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Les défis du monde des affaires
La modernisation de l?architecture économique et financière est seulement embryonnaire mais déjà des voix s?élèvent pour dénoncer la résistance du parti de l?immobilité. Pas n?importe quelle voix. Le ministre des Services financiers et des affaires corporatives n?y est pas allé avec les gants lors d?un séminaire sur le gouvernement organisé cette semaine. Il fustige, à cet effet, les «compagnies moralisatrices» et affirme: «Armées d?une résistance d?arrière-garde au changement, elles refusent de reconnaître leurs déficiences de manière intransigeante. En même temps, elles révèlent un catalogue affreux de mauvaises pratiques allant des infractions à la loi aux détournements de fonds massifs». Le jugement est on ne peut plus sévère et révèle le mal-être et le dysfonctionnement profonds de certaines sociétés d?affaire.
La remise en question de certaines pratiques qui provoque une fragilisation de certains n?uds de privilèges a suscité une certaine réaction des milieux d?affaire. Le langage est moins consensuel. Le regard jeté sur la société et la politique en général plus critique. Quelques idées encore iconoclastes ont ainsi été énoncées, telle une redéfinition du rapport entre le politique et le businessman ou encore la nécessité de revoir le mode de fonctionnement de certaines grandes entreprises. Des concepts comme la bonne gouvernance ont été réactualisés. Mais, dans les faits, le monde de grandes affaires continuent à s?acharner contre la «petitesse» des réserves qui lui sont adressées. Pour s?en sortir, il renvoie la balle aux politiques. Le déficit de modernisation de ces derniers compenserait ainsi le déficit d?imagination et d?éthique du premier. Ce glissement sémantique est vain.
L?économie et les nantis sont au c?ur de la campagne électorale en cours. A la théorie d?un socialisme prolétarien de l?opposition, le gouvernement répond avec un libéralisme qu?il voudrait à visage humain. Ce sont en fin de compte de simples vulgates idéologiques. Dans les faits, les positionnements sont plus rapprochés. L?Etat est facilitateur. Le politique un outil.
Les détenteurs du pouvoir économique donnent dans la facilité dans ce débat. Lorsqu?ils sont acculés, ils annoncent avoir déjà mis en place le mécanisme de transparence. Lorsqu?il leur est demandé d?oser, ils demandent des mesures incitatives et l?inévitable filet de protection. Lorsqu?ils doivent répondre aux accusations de corruption, ils se la jouent en vierges effarouchées. Leurs discours fleurent bon le conservatisme. Parce qu?il y a des enjeux qui les dépassent. Parce qu?il y a des avantages et des prébendes auxquels on ne veut pas renoncer. Il s?agit clairement d?intérêts particuliers et non d?une volonté de voir grandir l?entreprise.
Depuis longtemps déjà, le monde ne fonctionne que selon des structures économiques anciennes et, dans notre cas, héritées du colonialisme. La concurrence contraint les entreprises à l?ouverture. A Maurice, les structures dynastiques du pouvoir économique combattent toute tentative de réingénierie financière. La réallocation du capital est un tabou. La transmission héréditaire des leviers de pouvoir est automatique. C?est ainsi que s?installe l?opacité. C?est ainsi que l?ouverture de l?actionnariat au public reste un v?u pieux et que les petits actionnaires sont traités en quantité négligeable.
Dans une Ile Maurice où la réalisation d?un code d?éthique est un exercice infini, où la capacité d?autocritique est guidée et soumise aux intérêts à défendre et où le crime en col blanc et les délits économiques demeurent des exceptions qu?il faut minimiser, la société des affaires est appelée à définir, elle-même, son mode de fonctionnement. C?est la métamorphose qui est attendue. C?est la révolution qui est souhaitée. Parce que dans cette Ile Maurice nouvelle qu?on veut pour les générations futures, il n?y a pas de place pour l?amateurisme et les réseaux de complicité qui entravent l?expansion d?une entreprise.
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