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Les Créateurs
Charme désuet de la versification. Emoi d?un instant que les mots nous procure. Rythme et mélodie d?un vers qui se clame. La poésie est pour beaucoup un style littéraire dépassé. Fort heureusement, elle existe encore par la plume de ceux qui assument leur penchant pour cet exercice périlleux. La peur du ridicule pourrait être un motif de préférer le roman, la nouvelle ou l?essai à la poésie.
Quand on parle de poésie, on pense trop souvent aux illustres Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire ou plus près de nous, Aragon et Prévert. Mais ils sont encore présents ces créateurs littéraires qui s?essaient à la rime.
C?est une chance que des écrivains s?adonnent encore à la poésie. Ringard ? non, certainement pas pour peu que la poésie ne verse pas dans une guimauve prévisible. Engagée, amoureuse, gratuite ou nostalgique, la poésie est de ces styles littéraires polymorphes. Vers libre ou structure de l?alexandrin, équilibre du sonnet, peu importe. La poésie s?insinue un peu partout.
Elle retrouve, qu?on le veuille ou non, une nouvelle vigueur dans la musique en général (Les textes du chanteur Tété en sont l?un des meilleurs exemples) et plus encore dans le slam. Ces jeunes qui se mettent à l?écriture, couchent sur le papier leurs sentiments, leur rage, leurs questionnements, leurs préconçus qu?ils brodent ou déconstruisent, sont de ces nouveaux chantres d?une poésie moderne. Si le style d?antan tombe en désuétude, ils apportent un nouveau souffle à la poésie. Mais attention ! on ne parle pas de poésie de salon. De ces mots que l?on savoure à la lecture. On parle bien de cette poésie vivante parce que déclamée. Vivante parce que instrumentalisée. Vivante parce que actuelle.
Le slam trouve son public et ses accrocs. Les exemples Grand Corps Malade et Abd al Malik venus de France ont achevé de sortir des ghettos «cultureux» ce style pourtant ouvert à tous. Cela fait des années que Stephan Hart de Keating s?ingénue à donner sa place au slam à Maurice. Les talents sont nombreux au même titre que les influences qui peuvent les nourrir. L?épiphanie m?est venu un soir au Lari Blues à Curepipe. Plusieurs jeunes gens se sont relayés au micro pour déclamer, dénoncer, raconter? J?étais proprement abasourdi par tant de maîtrise des mots. Ils s?enchaînent, tonnent et s?envolent en français, en anglais en créole. Soutenus par le rythme d?une ravane ou tendus par les notes d?une guitare.
Dernièrement, Stephan Hart de Keating a organisé une compétition entre six collèges. Les collégiens ont répondu à cet appel. Pourtant, il s?agit bien d?un travail auquel on les convie. Mais loin du protocole scolaire habituel, il s?agit là de se laisser aller au mot. De jour avec eux. De se jouer d?eux. Et des convenances de la ponctuation, du politiquement correct et des règles tueuses d?envie. Exaltation d?un moment de clameur lorsque le slam est lancé. Et avant, exaspération du tout jeune créateur qui cherche le mot juste ? Au final, le résultat est là. Poésie en live. Poésie que les jeunes s?approprient et cultivent.
Voilà cette richesse qu?il ne faut pas perdre. La poésie garde encore ses lettres de noblesse. Les grands poètes d?antan n?en demeurent pas moins des références atemporelles. Ceux d?aujourd?hui, qu?ils le fassent sur papier ou en paroles, sont également des références pour notre culture actuelle. Rappelons que poiêsie signifie création. A ce titre, ils méritent une attention toute particulière car ils sont créateurs de sensations.
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