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?Les divergences d?appréciation sont un passage obligé pour le progrès?
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?Les divergences d?appréciation sont un passage obligé pour le progrès?
- La réunion du samedi 5 juillet entre le JEC et le GM a débouché sur une éclaircie dans les relations entre les deux partenaires. Qu?est-ce qui a permis ce dégel ?
Je ne pense pas qu?on puisse parler d?un ?dégel?. Le partenariat entre le gouvernement et le secteur privé est dynamique et c?est tant mieux. Je pense que les différends des dernières semaines étaient dus à une divergence sur le constat au niveau de l?emploi, à des déclarations un peu excessives de part et d?autre sur la zone franche ainsi qu?au fait que l?île Maurice semble préférer véhiculer les mauvaises nouvelles et les nouvelles à sensation plutôt que les bonnes.
Je m?explique : lors de la conférence de presse du JEC après le budget, nous avions favorablement accueilli plus de huit mesures annoncées par le ministre et avions exprimé nos inquiétudes sur deux éléments seulement, à savoir la zone franche et l?emploi. Il semblerait que seuls les points sur l?emploi et la zone franche aient été entendus, les autres points ayant été relégués au second plan.
Par ailleurs, je pense que, comme dans toute relation, il est important que des partenaires puissent s?exprimer ouvertement même si de temps à autre cela peut donner lieu à des frictions. Cela est sain et même souhaitable. Au cas contraire, nous sombrons dans une léthargie où nous acceptons tout sans jamais dire franchement et clairement ce que nous pensons. Il ne faut surtout pas confondre, d?une part, les différends temporaires et passagers qui peuvent être résolus à travers un dialogue constructif et, d?autre part, une mésentente profonde qui relève d?une différence de vue sur la stratégie sur le long terme.
Le JEC est passionnément ancré dans une logique de contribution constructive. Nous voulons maintenir un dialogue structuré, régulier, franc et en toute confiance avec le gouvernement. Cela ne veut pas dire que nous n?aurons pas des différences d?appréciation de temps à autre. Il est certain que nous en aurons. C?est, à mon sens, souvent un passage obligé pour le progrès.
- Quelles sont donc les sources de satisfaction du JEC suite au budget et à la réunion de samedi dernier ?
Certains éléments contenus dans le budget pourraient contribuer de manière très significative à moderniser et à propulser notre économie dans une nouvelle ère :
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Le processus de modernisation et de rationalisation du système d?octroi de permis viendra révolutionner l?approche vis-à-vis de l?entrepreneuriat et permettra d?évoluer, partant d?une approche souvent administrative vers une approche axée sur le développement. Nous entrons maintenant dans la phase d?application de la révision des procédures pour les permis?
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L?intégration de l?économie est en marche avec de plus en plus de compagnies taxées à 15 %. Ceci devra permettre au concept de clustering de prendre forme.
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L?émergence d?un nouveau pilier de l?économie à travers la mise en place d?une industrie du savoir est un développement majeur. Je pense que les gens n?ont pas encore réalisé les implications d?une telle industrie. Imaginez une quinzaine de campus universitaires dans le centre de l?île avec des milliers de jeunes étudiants, étrangers et mauriciens, se spécialisant dans des domaines tels que l?hôtellerie, les nouvelles technologies, l?agriculture, le business et ainsi de suite. Imaginez des terrains de jeux sur lesquels se défouleront ces milliers d?étudiants, imaginez l?interaction entre ces étudiants et le milieu des affaires. Imaginez les retombées de tout cela sur notre tissu social, et sur notre économie.
Des réunions ont lieu en ce moment entre le secteur privé et le gouvernement pour finaliser un package d?incitations telles que l?accès à la terre, la participation d?institutions internationales pour le financement, la structuration de student loan schemes avantageux avec des banques commerciales, etc... ainsi que la mise en place du cadre réglementaire pour permettre un épanouissement harmonieux et rapide de ce secteur.
Le secteur privé et le gouvernement croient énormément dans ce développement.
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La révision du Landlord and Tenant Act 1999 est une question de jours. Cela permettra à nos villes de redevenir des pôles d?investissement et de développement.
