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Les défis économiques
par Thierry CHATEAU
Alberto Mariette ?Il faut miser sur la promotion de la destination?
■ Quelles mesures proposeriez-vous pour redresser l?industrie textile ?
Dhanraj Boodhoo : Des produits comme les pull-overs qui sont labour intensive s?imposeront de moins en moins. Il faut se concentrer sur les capital intensive comme les t-shirts. S?il y a des entreprises textiles à Maurice qui continuent à bien faire, ce sont celles qui ont misé sur ce type de produit.
On doit aussi avancer dans le haut de gamme, le designer wear. Mais il faudrait peut-être faire de Maurice un marketing and merchandising centre. Maurice se retrouverait, comme Hong-Kong l'est déjà, au c?ur des commandes mondiales. Quant au fret aérien, il y a des efforts à faire. La compagnie d?aviation nationale a le devoir de subventionner le fret de l?industrie textile.
Alberto Mariette : Il y a déjà un certain nombre d?actions qui ont été prises depuis 2002 dans le plan stratégique pour le secteur textile. Un diagnostic des entreprises a été effectué et des solutions ont été proposées pour augmenter les gains de productivité. Des résultats positifs ont été obtenus, dans certains cas avec des gains de 30 %.
On peut aussi, par exemple, s?aligner sur les propositions de l?industriel Ahmed Parkar, président de la Mauritius Export Processing Zone Association. Il prévoit encore dix bonnes années, pour l?industrie textile. Avec Enterprise Mauritius, un partenariat public-privé a été mis en place pour développer une même stratégie.
■ Comment maintenir à flot l?industrie sucrière ?
D.B. : Si le prix du sucre baisse de près de 45 %, ce sera vraiment difficile, à long terme. Si l?on décide d?accélérer la mécanisation et que l?industrie reste profitable, tant mieux. Mais il y a d?autres moyens d?exploiter la canne à sucre, par exemple la fabrication d?éthanol. Il faudra diversifier et mettre en place un plan de réforme. Mais il faut surtout être réaliste et se préparer à une mort lente de l?industrie sucrière.
A.M. : On ne peut s?empêcher de saluer le sens de l?anticipation et la vision du gouvernement par rapport aux difficultés qui se profilaient. La restructuration, à travers le voluntary retirement scheme, a permis d?offrir des solutions aux employés de l?industrie sucrière. Dans une logique de redressement économique, le gouvernement a aussi pris en considération le facteur social. Il est important de sauvegarder les recettes mais aussi les emplois.
■ Comment relancer la croissance des arrivées touristiques ?
D.B. : Il y a beaucoup d?hypocrisie? Il faut augmenter le nombre de touristes. Dubayy attire bien 10 millions de touristes, pourquoi pas Maurice ? Le tourisme, c?est la planche de salut. Il faut une expansion massive et une stratégie agressive. Il y a une sous utilisation de nos plages. Il y a la possibilité de créer des plages artificielles. Maurice pourrait multiplier par trois son parc hôtelier dans les trois prochaines années.
A.M. : Des facteurs extérieurs ont affecté les arrivées touristiques. Mais nous avons réussi à arriver à un réservoir de plus de 700 000 touristes qu?il faut maintenir et développer. La capacité d?accueil a été augmentée. Et il faut s?inscrire dans une logique de libéralisation de l?accès aérien.
Il faut également développer la promotion de la destination et attaquer surtout les nouveaux marchés comme l?Europe de l?Est, la Chine, l?Inde et même les Etats-Unis. Parallèlement, il faut augmenter les dépenses par touriste et le concept de duty free island que prône le gouvernement répond bien à ce besoin.
■ Que proposez-vous pour relancer l?investissement ?
D.B. : D?abord une campagne de promotion agressive à l?étranger pour attirer une vingtaine de grosses entreprises dans différents domaines à Maurice. En s?installant ici, elles aideraient à relancer l?emploi.
Je trouve que le secteur privé local cherche trop à investir dans des projets ?fixés? d?avance, sans vouloir prendre de risques. Or, la prise de risque, c?est le propre de l?entrepreneur et les opportunités ne manquent pas. Le secteur privé local devrait sortir de sa réserve et prendre exemple sur les autres entrepreneurs du monde.
A.M. : Il y a eu un climat politique et social stable, ces dernières années. Et il y a eu des investissements, notamment en provenance de grands groupes étrangers dans l?hôtellerie, avec Oberoi, ou Taj, dans les produits pétroliers avec Indian Oil, dans une filature et autres. Des groupes locaux ont également investi. Dans le dernier budget, le gouvernement a prévu l?élargissement du domaine commercial et déjà des investisseurs comme le groupe Bourbon ont signifié leur intérêt.
■ Comment mieux contrôler les dépenses publiques ?
D.B. : Avec un gouvernement fort et stable, il faudra revoir le fonctionnement du secteur public. En essayant notamment d?optimiser les emplois, dans ce secteur. Je pense aussi qu?il faudra faire la promotion du concept de public-private partnership. Le gouvernement ne doit pas tout faire et il faudrait trouver une formule pour que le secteur privé participe à l?amélioration des infrastructures publiques. De plus, en relançant la croissance, les revenus du gouvernement augmenteront.
A.M. : Il y a eu des investissements importants, ces quatre dernières années. Il était nécessaire des les faire. Surtout dans le cas des écoles, du tout-à-l?égout et de la cybertour. Aujourd?hui, nous allons vers une logique de maintenance de ces infrastructures. Désormais, il y aura un impact moins lourd sur la dette publique.
■ Comment financer les dix mesures proposées par l?Alliance sociale ?
D.B. : Elles devraient coûter quelque Rs 600 millions. Ce qui n?est pas énorme si on compare cette somme aux recettes obtenues notamment avec la TVA. Mais cela ne veut pas dire non plus dire qu?il faudra financer à travers une augmentation de la TVA.
■ Comment faire le rêve d?un ?hub? mauricien, une réalité ?
A.M. : Le gouvernement a posé le cadre général d?une large détaxation et de la création de centres commerciaux hors-taxes. Cela demande moins de moyens que le développement du parc hôtelier, et constitue donc une démocratisation de l?économie avec, à la clé, de la création d?emploi. ■
Dhanraj Boodhoo ?Le pays peut multiplier son parc hôtelier?
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