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Les business de la fête

25 novembre 2007, 00:00

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MON BEAU SAPIN?

Même si la neige n?est pas au rendez-vous sous nos cieux, les sapins ? ou du moins les arbres qui y ressemblent ? sont présents dans notre folklore quelques jours avant Noël. Cèdres, pins ou araucarias, les variétés convoitées pendant cette période peuvent être considérées comme des versions « tropicales » du sapin occidental, et elles trouvent preneurs dans les familles mauriciennes.

Nombreux sont ceux qui exploitent le créneau à cette période, les profits de certains pouvant même atteindre même entre Rs 50 000 et Rs 100 000. À la base, c?est le département des Bois et Forêts qui s?occupe de la culture des sapins de Noël à Maurice. Et environ une semaine avant le 25 décembre, les 20 employés de ce département du ministère de l?Agriculture se chargent principalement d?abattre les arbres, de les sélectionner et de les classer selon leur taille. Les sapins sont vendus au grand public à Rs 70 chacun. Mais certains arbres sont ensuite souvent revendus par des particuliers dans les villes et autres agglomérations, à des prix oscillant entre Rs 100 et Rs 450.

Ajay Molaye, « contracteur de forêt » (personne habilitée par le département des Bois et Forêt à couper et traiter le bois des arbres) compte plus de 20 ans de métier. « Avec mes quatre employés, nous ne pouvons couper d?autres arbres que les sapins en fin d?année. Toutefois, comme c?est nous qui nous occupons de l?abattage et du transport, nous achetons les sapins à Rs 60. On peut avoir jusqu?à 500 arbres », explique-t-il. Ces sapins sont par la suite revendus par ses employés eux-mêmes entre Rs 70 et Rs 90.

S?ils sont une soixantaine de « contracteurs de forêts » à Maurice à s?adonner à cette pratique, l?abattage des sapins n?est pas uniquement réservé. Ishan Beeharry, du département des Bois et Forêts, explique que « tout individu peut procéder à l?abattage des sapins, à condition d?avoir l?autorisation du département. D?ailleurs, ils sont nombreux à le faire déjà ». Leur nombre se monterait à environ 500, selon Ajay Molaye, qui regrette la compétition. Ces sapins, achetés à Rs 60, peuvent atteindre jusqu?à Rs 450 sur le bord des routes de l?île.

Mais selon Ajay Molaye, les arbres vendus à Rs 450 ne sont pas de la même espèce que les sapins issus du département des Bois et Forêts. « La variété commercialisée par le département du ministère de l?Agriculture est essentiellement le pin. Les autres espèces vendues plus cher sont cultivées ailleurs, peut-être sur les propriétés sucrières », explique-t-il. Ainsi, achetés pour moins de Rs 100 à la base, une centaine de sapins écoulés à Rs 450 peuvent générer des profits de plusieurs dizaines de milliers de roupies par mois. Un filon identifié et exploité par beaucoup pour arrondir leur fin de mois en décembre.

PETITS MONTAGES ENTRE AMIS

Les activités générant de coquettes sommes d?argent pour les particuliers ne se limitent pas aux événements de grande envergure. Car à l?image de Kevin, graphiste dans une petite entreprise de publication, la période de fin d?année re-présente un potentiel de presque Rs 50 000, s?il « s?investit correctement », pour reprendre ses mots.

Son filon : les calendriers pour les petits commerces. Car là où il vit, et déjà lorsqu?il était au collège, on le connaissait pour son talent et sa dextérité en informatique. Travaillant aujourd?hui dans le domaine du montage et de la conception graphique, il a acquis une réputation solide dans son quartier. Au point où les petits commerces ? magasins et boutiques du coin ? l?approchent à cette période pour la conception de calendriers que les propriétaires offrent à leurs clients.

« D?habitude, vu que je les connais, je demande environ Rs 5 000 pour un montage. J?ai cinq clients habituels qui, je suis sûr, se tourneront vers moi comme chaque année. Et de bouche à oreille, d?autres personnes se tournent vers moi », confie Kevin. « Pour les autres, cela varie entre Rs 6 000 et Rs 8 000, dépendant de la somme de travail, mais surtout la quantité qu?ils pensent produire. » S?il s?organise bien, Kevin avoue pouvoir accumuler environ Rs 50 000, « voire plus » s?il a de la chance.

