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Les Chagossiens gardent espoir

23 octobre 2008, 00:00

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Les Chagossiens gardent espoir

Un éventuel retour des Ilois sur l'archipel des Chagos est fortement compromis. La House of Lords, instance légale suprême britannique, a décidé hier qu?ils ne reverront pas leur petit paradis de sitôt. Forcés à l?exil, il y a 40 ans par les autorités anglaises, ils devront encore attendre avant de savoir s?ils reverront leur terre.

Les Chagossiens gardent néanmoins l?espoir. Leurs hommes de loi préparent le dossier pour contester ce verdict devant la Cour européenne des Droits de l?homme.

«Nous avons déjà commencé les préparations», confirme Robin Mardemootoo, avoué des Chagossiens. Il y a une limite à ce qu?une communauté chagossienne peut faire contre le gouvernement britannique.»

Mais l?espoir est toujours là. Olivier Bancoult, président du groupe des réfugiés de Chagos, promet déjà de poursuivre la lutte.

Robin Mardemootoo précise cependant : «Rien ne remet en cause la base de l?affaire, qui est le retour sur l?île. Les Law Lords ont simplement donné gain de cause à l?Etat britannique sur une question de droit.»

Il faut dire que l?affaire était complexe. Les Law Lords étaient divisés car deux des cinq penchaient en faveur des Chagossiens mais c?est la majorité qui a compté.

En première instance et en appel, les Chagossiens avaient obtenu le droit au retour. Les juges y estimaient que la loi interdisant leur retour allait à l?encontre des intérêts des Chagossiens en tant que sujets britanniques. Or, la House of Lords estime que le critère suprême qui doit être pris en considération est l?intérêt de la nation et ensuite seulement les sujets.

?Complexe, difficile et coûteux?</B>

Pour mieux comprendre l?affaire, il faut remonter au 3 novembre 2000. La Divisional Court anglaise émet un jugement en faveur d?Olivier Bancoult. Ils décident que le pouvoir de légiférer pour «la paix, l?ordre et la bonne gouvernance» du British Indian Ocean Territory (BIOT), sous lequel tombe l?archipel des Chagos, n?incluent pas le pouvoir d?expulser tous les habitants.

Le même jour, Robin Cook, secrétaire aux Affaires étrangères de la Grande-Bretagne, affirme qu?il «accepte le jugement de la Cour et le gouvernement ne fera pas appel». Il indique également qu?une étude de faisabilité sur la possibilité de repeupler l?archipel est en cours. Toujours le même jour, l?Immigration Ordinance 2000 sort, enlevant les restrictions d?accès sur l?archipel pour les sujets du BIOT.

En juin 2002, l?étude conclut que repeupler l?archipel s?avére complexe, difficile et coûteux. Durant l?automne 2004, le haut- commissariat britannique à Maurice avertit le Foreign Office des dangers de débarquements non-autorisés sur l?archipel à la suite des menaces de Lalit qui «faisait campagne pour la fermeture de la base américaine sur Diego Garcia» et des Chagossiens.

Prenant en compte ce développement ainsi que le rapport de faisabilité, le gouvernement anglais décide de ne pas soutenir le repeuplement sur l?île et de restreindre à nouveau l?accès sur l?archipel.

Le 10 juin 2004, la reine d?Angleterre abroge l?Immigration Ordinance 2000 et émet deux Orders in Council afin d?empêcher tout retour. Les «développements dans le climat de sécurité international», sont évoqués pour justifier cette action.

Les Chagossiens demandent une révision judiciaire. La Divisional Court anglaise estime, le 24 août 2004, que les Orders in Council sont «irrationnels» parce que «ils n?ont pas été faits dans l?intérêt des Chagossiens mais dans celui du Royaume-Uni et des Etats-Unis».

L?Etat anglais fait appel mais la Cour d?appel estime que la reine a abusé de ses pouvoirs à travers les Orders in Council.

Le gouvernement conteste ce jugement devant la House of Lords qui est appelée à se pencher sur les prérogatives de la reine dans cette affaire.

Propositions rejetées</B>

Dans sa plaidoirie devant les Law Lords, Me Jonathan Crow, qui représente les intérêts du gouvernement britannique, argue que les cours de justice n?avaient pas le pouvoir de revoir la validité d?un Order in Council fait pour une colonie.

Sir Sydney Kentridge, avocat des Chagossiens, fait valoir qu?un droit d?élire domicile dans une colonie «est tellement sacré et fondamental que la Couronne ne peut en aucune circonstance avoir le pouvoir d?enlever ce droit» et que seulement une loi votée par le Parlement peut le faire. De plus, il soutient que les deux Orders in Council privaient les Chagossiens du droit humain important de retourner sur leur terre natale.

