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Les deux blocs prônentun nouveau cap de l?économie

2 juillet 2005, 00:00

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Les grands enjeux de l?économie sont beaucoup plus clairs aujourd?hui qu?ils ne l?étaient en septembre 2000, lorsque le tandem Bérenger-Jugnauth a pris le pouvoir. La réforme du régime sucrier en Europe est confirmée et le démantèlement de l?accord multifibre est chose faite.

Le textile-habillement a déjà perdu quelque 23 000 paires de bras, principalement à cause du départ des groupes hongkongais vers la Chine. Un vaste programme de compression de personnel a été appliqué dans le secteur sucrier au moyen d?un plan de retraite volontaire pour faire face aux baisses de recettes annoncées.

C?est dans cette conjoncture d?essoufflement des deux moteurs majeurs de croissance que les deux blocs en lice proposent de créer chacun 50 000 emplois dans la prochaine législature. Comment vont-ils s?y prendre ?

L?alliance MSM-MMM dit prôner la continuité dans la politique économique. Or, elle a déjà amorcé un changement radical dans la stratégie de croissance avec le dernier budget qu?elle a présenté. C?est plutôt la continuité du changement qui est à l?agenda.

Le budget 2005-06 prend un énorme pari sur l?ouverture de l?économie mauricienne à la concurrence étrangère. La décision de faire du pays un paradis duty free précède les grandes échéances de la libéralisation commerciale, dont le démantèlement complet des tarifs au sein de la Southern African Development Community (SADC) en 2008.

C?est sur la base de cet acte somme toute périlleux que le MSM-MMM est en train de promettre «un deuxième miracle économique ». Il devrait transformer le pays en une économie tirée par les services tels les activités de technologies informatiques, le business process oursourcing (BPO), le shopping et les services financiers, en sus du tourisme.

Taux de croissance annuel de 8 %

La transformation économique version MSM-MMM devra mener le pays vers le groupe des high income countries ou, plus précisément, vers un objectif de revenu de $ 8 000 par tête d?habitant. Pour atteindre ce but, l?alliance gouvernementale espère pouvoir réaliser un taux de croissance de 8 % annuellement. A-t-on les moyens d?une telle ambition ?

L?économie a connu un taux de croissance de 4 % en moyenne au cours de ces quatre dernières années. Pour la propulser sur une trajectoire ascendante supérieure, il faudra dégager de nouveaux pôles de croissance et consolider les piliers existants.

Le sucre sera soumis à un programme de réforme accéléré pour limiter la casse. La restructuration du textile-habillement devra se poursuivre pour mieux s?armer contre l?invasion des vêtements chinois sur nos marchés traditionnels. La réforme devra s?accompagner d?un repositionnement de l?industrie pour éviter une confrontation frontale avec les géants chinois, indiens et pa-kistanais sur les marchésd?exportation.

Beaucoup de chantiers de réforme sont restés inachevés. C?est là un des principaux facteurs qui retarde le décollage des nouvelles activités identifiées. Les entrepreneurs doivent toujours faire avec des lois du travail archaïques qui font obstacle à une main-d??uvre agile et polyvalente.

Une stratégie d?amélioration de l?efficience et de la productivité devra au plus vite remplacer la politique de roupie faible en tant que moyen durable d?améliorer la compétitivité de nos industries d?exportation.

L?Alliance sociale, de son côté, entend mettre sur les rails «une économie essoufflée ». Elle privilégie l?option de la rupture avec le modèle de développement existant. Même si le thème de la démocratisation de l?économie figure en bonne place dans le manifeste de l?alliance gouvernementale, les travaillistes et leurs alliés mènent une bataille idéologique sur la question : ils mettront en place les conditions pour encourager un plus grand nombre de Mauriciens à participer à la création de la richesse.

Souci d?équité et d?Éthique

Le projet économique ramgoolamien propose que l?influence des grands groupes traditionnels soit révisée au profit d?une communauté plus élargie et hétérogène.

L?idée de démocratisation de la propriété économique et de l?entreprise répond non seulement à un souci d?équité et d?éthique, mais également à des impératifs de développement : il faut plus d?acteurs pour générer plus de croissance dans un plus grand nombre d?activités. Les petites et moyennes entreprises (PME) auront un rôle plus accru dans ce scénario.

«Même aux Etats-Unis, société capitaliste par excellence, Microsoft ne peut monopoliser le marché de l?informatique simplement parce qu?elle dispose de plus de fonds. Des lois régissent cela. C?est tout simplement ce que nous voulons faire. Ouvrir l?économie», dit Navin Ramgoolam dans une entrevue accordée à l?express (voir l?édition d?hier).

Mais l?exécution de cette vision socialisante du développement risque fort d?être contrariée par la conjoncture difficile dans laquelle un éventuel régime travailliste aura à gérer les difficultés du textile-habillement et le sucre, notamment. La rupture prônée par l?Alliance sociale pourrait ne pas s?opérer dans un climat de sérénité.

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