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Les contraintes de la BD mauricienne
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Les contraintes de la BD mauricienne
La BD est l?un des moyens d?expression pour des dessinateurs, parfois scénaristes, mauriciens. Pour autant, les BD que l?on trouve à Maurice sont, pour l?immense majorité, importées. Preuve d?une absence totale de BD «made in Mauritius» ? Ce serait être trop extrême. L?histoire de la bande dessinée mauricienne a débuté «dans les années 1950, avec le journal Action» et les dessins de Roger Merven. Aujourd?hui, la BD mauricienne relève d?une nouvelle garde qui a du mal à trouver les moyens pour publier et diffuser ses productions.
Pour Stanley Harmon, dessinateur de Zé ek Mélia : «La qualité des dessins a évolué, les dessins de presse constituent un premier pas pour le public qui se familiarise aux dessins.» Toutefois, la différence entre la BD et le dessin de presse ou caricature est réelle. Le support de la BD n?est pas, nécessairement, celui d?un album avec une couverture en dur. Pourtant, c?est bien vers ce type de publication que tendent les bédéistes. Christophe Cassiau-Haurie, conservateur de la bibliothèque du centre culturel Charles Baudelaire (CCB) et spécialiste de la BD, regrette cette tendance à vouloir «faire comme en Europe». Selon lui, il faudrait proposer «des produits locaux, avec des matériaux locaux, à des prix locaux que l?on pourrait même vendre au marché de Port-Louis».
Depuis 2000, on ne compte guère plus de cinq publications de BD à Maurice. Cette année, pas moins de cinq BD ont été publiées à La Réunion. Deux réalités bien différentes pour le même type de publication. En fait, le prix de production est trop important pour les dessinateurs ou les maisons d?édition, très frileuses en ce qui concerne la BD. «Pour un magazine en couleur, il faut compter un investissement de Rs 70 000 pour environ 1000 copies», nous apprend le bédéiste Evan Sohun.
Le retour sur investissement est illusoire, surtout si «le prix de vente doit être raisonnable, c?est-à-dire environ Rs 100». Le coût de production d?un album «à l?européenne», avec couverture en dur et papier de qualité, n?est donc pas envisageable dans le contexte mauricien.
Si les coûts initiaux sont un frein à l?édition de BD mauriciennes, il ne faut pas perdre de vue que le marché l?est également. «Le marché captif est trop restreint», relève Christophe Cassiau-Haurie. «De facto, aucune maison d?édition ne s?est risquée dans la publication d?une BD», poursuit-il. D?autant que peu de livres pour la jeunesse sont édités ici. Le public doit être éduqué en la matière, pour ainsi dire. Pour Stanley Harmon, il est nécessaire que le public «s?habitue aux BD». «La culture est un aspect temporaire à Maurice, elle suit des effets de mode.» En ce sens, la culture de la BD a tenu le haut du pavé lors du dernier festival «Iles en Bulles».
Or, la BD devrait avoir la place qui lui revient dans le marché du livre. Pour l?instant, c?est une place de second rang qu?occupe la BD. «Il y a de nombreux a priori sous prétexte que la BD est des petits dessins», regrette Evan Sohun. Toutefois, il est d?avis qu?une BD mauricienne a les moyens de susciter un minimum de curiosité chez les consommateurs.
La BD n?est pas un outil littéraire de bas étage. Elle renseigne sur des réalités, sur une époque, sur des courants artistiques dans les traits des dessinateurs. Pour exemple, le célèbre Tintin d?Hergé n?est-il pas étudié dans les facultés d?histoire ? Persépolis de l?iranienne Marjane Satrapi n?est-il pas une critique acerbe de la société khomeyniste ? Il n?empêche qu?à Maurice, la BD «souffre d?un déficit de valorisation». C?est un problème qu?on «ne retrouve pas dans les autres pays du Sud», remarque Christophe Cassiau-Haurie.
