Publicité
Les cartes de Ramgoolam
Le changement est en marche. Le maître du jeu a abattu ses cartes hier en formant le gouvernement qui a pour mission de répondre aux fortes attentes exprimées aux législatives de dimanche. L?exercice est plutôt réussi. Navin Ramgoolam a exécuté un numéro d?équilibriste. Il a su tenir compte des besoins de développement et des impératifs politiciens.
La carte maîtresse du chef de l?exécutif est sans doute son ministre des Finances et du Développement économique. Rama Sithanen se distingue des deux autres ministres qui ont occupé le même poste sous un précédent gouvernement Ramgoolam. Il possède les compétences techniques qui manquaient à Vasant Bunwaree et sa vision n?est pas plombée par l?idéologie qui a coulé Rundheersing Bheenick.
Rama Sithanen peut déployer beaucoup d?énergie quand la situation le réclame et il est apte à structurer l?action gouvernementale dans son ensemble. Il possède l?outil intellectuel pour le faire même si ses méthodes ? il est trop jaloux de ses prérogatives - sont parfois contestables. Le grand Argentier sera l?homme-orchestre du régime à tel point que l?on peut craindre que certains autres ministères paraissent comme des annexes du ministère des Finances.
Rama Sithanen est l?homme de la situation surtout parce qu?il sait être pragmatique au pouvoir. Le discours démagogique qu?il tient dans l?opposition et le concept des ?cinq familles? qu?il a inventé après Illovo seront bien vite enterrés pour faire de la place à un partenariat constructif avec les détenteurs de capitaux. Il saura collaborer avec les grands patrons des conglomérats pour faire fonctionner l?économie libérale.
Le développement n?est pas la seule préoccupation du Premier ministre. Un évident calcul politique l?amène à intégrer Rama Valayden dans son cabinet. Celui-ci apporte la caution des groupes sociaux et marginaux qui ont des revendications susceptibles de déstabiliser n?importe quel gouvernement.
Rama Valayden a l?avantage d?être le seul leader politique à n?avoir jamais exercé le pouvoir. C?est ce qui lui a permis de récupérer une image de Moïse auprès d?un lumpen-prolétariat en quête permanente. Sans cette accession au poste de ministre, le leader du MR aurait pu descendre sur le terrain et accomplir un travail de sape que le régime aurait eu bien du mal à contrer. En tout cas, le poste de ministre de la Justice ne lui confère pas beaucoup de pouvoirs car, dans le système mauricien, l??Attorney General? n?est pas l?administrateur de la justice.
Quant aux autres ministères, ils ont été attribués, en général, à des personnes d?expérience, comme Xavier Duval, Madun Dulloo, Arvin Boolell et Anil Bachoo. De même, c?est sans surprise que Rashid Beebeejaun se retrouve au Transport intérieur. Pour sa part, l?ancien doyen de la faculté de droit et de gestion, Dharam Gokhool, est affecté tout naturellement à l?Education nationale.
Quelques incohérences frappent tout de même. On comprend mal la présence d?Abu Kasenally, donné comme favori à la Santé, au portefeuille des Services publics. Le brillant légiste Etienne Sinatambou est affecté à la Technologie informatique, un secteur qu?il va découvrir maintenant.
Cependant, la plus grosse incongruité a trait à la nomination de Mahendra Gowreesoo aux Arts et Culture. Ce propriétaire de fonderie, qui s?est recyclé dans la politique, a du pain sur la planche. Il pourrait commencer à réfléchir sur des questions cruciales qui détermineront notre avenir commun. Il devrait bientôt être invité, par exemple, à livrer sa réflexion sur le débat qui oppose le multiculturel à l?interculturel? Il est vrai que Motee Ramdass n?a pas fait une forte impression non plus à ce ministère.
L?entrée en fonction du gouvernement a aussi été marquée hier par la franche hostilité affichée par la foule à l?égard du président, Sir Anerood Jugnauth. Le mode de prestation de serment en public après une élection âprement disputée invitait à cette manifestation. D?autant plus que le président a prêté le flanc au cours de la campagne.
Publicité
Publicité
Les plus récents