Et si pour les profanes, monter un calendrier peut sembler compliqué, le graphiste avoue modestement que son travail consiste à simplement trouver des photos ? souvent d?actrices de Bollywood ? sur Internet, et à les monter sur son ordinateur.

« Mais il faut trouver les bonnes photos. Il s?agit aussi d?avoir la combinaison adéquate entre les formes et les couleurs. Les clients ne paieront pas pour un simple montage géométrique », insiste-t-il. « J?essaie de faire différemment à chaque fois, mais il n?y a pas un million de possibilités non plus. »

Comme lui, ses amis graphistes qui travaillent dans la même entreprise exercent cette activité en période de fêtes. Mais ils préfèrent rester discrets, vu leur situation professionnelle. « Les patrons sont conscients que les graphistes opèrent beaucoup en indépendant. Mais on ne peut pas savoir comment ils réagiront », explique-t-il. « Souvent ce n?est même pas nous qui cherchons, mais les clients viennent vers nous. Il serait bête de refuser. »

Ainsi, outre son salaire et son boni, c?est un joli petit pécule que Kevin aura en mains à la fin de décembre. Mais pour ce geek, comme il se définit lui-même, pas d?exagération ni d?abus dans la façon dont il dépensera son argent. « J?investirai peut-être dans un ordinateur et des équipements informatiques chez moi.

C?est plus que mon gagne-pain, c?est ma passion. »

Une passion très lucrative, comme diraient certains.

ET QUE ÇA SAUTE !

Que serait la célébration du nouvel an sans feux d?artifice ? Pour nous en mettre plein la vue, les entreprises spécialisées dans la pyrotechnie redoublent d?imagination pour concocter des spectacles toujours plus surprenants. Depuis deux mois déjà, elles préparent activement leur programme pyrotechnique en prenant soin d?innover. Car si le mois de décembre est l?occasion de faire montre de leur talent, il représente également un important pourcentage de leur chiffre d?affaires. En effet, ces entreprises louent non seulement leurs services aux établissements hôteliers, mais aussi aux nombreuses compagnies qui organisent leurs fêtes de fin d?année en cette période.

L?entreprise Mille Feux Ltée, spécialisée dans la pyrotechnie, est elle aussi sur la brèche. Elle se prépare à assurer, la nuit du 30 décembre, pas moins de dix feux d?artifices. « Nous avons en moyenne trois ou quatre tirs par mois, mais en décembre, nous en avons dix le même jour. C?est beaucoup de travail et d?organisation », fait ressortir Martine Armandine, la directrice de Mille Feux Ltée. Les tirs de décembre, précise-t-elle, représentent quelque 30 % de son chiffre d?affaires annuel.

Rares sont les hôtels qui prendraient le risque de ne pas programmer des feux d?artifice. « Les clients qui viennent à Maurice pour passer le réveillon s?attendent à quelque chose de grandiose, d?unique. Malgré tout ce qui est mis en ?uvre pour les distraire, les feux d?artifice restent le clou de la soirée. Ne pas en avoir n?est donc pas envisageable », lâche le responsable d?animation d?un hôtel situé dans le sud de l?île. Pour ne pas avoir de mauvaises surprises, il convient donc de réserver plusieurs mois à l?avance les services des entreprises de pyrotechnie.

Fait nouveau, l?entreprise Mille Feux Ltée a choisi, cette année, de mettre ses compétences à la portée de tous. Elle a, en effet, conçu tout spécialement le Pyrorack, une boîte munie de tout le nécessaire pour assurer un spectacle pyrotechnique de deux à quatre minutes. « Grâce à ce produit, n?importe qui peut avoir chez lui un spectacle de niveau professionnel », assure la directrice de la société de pyrotechnie. Le spectacle de deux minutes coûte Rs 18 000, de quoi faire le bonheur des petits et des grands.

