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Les chiites proposent Jaafari à la tête du gouvernement
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Les chiites proposent Jaafari à la tête du gouvernement
Les onze formations politiques qui composent la liste de l?Alliance irakienne unifiée (AIU), victorieuse lors des élections générales du 30 janvier, se sont finalement mises d?accord, mardi soir à Bagdad, pour proposer Ibrahim Al-Jaafari comme candidat à la succession d?Iyad Allaoui au poste de premier ministre.
Choisi par ses partenaires, l?intéressé qui occupe actuellement l?un des deux postes essentiellement honorifiques de vice-présidents transitoires de l?Etat irakien, va maintenant devoir convaincre au moins60 % des 275 membres de l?Assemblée nouvellement élue avant de pouvoir s?asseoir dans le fauteuil de Allaoui. L?AIU n?en contrôlant que 51 %, c?est-à-dire 140 mandats, l?accord du ?bloc kurde?, qui a obtenu 75 sièges, lui est indispensable. De nouvelles négociations ont donc été engagées dès mardi soir entre les deux listes, et tout n?est pas encore joué.
Le premier obstacle franchi par Jaafari était la candidature d?un autre élu de l?Alliance, à savoir Ahmed Chalabi. L?affairiste chiite laïque, condamné par contumace à vingt-deux ans de prison en Jordanie pour détournement de fonds et faillite frauduleuse, indiquait encore, lundi matin, que la victoire lui était acquise. Mardi soir, il affirmait s?être quasiment sacrifié en se retirant de la course. De fait, dominée par les deux plus puissantes formations islamistes chiites que sont le Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII) et le Parti de l?appel islamique (Al-Daawa), dirigé par Jaafari, l?AIU, qui compte aussi quelques indépendants sunnites, était d?ores et déjà menacée d?éclatement si le très controversé Ahmed Chalabi s?était maintenu. On ignore encore ce qui a été promis au chef du Congrès national irakien en échange de son retrait, mais nul n?imaginait, mardi à Bagdad, que Chalabi puisse être complètement absent des structures du nouveau pouvoir en gestation.
En ce qui concerne les Kurdes, qui sont essentiellement de confession sunnite mais peu religieux, leur manque d?enthousiasme vis-à-vis de la candidature de Jaafari, soupçonné de proximité avec l?Iran, était encore, mercredi matin, assez frappant. ?Nous allons maintenant devoir discuter sérieusement?, disait Barham Saleh, vice-premier ministre sortant. Même réaction réservée chez l?actuel ministre des affaires étrangères, Hoshyar Zibari, poids lourd de l?Union patriotique du Kurdistan (UPK), l?une des deux grandes formations kurdes, dirigée par son beau frère, Jalal Talabani : ?Nous respectons le choix de l?Alliance unifiée, mais ce n?est que le début du processus de négociation?.
Poids lourd de l?union
Les Kurdes ont des exigences ?majeures? à formuler, disait Zibari. A commencer par la présidence de la République que Talabani ambitionne ouvertement d?occuper à la place du cheikh tribal sunnite Ghazi Al-Yaouar, dont les résultats électoraux se sont révélés extrêmement médiocres et qui se prépare, dit-on, à retourner auprès de sa famille en Arabie saoudite.Pour les Kurdes, l?essentiel de la Loi administrative transitoire, texte âprement négocié entre les partis, et sous contrôle américain, il y a six mois, devra rester en vigueur au-delà de la fin de l?année en cours, date à laquelle de nouvelles élections générales devront être convoquées. Les principaux articles de cette Loi fondamentale transitoire qui établit un Etat de droit en Irak, garantit les droits de la femme, consacre le caractère fédéral de l?Etat, fait de l?islam ?une? des sources des nouvelles lois - et non, comme le voulait initialement Jaafari et ses amis islamistes, source de toute législation - devront être réintégrés dans la Constitution définitive.
Celle-ci, qui devra être présentée au pays avant le 15 août et soumise à un référendum national en octobre, devra également inclure l?article, extrêmement controversé parmi la majorité arabe du pays mais capitale pour les Kurdes en ce qu?il permet à trois provinces sur les dix-huit du pays, de bloquer toute nouvelle législation déplaisante.
Les Kurdes contrôlent justement les trois provinces du nord. Bref, comme disait Barham Saleh, même si, au bout du compte, il paraît peu probable qu?un accord chiito-kurde ne finisse par être trouvé, ?nous allons tous devoir être patients?.
Patrice CLAUDE
© 2005 Le Monde News Service-Distribué par the New York Times Syndicate
PORTRAIT
Ibrahim Al-Jaafari, ?modéré parmi les extrémistes?
Dans les plus récents sondages, Ibrahim Al-Ushayqer (son vrai nom) apparaît depuis un an comme la troisième personnalité favorite des Irakiens derrière deux autres figures religieuses chiites, le grand ayatollah Ali Al-Sistani, et le jeune imam rebelle anti-américain, Moqtada Al-Sadr. Mais pour beaucoup, le personnage reste une énigme. Quelques semaines après son retour pourtant, l?ancien exilé a accepté, toujours sous son nom de guerre, Al-Jaafari, de présider le premier conseil de gouvernement sélectionné par Washington pour donner un visage irakien à l?occupation qui commence. En juin 2004, quand les Etats-Unis, pressés par la communauté internationale, font un pas de plus dans ??irakisation? d?un conflit qui n?en finit pas d?épuiser et d?ensanglanter le Pays des deux fleuves, Ibrahim Al-Jaafari accepte de devenir l?un des deux vice-présidents de l?Etat en reconstruction. A ce jour, il l?est encore. Mais l?opinion irakienne sait maintenant que cet homme peu causant, crâne dégarni, ?il dur et courte barbe grise, est le patron contesté du plus ancien parti chiite islamiste d?Irak, le clandestin Al-Daawa al-Islamiya, parti de l?Appel islamique.Secrètement créé en 1958, entre autres par feu l?ayatollah Mohammed Baqer Al-Sadr, l?oncle de Moqtada Al-Sadr, le Daawa fut la première organisation islamiste dans le monde à user de l?attentat-suicide, notamment contre l?ambassade d?Irak à Beyrouth en décembre 1981 (27 morts) puis, au Koweït, contre les chancelleries de France et des Etats-Unis (6 morts) en décembre 1983 pour punir ces deux puissances du soutien actif qu?elles apportent au régime de Saddam Hussein, alors en guerre contre l?Iran de Khomeyni. Il subira la plus sanglante des répressions : plusieurs dizaines de milliers de ses militants seront torturés à mort ou exécutés dans les geôles irakiennes.?Le pays a beaucoup changé et moi aussi?, commentera M. Jaafari à son retour à Bagdad. Habile rhétoricien, il parviendra presque, tout au long de ces deux dernières années, à faire oublier son alliance de circonstance avec les Américains en distillant des diatribes ?anti-américaines?, et même en organisant, en 2003, l?une des premières manifestations populaires contre l?occupation. Les Irakiens pourraient bien avoir la réponse dans les semaines qui viennent.
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