problème avait été découvert très tôt. «Peu après son entrée en Std I, nous avions constaté qu?elle n?évoluait pas comme les autres enfants. D?ailleurs, elle a pris du temps pour commencer à parler.» La dyslexie empêche Jyotsna d?acquérir les techniques du langage qui lui permettraient d?apprendre à lire, à écrire, à s?exprimer oralement. Lorsqu?elle écrit, elle a tendance à inverser les syllabes et l?ordre des lettres.
Normalement intelligents, parfois même plus que la moyenne, les dyslexiques ne souffrent d?aucune déficience visuelle, auditive ou psychomotrice. Leur développement est identique à celui des autres enfants.
Mais, ils ont besoin d?une rééducation individuelle ou en classes spécialisées. C?est seulement ainsi que l?enfant peut retrouver sa place dans une scolarité normale. Des solutions sont donc possibles.
Sauf que l?Education nationale n?en propose pas. La seule école à s?occuper d?eux est celle de la Special Educational Needs Society (SENS), à Rose-Hill. Elle accueille une quarantaine d?enfants dyslexiques.
Mais là-bas, l?éducation est payante, même si les responsables de l?établissement précisent qu?ils ne refusent jamais les enfants dont les parents n?ont pas les moyens.
Pour Jackie Forget, membre fondateur de SENS, «laisser un enfant dyslexique évoluer dans une classe normale, c?est un suicide. Avec une éducation spécialisée, il pourra surmonter son problème et même aller à l?université s?il le souhaite».
Les enfants ont droit à des classes de 15 élèves au maximum et à un soutien individualisé. Ils peuvent également compter sur les attentions d?un psychologue et d?un orthophoniste.
Rathna Gopal, orthophoniste en chef du ministère de la Santé, insiste sur le dépistage qui doit se faire au plus tôt, entre cinq et sept ans. «A 9-10 ans, l?enfant est déjà en situation d?échec. A cet âge, cela devient plus difficile de tout rattraper.» Or, c?est très souvent à ce moment-là que les parents font appel à ses services. Lorsqu?il est trop tard. «L?enseignant est bien placé pour détecter le mal, mais il n?est pas formé pour cela. Dans 90 % des cas, c?est le parent qui vient nous voir.» Le ministère de l?Education doit recruter des orthophonistes et mettre en place des outils de dépistage. Pour Rathna Gopal, c?est le seul moyen.
La dyslexie est un trouble encore relativement inconnu et peu soigné à Maurice. Dans les services hospitaliers, une centaine de petits patients sont traités, alors que SENS en a pris une quarantaine en charge. Quelques autres sont éparpillés dans des centres.
Les spécialistes estiment que plusieurs milliers d?enfants dyslexiques sont condamnés à l?échec. Jackie Forget les évalue à environ 3 000 au primaire. Idem pour un autre spécialiste.
Bien qu?étant le seul organisme spécialisé dans le domaine, tout n?est pas rose chez SENS. L?éducation y est payante par nécessité. Un tiers de l?argent du fonctionnement provient du gouvernement et un tiers de fonds propres. Pour le reste, les responsables doivent se débrouiller.
«Nous entendons souvent ?éducation accessible et gratuite pour tous?. C?est un mensonge», lance Jackie Forget. « Malheureusement, il n?y a aucune place pour ces enfants dans la conscience de nos ministres de l?Education.» Le combat contre la dyslexie n?est pas gagné.
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