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Les défis de l?Union Chrétienne

29 avril 2006, 00:00

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L?appellation n?émane pas, comme on pourrait le croire, de la volonté d?affirmer une conviction religieuse spécifique par rapport à d?autres manifestations de la foi. L?Union Chrétienne s?est plutôt interrogée sur la définition que donne l?Article I de la Constitution d?une des plus importantes composantes de la nation mauricienne, qualifiée de « Population Générale », alors que les autres communautés ont une reconnaissance plus précise comme « hindoue », « musulmane » et « sino-mauricienne ».

L?Union Chrétienne estime que le dénominateur commun pour 85 % de cette communauté hybride de 400 000 âmes ? la deuxième plus forte de l?île en nombre ? est la chrétienté, cela en vertu des valeurs sociales et culturelles que le concept de chrétienté véhicule et qui sont complémentaires de considérations purement religieuses.

En dépit du nom choisi, l?Union Chrétienne veut demeurer résolument laïque. Elle a pour vocation de représenter les forces vives de ces 30 % de la population qui, pour bien de raisons, estiment n?avoir ni pu contribuer comme ils le méritent au développement du pays, ni recueilli les fruits de la croissance économique depuis l?Indépendance.

LES CONSTATS

(i) Politiques

Selon l?esprit de la Constitution que divers politologues avaient précisé dès les années cinquante (exemple : Trustam Eve en 1958) :

« Each main community shall be adequately represented (in Parliament).»

Or le groupe Chrétien constate qu?il est sous-représenté aux instances législatives qui déterminent l?avenir du pays. Il n?a qu?une influence très limitée sur l?orientation de politiques affectant sa manière de vivre.

Aux dernières élections législatives, seulement 14 candidats de la population générale ont pu se faire élire sur 62 députés alors que, pour être « adequately represented », ils devraient être 21. En l?absence d?un « best loser system » cette représentation à l?Assemblée nationale eût été encore plus squelettiques.

Avec seulement quatre portefeuilles au Conseil des ministres sur une vingtaine, le poids de la représentation est tout aussi faible.

Il est évidemment possible d?arguer que ce sont les urnes qui déterminent la représentativité parlementaire. Demeure le fait qu?une section importante de la population « is not adequately represented » comme le voudrait l?esprit de la Constitution. Comme le voudrait d?ailleurs tout simplement tout système équitable de représentation.

A part le « best loser system », dont le pouvoir de rééquilibrage demeure limité, il en existe d?autres, comme la représentation proportionnelle, que les pouvoirs publics et les partis politiques n?ont pas, jusqu?à l?heure, tenus à appliquer.

(ii) Administratifs

L?application des lois est assurée par les fonctionnaires des ministères, les cadres des corps para-étatiques et autres organisations officielles ou semi-officielles qui, au nombre d?environ 70 000, sont, à 97 % près, recrutés parmi les représentants d?une ethnie majoritaire. En effet, à ce jour moins de 3 % de cet effectif important vient du secteur chrétien.

Les lois sont donc décidées majoritairement par d?autres et appliqués dans la vie de tous les jours par des éléments dont la culture et les m?urs sont différentes. Cela n?aurait aucune importance dans le contexte d?un état-nation où une pratique séculaire de la laïcité, de l?égalité et de l?uniformité aurait atténué les sensibilités d?appartenance communautaire. Maurice est une jeune nation qui n?a pas encore atteint cette maturité.

La proportion des membres de la communauté générale au sein de l?état s?est donc depuis l?indépendance réduite comme peau de chagrin. Elle n?est plus qu?insignifiante aujourd?hui.

Les raisons de cette contraction sont connues :

Les meilleurs ont choisi l?exil, laissant sur place ceux qui étaient les moins aptes à âtre confrontés aux exigences d?un monde de plus en plus technique.

Les nouveaux maîtres que l?indépendance avait propulsés aux commandes entendaient s?entourer d?hommes de confiance issus majoritairement de leur milieu.à égalité de mérite, les postulants de la communauté générale n?étaient que très rarement recrutés.

À égalité d?expérience et de qualification les rares fonctionnaires chrétiens demeurés malgré tout dans le système, faute de pouvoir aller ailleurs, n?étaient pas promus. Il n?y aurait actuellement que quatre Secrétaires Permanents de cette communauté parmi les centaines de hauts gradés que compte le gouvernement.

Depuis trois décennies, convaincus de la futilité de prétendre être choisis dans un ministère, les membres de la communauté générale trouvent parfois une niche aléatoire dans le privé où la sécurité de l?emploi n?est guère assurée.

