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Les couleurs de Clovis
IL est midi trente. Clovis Magon, 30 ans, peintre-décorateur, se dirige vers le Front de mer de Mahébourg, avec un tableau sous le bras. Il change subitement d?avis et va jeter un coup d??il sur le mur de l?école primaire de Wilhougby, où il a laissé son empreinte : une fresque pour cet établissement scolaire.
Clovis n?a que neuf ans lorsqu?il découvre les merveilles qu?il pourrait réaliser avec les couleurs. Il passe sa première année à l?école primaire, située à quelques mètres de chez lui. Son prof est sa première source d?inspiration. Celui-ci, somnole sur une table, devant la classe, dans un vacarme infernal.
?Comme je n?avais rien à faire. Je l?ai regardé et j?ai commencé à m?amuser avec les crayons de couleur qui se trouvaient sur mon pupitre?.
Il reçoit plus tard un deuxième prix comme récompense dans un concours dans lequel il avait participé avec ses petits camarades de classe.
Encouragé par son entourage, Clovis persiste dans la même voie et découvre un nouveau créneau : donner un coup de pinceau aux pirogues des extracteurs de sable et ses amis mahébourgeois. Fascinés par ses peintures, cette fois, ce sont de grands propriétaires de bâtiments commerciaux et de snacks qui le sollicitent pour rendre l?environnement plus attrayant.
?Je ne m?attendais pas à un tel résultat?, dit-il. Malgré tout, Clovis garde les pieds sur terre. ?L?art se enn quitchose qui pena prix. La cote ou ete ou bizin aprann?, poursuit-il avec philosophie.
Amoureux de la nature, il préfère la solitude pour puiser son inspiration et fixer sur la toile ce qui l?a frappé. Il ne rate pas une seule occasion d?exploiter son talent, surtout quand il est séduit par une image qui lui rappelle son passé. ?Je savais qu?un jour ou l?autre, l?ancien marché de Mahébourg allait être remplacé. Avec le temps, je constate que je n?ai pas eu tort de le fixer sur un tableau.?
S?il est une chose que Clovis n?arrive pas à digérer, c?est l?absence de partage d?idées entre artistes pour faire connaître leurs ?uvres. ?Nous avons trop tendance à nous replier sur nous- mêmes. Nous avons tort . Je souhaite que cela change.?
Comme tout artiste, Clovis veut sortir de l?anonymat. Son rêve, c?est d?exposer un jour ses tableaux dans une galerie ou sur le Front de mer. En attendant que son talent soit reconnu, il prend chaque jour son pinceau, sa peinture (à l?eau) pour gagner sa vie. Comme décorateur.
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