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Les dessous du documentaire

23 novembre 2003, 20:00

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Le film documentaire, c?est l?envers du cinéma habituel. C?est un cinéma qui renonce à la mise en scène habituelle et son hypocrisie. C?est un cinéma qui choisit de saisir dans leur quotidienneté les activités des hommes souvent les plus oubliés. Il montre le côté voilé de la réalité, les dessous de la société. Il prend les mouvements dans leur spontanéité, la vie dans son objectivité. Autrement dit, la vie est piégée et fixée dans son naturel. Le réalisateur se fait alors le chantre du ?cinéma vérité?. Mais est-ce possible ?

A bien y voir, le film documentaire ne peut montrer qu?un aspect de la réalité. Déjà par nature, il est de courte ou moyenne durée, par rapport aux films dits commerciaux. Il ne peut donc pas tout montrer. Matériellement, c?est impossible. Alors, il est contraint de choisir. Et tout choix suppose par essence élimination, abstraction. L??il de la caméra, en se fixant sur un aspect de la réalité, élimine d?autres aspects de cette même réalité. Il va même jusqu?à omettre les détails autour de cet aspect qu?il privilégie. Ce faisant, il néglige très souvent les données mêmes qui pourraient mieux expliquer ce contenu privilégié par la caméra. Voici un homme dans la rue. La caméra est braquée sur lui, sur ses conditions de vie. Comment est-il arrivé là ? On lui passe le micro. L?explication est donnée. Mais, est-ce là la vérité ?

Il est vrai que, par nature, le film documentaire n?est pas destiné à apporter un jugement sur une situation afin de ramener au jour un coupable. Son objectif ne consiste pas à chercher la vérité, en confrontant les dires des différentes parties impliquées dans les conséquences d?un acte du passé. L?objectif n?est pas de juger, mais de dévoiler une situation bien précise, qui est celle de l?instant présent afin de ramener à la conscience d?autrui, et surtout aux autorités concernées et compétentes, le caractère inacceptable de cette situation. Mais le spectateur lui, il juge ? il est dans la nature humaine de dépasser toute situation donnée. En face des images qui défilent sur l?écran, son esprit dépasse la réalité qui lui est montrée pour l?atteindre à un niveau supérieur, là où grouille toute une série de questions à satisfaire. Le spectateur réfléchit à la situation; il la commente à sa manière : comment est-ce que cet homme est arrivé là ? Quelle est sa part de responsabilité ? Et il fait sa propre déduction.

Mais, à ce niveau où le spectateur est amené à faire sa propre déduction, le film ne l?accompagne plus, car il n?inclut pas dans son objectif l?histoire qui explique et les confrontations des dires qui départagent. Le reste du parcours est plutôt une aventure de l?imagination. Autrement dit, le film documentaire saisit la conscience du spectateur, la plonge dans une réalité donnée et l?abandonne au pouvoir de sa propre imagination. Et c?est là que le film documentaire peut constituer un danger, par la capacité qu?il a d?interpeller le pouvoir de l?imagination du spectateur et d?en faire usage à son escient. Il ne faut pas oublier que le film documentaire a souvent tendance à briser les frontières. Il devient alors orienté. Certains réalisateurs, au nom du cinéma de la vérité, n?hésitent pas à exploiter des séquences prises sur le vif dans tous les domaines. Souvent elles relèvent plus du sensationnel que de l?objectivité. C?est ce qui a donné lieu à la naissance des paparazzis. D?autre part, l?histoire montre comment tout un peuple a été pris au piège pour avoir voulu croire aveuglement dans les contenus de certains films dits documentaires mais qui se sont révélés, bien après que le mal ait été fait, des propagandes politiques.

Ce qui ramène à dire, qu?un film documentaire, aussi pointilleux puisse-t-il être quant au dévoilement de la réalité, voile par la même occasion une part de cette même réalité. Il s?inscrit alors dans la dialectique voile/dévoilement. Derrière les dessous de la société qu?il dévoile, se dévoile parallèlement les dessous du documentaire, formés essentiellement par ces détails qui ne sont pas inclus dans le document, et cela à l?infini. Cet aspect du film ne doit pas être négligé. Peut-être explique-t-il pourquoi le documentaire a aussi ses adversaires !

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