Malgré tout, les bédéistes mauriciens ont du talent. Laval Ng est le plus connu d?entre eux, mais ce dernier n?a pas fait de publication 100 % mauricienne. C?est néanmoins, l?un des plus importants vendeurs de livres d?origine mauricienne. Plus que Natacha Appanah-Mouriquand ! Pourtant, personne n?en a conscience. Peut-être parce qu?il s?agit de «petits dessins». En fait, les BDs sont un des éléments de la littérature. Le dessin vient ajouter au texte, il le supporte, ou plutôt textes et images vont de pair dans ce style littéraire qu?il ne faut pas dévaloriser.
«La BD n?est pas un outil littéraire de bas étage. Elle renseigne sur des réalités, sur une époque, sur des courants artistiques dans les traits des dessinateurs.»
C?est pourquoi Stanley Harmon souhaite une plus grande implication des autorités pour aider le secteur. «Nous recevons de l?aide de la part des coopérations étrangères.» Or, le dessinateur de Zé ek Mélia demande que les autorités facilitent la publication des BD mauriciennes. «Il manque un intermédiaire entre les bédéistes et le public.» Dans le même sens, Evan Sohun regrette «l?absence de plate-forme malgré de nombreux talents». Selon lui, il faudrait que des ateliers soient organisés dans les établissements scolaires pour mieux faire connaître la BD. «Et pas seulement une semaine avant un festival.»
Evan Sohun se veut optimiste. Dans quelques années, la BD se portera mieux à Maurice. «C?est un domaine qui bouge !» s?exclame-t-il. Pour autant, Christophe Cassiau-Haurie est plus circonspect, mesuré. «La BD à Maurice a du mal à émerger véritablement, c?est l?un des rares pays du Sud où la caricature est un frein à son développement.» S?expliquant, le spécialiste rappelle qu?il existe une grande tradition de caricature à Maurice mais que celle-ci étouffe, en quelque sorte, la BD. Les caricaturistes se concentrent sur leur travail quotidien : croquer l?actualité en dessins et bulles. Leur rêve, s?il en est, de se laisser aller à la BD ne devient que rarement réalité, si ce n?est jamais.
La réalité du marché est un frein qu?il faut réussir à dépasser. «Les bédéistes ne doivent pas compter sur les touristes», insiste Christophe Cassiau-Haurie. C?est auprès du public mauricien qu?il faut agir. Proposer des produits qui répondent aux réalités du marché. Eduquer également. A travers des ateliers dans les écoles. Valoriser un type de livre qui souffre de sa spécificité. La bande dessinée n?est pas encore une institution. Il serait néanmoins bon qu?elle trouve sa place dans le marché du livre.
<B>Du livre? à l?internet</B>
■ L?idée que l?on a de la BD est celle d?un album avec une couverture en dur et de belles pages couleur. Le coût que représente une telle production n?est pas envisageable dans le contexte mauricien. Le marché captif n?est pas suffisant et extensible. C?est pourquoi Evan Sohun et Stanley Harmon parlent de l?Internet comme nouveau média pour soutenir la bande dessinée mauricienne. Faire connaître les productions des artistes mauriciens à travers de sites actualisés régulièrement peut, semble-t-il, permettre d?éviter l?écueil de l?édition. La fréquence des visites et le succès du site pourraient, à terme, aider les bédéistes à convaincre les maisons d?édition, jusque-là très frileuses, à se lancer dans l?aventure de la BD. A bien des égards, le support traditionnel est meilleur. Mais devant la difficulté de faire éditer une BD à Maurice, l?Internet n?est pas à négliger. Vers une nouvelle BD virtuelle ?
Petit tour d?horizon</B>
■ Aperçu de la BD mauricienne depuis les années 1950. Ces dernières années, peu de BD ont été publiées. Les dernières l?ont été grâce au soutien notamment de la coopération culturelle française, c?est-à-dire grâce à des fonds publics. Comme cela a été le cas, les bédéistes souhaitent que les journaux ne délaissent pas la BD. Il y a là un créneau à occuper. De cette manière, ils peuvent faire connaître leurs personnages, mais aussi leur nom.
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