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Les décorations sucrées de Bindoo

16 juillet 2007, 20:00

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Bindoo Baragee n?avait jamais pensé se mettre à son compte. Cette quadragénaire avait en effet fait preuve d?une loyauté exemplaire envers son employeur. Entrée dans la vie active à 16 ans, elle est restée 27 ans au service de la petite entreprise que ce dernier a fondée avec un Britannique.

Au début, Bindoo et les deux autres employés constituant la main-d??uvre de l?entreprise peignent des personnages miniatures de dessins animés en plastique qui sont ensuite exportés en Angleterre. L?année suivante, elles fabriquent des tortillons décoratifs pour amuse-gueule qui suivent la même voie.

Ces activités ne durent toutefois pas. L?entreprise décide de se tourner vers un créneau plus rémunérateur en se lançant dans la fabrication de décorations en sucre glace pour gâteaux, à des fins d?exportation mais aussi de vente sur le marché local.

L?employeur met un modèle devant Bindoo et ses collègues. A charge pour elles de le reproduire en sucre glace. Bindoo fait alors travailler son imagination et ses mains. Les essais se multiplient et bien vite, elle trouve la technique. Elle commence par modeler le sucre glace en pâte avant d?en extraire des objets variés. Cela va du clown aux yeux tristes au lapin ou au tigre. Du père Noël au champignon. Des chaussons de baptême au bouton de rose. De l?effigie de la Vierge Marie au bouquet de fleurs aux pétales grandes ouvertes. Et ce, en différentes dimensions, dépendant des commandes.

L?entreprise connaît un vif succès. Si bien qu?au fil des ans, un plus grand nombre d?employés est recruté. La mort de son employeur, il y a trois ans, et la reprise en main de l?entreprise par une autre personne qui ne fait pas montre de la même considération à son égard la font démissionner.

Cette habitante de Wootun, qui est mariée à Bidianand et mère de deux enfants, décide de faire autre chose de sa vie. Sachant qu?elle a une expertise qui ne court pas les rues, elle contacte la Small and Medium Investment Development Authority, devenue la Small Entreprises and Handicraft Development Authority (Sehda) qui lui conseille d?ouvrir sa petite entreprise.

?Pendant six mois, je travaille bien. Les mois restants sont presque chômés. Bizin ramase pou bann sis moi ki pa travail. Mo ena ankor kat banane pou ale pou kapav ranbours loan la.?

En sus de l?enregistrer, cet organisme lui prête Rs 250 000 pour qu?elle s?équipe en conséquence. Bindoo s?achète alors un séchoir spécial, un déshumidificateur et se constitue un stock de sucre glace et de colorants alimentaires. Elle trouve un local à Castel qu?elle réaménage selon son désir et se met à opérer.

La quadragénaire découvre alors les aléas auxquels fait face tout petit entrepreneur. N?ayant pas un carnet d?adresses bien garni, elle obtient certes des commandes émanant de pâtisseries mais celles-ci sont insuffisantes pour lui permettre de rentrer dans ses frais. Une demande de hausse de loyer du propriétaire du local vient se greffer à tout cela. Une augmentation qu?elle n?est pas en mesure d?honorer.

Ainsi, au bout de huit mois, Bindoo est obligée de mettre la clé sous le paillasson. La Sehda lui conseille de travailler à partir de son domicile. C?est ce qu?elle fait depuis décembre. Son époux, Bidianand, ancien peseur de thé qui a cumulé plusieurs petits emplois à la fermeture de l?usine qui l?employait, s?occupe désormais de son marketing. Les clients de Bindoo sont en grande partie des pâtisseries. Mais il y a aussi des femmes au foyer confectionnant des gâteaux sur commande et deux hôtels, à savoir le Trou-aux-Biches qui est son plus régulier client, et le Dinarobin qui ne passe commande que lors d?occasions spécifiques telles que Halloween.

Bindoo travaille avec patience, délicatesse et amour. Cela se voit et se sent dans les décorations qu?elle réalise. Son plaisir est immense lorsqu?elle doit réaliser de grands bouquets de fleurs en sucre glace qui iront garnir l?imposant gâteau de mariage.

Les prix de Bindoo sont raisonnables. La plus petite décoration coûte Rs 2. Les moyennes varient entre Rs 4 et Rs 8. Le plus gros bouquet est à Rs 500.

C?est Bidianand qui effectue les livraisons et ce par autobus car les Baragee n?ont pas encore les moyens de s?équiper d?un véhicule. Ces décorations en sucre glace, emballées dans de la mousse, peuvent se conserver un an, à condition qu?elles ne soient exposées ni à la chaleur, ni à l?humidité.

Bien que Bindoo ait réduit ses dépenses en travaillant à partir de chez elle, être son propre patron n?est pas toujours de tout repos. Certains mois, les commandes pleuvent. A d?autres, le téléphone reste silencieux. ?Pendant six mois, je travaille bien. Les mois restants sont presque chômés. Bizin ramase pou bann sis moi ki pa travail. Mo ena ankor kat banane pou ale pou kapav ranbours loan la.?

Bindoo ne se décourage pas pour autant. Son projet lointain, après le remboursement de sa dette, est la construction d?un étage sur sa maison de Wootun qu?elle convertira alors en atelier de fabrication de décorations en sucre glace. Ce n?est qu?alors qu?elle pourra envisager de les exporter dans la région. Petit à petit, l?oiseau fait son nid?

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