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L?annonce de la nécessité de revoir la loi du travail et le wage determination mecanism a aussi été bien accueillie par le JEC.
- Peut-on dire que la principale satisfaction du secteur privé est d?avoir enfin pu convaincre le gouvernement de la nécessité d?agir aussi sur le court terme ?
Il y a convergence de vues sur les actions à entreprendre pour gagner sur le moyen-long terme : développer les nouvelles technologies, encourager un tourisme sélectif et haut de gamme, faire tout ce qui est humainement possible pour conserver nos avantages préférentiels sur les marchés étrangers, réduire les obstacles administratifs, développer le secteur des services, plus particulièrement financiers et portuaires, investir massivement dans l?éducation et la formation ainsi que dans l?infrastructure routière, faire de Maurice un knowledge hub, utiliser la canne à sucre comme matière première, intégrer les différents secteurs de l?économie pour favoriser le clustering, libéraliser les prix, etc. Comme vous voyez la liste des actions à entreprendre sur le moyen et long termes sur lesquelles il y a convergence de vues est longue.
Il faut par contre faire attention à ne pas faire dérailler le train en ne regardant que la station qui est à 10 kilomètres et faire fi des branches qui sont en travers de la voie. Il y a des problèmes urgents à résoudre dans la zone franche et nous sommes très heureux de voir l?enthousiasme avec lequel le gouvernement a accueilli nos suggestions qui visent à permettre la prise de décisions politiques rapides au plus haut niveau. Cela dans le but de venir immédiatement en aide aux entreprises de ce secteur qui en expriment le besoin.
- Les observateurs notent qu?après chaque réunion entre le GM et le secteur privé, les deux camps affichent une satisfaction sur ?l?ambiance franche, sincère et cordiale? des échanges. Puis très vite, les critiques et jérémiades reprennent. Que doit-on en déduire?
Je pense avoir déjà répondu indirectement à cette question. Les relations entre le secteur privé et le gouvernement sont franches, constructives et dynamiques. Elles permettent au pays de progresser. Je serai très inquiet le jour où le secteur privé dira que tout est parfait et qu?il n?a aucune suggestion pour faire avancer les choses. Le JEC a de fortes convictions et continuera dans le respect et le dialogue à dire son point de vue de façon directe et franche.
- Il semble que les vrais enjeux économiques sont absents ou en retrait du débat national. Partagez-vous cet avis ? Comment le JEC compte-il y remédier ?
Je ne partage qu?à moitié ce point de vue. Les débats sur la zone franche, sur la place des Mauriciens dans l?industrie touristique, sur l?éducation sont autant d?actualité que des sujets tels que la violence contre les femmes et tout récemment sur la peine de mort et ils sont tous importants. Je crois par contre qu?une des grandes difficultés est que nous avons tendance à toujours vouloir tout simplifier, à créer des clichés et à faire des généralités qui contaminent et faussent le vrai débat.
Je vous donne deux exemples. La répétition ces derniers temps des cas de viols est certes préoccupante. Mais je ne suis pas certain qu?on puisse d?ores et déjà affirmer qu?il y a eu davantage que ces dernières années. En attendant des statistiques fiables, il vaudrait mieux peut-être se garder de tomber dans la psychose de l?insécurité. Autre exemple. Nous lisons souvent ou entendons souvent dire : ?Les plus belles plages de l?île ont été données aux touristes.? Qui a pris juste une seconde pour réfléchir au bien-fondé ou non de cette affirmation? Quelles sont les plus belles plages de l?île ? A mon avis, du Nord à l?Ouest, ce sont : Mon-Choisy, Péreybère, Belle-Mare, Blue-Bay, Le Morne, Flic-en-Flac. Vous reconnaissez ces plages ? Elles sont toutes publiques !
- Les événements de ces derniers mois, tant sur le plan local qu?international, font comprendre clairement que la restructuration de notre économie sera plus pénible que prévu. Avons-nous sous estimé la casse, soit les implications sur l?emploi, le tissu social et la sécurité publique ?