Les éléments les plus démunis de cette population, parqués dans les régions les plus pauvres du pays, à Mahébourg, Rivière-Noire, Roche-Bois, Baie-du-Cap et ailleurs, sont exclus de toute participation à la construction nationale. Leurs enfants n?ont pas de livres, ni même souvent de souliers pour se rendre à l?école. Les métiers de leurs parents sont précaires. Leur pitance journalière est incertaine. Leur avenir débouche sur le néant. Déclarer que cette misère totale remonte au temps de l?esclavage explique mais ne résolut rien.

(iii) Economiques

L?Union Chrétienne estime que les 400 000 membres de la population générale contribuent à eux seuls, en plus de la production des biens et services, à plus de 50 % du budget de fonctionnement du pays sous forme de taxes directes et indirectes. A examiner l?utilisation normale faite de cette masse financière, il paraît peu probable que, collectivement, cette communauté reçoive en retour la juste mesure de sa contribution aux finances de l?état. Elle perçoit mal les bénéfices qui lui reviennent sous forme de sécurité, de scolarisation, de secours social, d?hospitalisation gratuite, d?aides à l?insertion etc. Tout en voulant bien admettre qu?une telle équation est difficilement comptabilisable, l?Union Chrétienne souligne que le bilan décrit plus haut est si lourdement plombé contre ses intérêts que la perception d?une injustice demeurera aussi longtemps que la balance équitable des opportunités n?aura pas été établie. Or perception est bien plus tenace que réalité?

LES ANTÉCÉDENTS

Ce n?est pas la première fois qu?un élan revendicatif se manifeste dans le milieu chrétien. Il est symptomatique que l?agitation des années 90 autour du malaise créole ait pris naissance lors de certains colloques confessionnels.

Il y eut des rassemblements, la formation de comités d?action, la création d?unités régionales à travers l?île, la rédaction de communiqués, de liste de doléances, de résolutions. Quelques politiques s?en émurent. Les officiers du renseignement infiltrèrent l?organisation. Des divisions internes se manifestèrent et le mouvement se brisa finalement sur l?écueil des ambitions personnelles.

L?Union Chrétienne regroupe aujourd?hui quelques-uns de ceux qui, il y a une dizaine d?années déjà, se sentaient concernés par le malaise créole et voulaient y trouver une solution. L?appel à plus de discipline, plus de travail à l?école, plus d?ambition collective, moins d?individualisme, plus de cohésion dans l?action, n?avait hélas pas trouvé l?écho souhaité.

L?Union Chrétienne devra, elle, cette fois-ci, trouver un remède durable à ce penchant velléitaire qui compromet la poursuite des idéaux, si nobles soient-ils.

LE CONGRÈS DU 26 FÉVRIER

1 500 délégués représentant divers secteurs réunis à l?Auditorium Octave Wiehé le 26 février dernier ont pris note des conditions d?une situation sociale qu?ils ont estimées discriminatoires.

Les causes de ce marasme ont été identifiées comme remontant aux constats susmentionnés combinant frustrations politiques, administratives et économiques.

Le Congrès précisa que l?Union Chrétienne cherche à regrouper toutes les forces vives du monde chrétien afin d?être à même de dialoguer fermement avec les autorités du pays des problèmes auxquels est confrontée la population générale, surtout les plus démunis de ses membres, « problèmes qui n?ont fait qu?empirer pendant les quatre dernières décennies. »

L?Union, fut-il souligné, demeure résolument laïque, ?cuménique, apolitique. Elle n?est inféodée à aucun parti. Elle est respectueuse des lois et des institutions sauf à chercher à les modifier, le cas échéant, dans le dialogue et le respect mutuel quand ces lois et ces institutions risquent d?affecter négativement les intérêts du groupe. Elle réitère que le fait de représenter un bon tiers de la population (400 000 âmes) rend légitime son désir d?être, d?une part, « adequately represented » dans toutes les instances de décision et de pouvoir, d?autre part, se fier à des structures propres à assurer un partage équitable de sa participation aux affaires de la République.

Il fut proposé, inter alia :

Une dose de représentation proportionnelle aux législatives.

La création d?un Civil Service Appointment Appeal Tribunal et d?un Parastatal Appointment Appeal Tribunal.

Et, comme ailleurs dans le monde où les minorités risquent l?exclusion (Canada, Etats-Unis), l?adhésion des pouvoirs publics aux principes d?une discrimination positive (Affirmative Action) susceptible d?introduire dans la gestion des affaires de l?état, et ailleurs, une dose de justice sociale.

Le congrès régional du 30 avril à Rose-Hill abordera tous ces thèmes.

Armand MAUDAVE 24 avril 2006

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