Les propositions des deux camps ont été rejetées par la House of Lords qui les a considérées comme étant «trop extrêmes». Cette dernière est toutefois d?avis que la reine d?Angleterre a tout à fait «le droit de légiférer pour une colonie dans l?intérêt du Royaume-Uni».

Quant aux droits fondamentaux qui auraient été violés, la House of Lords considère : ?Si nous étions en 1968 et appelés à nous pencher sur la proposition d?expulser les Chagossiens avec peu ou pas de dispositions pour leur futur, cela aurait profondément affecté leurs droits fondamentaux mais c?était il y a très longtemps. L?action a été faite, le tort confessé, une compensation payée et la façon de vivre des Chagossiens a été détruite de manière irréparable.»

Ils notent que le gouvernement britannique n?a pas l?intention de financer un repeuplement et que pendant les quatre ans que l?Immigration Ordinance de 2000 était en vigueur, personne n?est vraiment parti vivre sur l?archipel. «Donc, leur droit de s?y fixer est purement symbolique.»

<B>Patrick HILBERT</B>

<B>Le gouvernement britannique se justifie</B>

David Miliband, Secrétaire aux Affaires étrangères de la Grand-Bretagne, justifie dans un communiqué, émis hier, la position anglaise sur cette affaire.«Nous devions prendre en compte le contexte international en 2004. Cela impliquait des décisions sur des questions de défense et de sécurité sur l?archipel ainsi que le fait qu'une étude indépendante a critiqué sévèrement la possibilité de repeupler de manière durable les Chagos.» Il rappelle cependant «le regret de ce gouvernement concernant la façon dont le déplacement des Chagossiens a été fait dans les années 60 et 70 ainsi que les épreuves que certains d?entre eux ont subi». Il précise aussi : «Nous ne cherchons pas à justifier nos actions ni à excuser la conduite d?une génération précédente.»

RÉACTIONS

<B>Le combat continue</B>

«Nou la vi pli amer ki margoz isi dan Moris e si le fo, mo pou retourn kat pat dan Sagos.» C?est d?une voix tremblante mais déterminée que s?exprime Rita, 83 ans, la mère d?Olivier Bancoult. C?est juste après l?annonce du jugement, hier, de la Haute Cour de Londres selon lequel les Chagossiens ne pourront retourner dans leur île natale.

Elle se trouve au centre Chagos Refugees Group (CRG) à Cassis. Parlant avec les mains et dans un créole typique de son île, Rita Issoo poursuit son discours en solo. Elle accuse les Britanniques d?avoir poignardé le peuple chagossien. «Me bon die lao pou ziz zot enn zour. Nou lalit pa pou aret, li pou kontinye.»

Rita Bancoult dit avoir été obligée de quitter son pays pour venir vivre à Maurice avec ses enfants. «Sa ekzil la se enn kalver, la vi isi byen konplike, byen ser alor ki Sagos se enn paradi lor la ter kot manze ti an abondans dan la mer.»

D?autres Chagossiennes commentent le jugement. Pour Jenny Marday, 52 ans, mère de quatre enfants et secrétaire au CRG, cela ne change en rien sa conviction de pouvoir retourner dans son île même.

Détentrice d?un passeport britannique, elle précise avec un «pincement au c?ur» : «Ou kone, mo zanfan pe travay dan l?Angleter me zot pou mari sagrin apre sa zizman la. Zot inn touzour reve ki enn zour zot pou kapav al dan pey zot bann anset.» Pour elle le combat pour retourner aux Chagos ne s?arrête pas là. «Mo pou kontinye soutenir Olivier Bancoult.»

Mimose Furcy, la quarantaine, ne cache pas sa haine pour les Britanniques. Elle fait remarquer que détenir un passeport britannique ne lui fait ni chaud ni froid et que son île vaut plus «ki sa morso papye la». «Mo pa konn koz angle, ki mo pou al fer laba, fulmine-t-elle. Dir bann Angle dominer retourn nou nou pey.»

Dès l?annonce de la mauvaise nouvelle, hier, la foule grossit rapidement au quartier général de Cassis. Il y a des Chagossiens, hommes et femmes, vêtus en noir, rouge et bleu, les couleurs de leur drapeau. Ils ont le visage triste comme pour un jour de deuil mais ils se disent « fiers d?être Chagossiens».

Ici et là des voix, pour la plupart féminines, s?élèvent pour évoquer l?avenir dont surtout celui de leurs enfants. Certaines critiquent, au passage, «les politiciens mauriciens qui se sont servis d?eux». Selon elles, «sir Seewoosagur Ramgoolam était de connivence avec les Britanniques pour que Maurice obtienne l?Indépendance avec comme deal l?excision des Chagos et leur exil vers Maurice.»

<B> Bernard SAMINADEN</B>

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