Si vous relisez dans notre document sur la transition économique publié en 2000 par le JEC vous réaliserez que ce qui se passe actuellement est tout à fait en ligne avec ce que nous avions prévu. Une transition économique est toujours pénible car elle passe par une inévitable restructuration, par des pertes d?emploi. Je ne suis pas du tout surpris par l?ampleur des difficultés. Je pense que nous nous en sortons même mieux que prévu.
Le plus grand challenge est de créer des nouveaux pôles d?activités tout en permettant aux secteurs traditionnels de continuer à exister et à jouer leur rôle de créateur de richesses. Les deux actions sont importantes et indissociables. Les jalons sont posés quant aux nouveaux secteurs : activités portuaires, nouvelles technologies, services financiers et industrie du savoir, entre autres.
La consolidation et la restructuration sont bien enclenchées dans l?industrie de la canne. Par contre, il y a encore énormément d?efforts à produire dans le secteur manufacturier, zone franche et non-zone franche confondues. Nous comptons beaucoup sur la mise en place de la Textile Emergency Support Team (TEST) et de l?Emergency Policy Unit pour faciliter la restructuration du secteur textile. Il faudra ensuite se pencher sur le secteur manufacturier non-zone franche qui va très bientôt faire face à une très vive concurrence avec l?entrée en vigueur des différents accords régionaux. Il ne faut pas non plus prendre le secteur touristique pour acquis. Je ne serai pas surpris de voir certaines entreprises faire face à de sérieuses difficultés bientôt, même si les grands groupes hôteliers s?en sortent plus ou moins bien. Nous allons vivre encore deux à trois années difficiles, ensuite je suis confiant que nous récolterons les fruits de nos efforts et rebondirons pour atteindre un nouveau niveau de développement.
- Cette restructuration se passe à un moment délicat de l?histoire du pays. La transition politique au sommet de l?Etat ne risque-t-elle pas de rendre les choses encore plus compliquées car, qu?on le veuille ou non, des considérations non économiques pèseront aussi dans les décisions ?
Sûrement. Il sera important pour le futur Premier ministre de ne pas sombrer dans un excès de précautions dans le souci de ménager les différentes susceptibilités du pays. Maurice a besoin de décisions courageuses qui sont bénéfiques à l?ensemble de la nation. Par ailleurs, le changement à venir à la tête de l?Etat est un fantastique pas en avant; il aidera à casser des tabous et mettra Maurice au-devant des pays où règne une vraie démocratie.
- Comment le secteur privé vit-il le psychodrame MCB-NPF ? Après Air Mauritius et Rogers, voilà une autre institution phare qui, dans la perception publique du moins, est entachée de soupçons.
Très mal. Le récent downgrading de la MCB par Moody?s porte un rude coup à notre économie et à notre capacité d?attirer des investisseurs étrangers. C?est une affaire qui dépasse maintenant le cadre des deux institutions concernées et interpelle directement le secteur privé, donc le JEC. Le JEC a beaucoup travaillé avec l?Icac depuis sa mise en place car nous sommes convaincus qu?il est absolument nécessaire de s?attaquer au problème grave de la corruption à Maurice.
Nous sommes par contre interpellés par certains développements récents dans cette affaire et certaines façons de procéder qui ont été justement soulignées par le ministre des Affaires étrangères Anil Gayan dans une récente interview. Nous suivons cette affaire de très près.
- Dans un tel climat, pensez-vous que le JEC ou toute autre institution du secteur privé puisse être encore crédible en parlant de ?corporate governance? ?
Il est certain qu?une entreprise aussi gigantesque que celle d?essayer d?éradiquer la corruption de nos moeurs causera des remous et dérapages qui donneront une perception de pourrissement général. Mais dans les faits, et au-delà de la perception, c?est exactement le contraire qui est en train de se produire. Nous allons vers un assainissement, mais nous risquons de casser complètement le tissu économique et la confiance si les méthodes utilisées ne sont pas revues. Le JEC joue son rôle dans cette entreprise en y contribuant à travers ses nombreuses actions de sensibilisation dans le secteur privé.
Propos recueillis par Stéphane Saminaden
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