ENTREPRENEURIAT SAISONNIER

La chance, dit-on, sourit aux audacieux. Cet adage, Khalil l?a fait sien et cela semble lui réussir. Âgé de 47 ans, ce fonctionnaire fait partie de ceux ? de plus en plus nombreux ? à pratiquer un emploi saisonnier. À l?approche des fêtes, Khalil se transforme en vendeur de rue. Rien que pour décembre, ce père de famille parvient à gagner l?équivalent de six à sept mois de salaire. Une affaire qu?il n?envisage aucunement d?abandonner. Du moins, pas pour l?instant. Cette année encore, Khalil a choisi de prendre tous ses jours de congé en décembre. Bientôt, il installera un étal dans une des rues grouillantes de la capitale pour y écouler sa marchandise.

Et Khalil est déjà convaincu de réaliser un chiffre d?affaires plus que confortable.

Mais avant de penser aux profits, il y a, en amont, une organisation digne d?un commerce ayant pignon sur rue. Pour ce qui est des achats, c?est le frère de Khalil qui s?en charge. Ce dernier, propriétaire d?un magasin, se rend chaque année en Chine et en Inde pour trouver les articles ? jouets, vêtements, maquillage, accessoires pour téléphones portables entre autres ? que s?arracheront les Mauriciens à l?approche des fêtes de fin d?année. Son flair ne le trompe jamais.

Une fois les achats complétés, il charge le tout dans un conteneur qu?il fait expédier à Maurice. Une fois dédouanés, les articles se retrouvent sur les trottoirs, prêts à être vendus. Là encore, C?est une affaire de famille. Car Khalil n?est pas le seul à écouler ses produits. Il est aidé par son fils de 15 ans, qui a accepté de l?épauler dans sa tâche pendant les vacances scolaires. « Je trouve que vendre des produits aux gens est rigolo et cela me fait aussi un peu d?argent de poche », explique l?adolescent. L?année dernière déjà, il s?efforçait de revendre les produits achetés par son oncle en Asie. Et tout comme ce dernier, il désire un jour se lancer dans le commerce.

L?idée, explique Khalil, lui est venue il y a trois ans en discutant avec un de ses collègues. Ce dernier, également fonctionnaire, prenait aussi ses vacances en décembre pour s?offrir un petit bonus. Khalil, s?est facilement laissé convaincre de se mettre à son propre compte. Il ne l?a jamais regretté. « Ar sa kass la, mo kapav fer enn ta zafer pou moi ek mo fami », lâche-t-il, occupé à inventorier des petits camions de pompier qu?il compte vendre à Rs 150. Pour se les procurer, il n?a eu qu?à débourser Rs 20 pour chaque jouet. Une plus-value confortable.

Timidement, il consent finalement à confier qu?il parvient à gagner en un mois « environ » Rs 100 000. Mais les confidences s?arrêtent là. Khalil ne veut pas en dire plus. Un véritable pactole pour ce père de famille qui pense économiser une partie de cet argent pour que son fils poursuive des études à l?étranger.

LES FETES? ANIMEES

Dîner de fin d?année d?entreprises, fêtes familiales ou soirées à thème dans un hôtel ou un restaurant, les célébrations seront au rendez-vous, comme chaque année. Mais qui dit fête, dit aussi animation. Beau-coup de nos compatriotes font appel aux animateurs, musiciens ou autres entreprises opérant dans l?événementiel pendant cette période.

Si, une fois les divers frais déduits, les profits restent minces, c?est surtout le nombre de contrats qui font que certains s?en sortent plutôt bien : entre Rs 50 000 et Rs 10 000 de profits nets.

Gérard Paya, de GP Events Ltd, confirme que cette période est la plus lucrative pour les gens du spectacle.

« Pour une soirée moyenne, avec un trio de musiciens, la sonorisation et l?animation dont je m?occupe particulièrement, cela peut revenir à Rs 20 000. Pour une soirée d?entreprise, comme celle d?Infinity l?an dernier, il faut compter le D.J., l?orchestre, la restauration et surtout la location de l?emplacement. Cela peut revenir à environ Rs 300 000 et Rs 500 000. »

Toutefois, Gérard Paya concède que sa marge de bénéfices pendant cette période est sur le déclin depuis quelques années. « L?année dernière, nous avions atteint des profits nets de Rs 100 000. C?était moins que l?année d?avant, et cette année, nous nous attendons à encore moins », avoue-t-il. « La compétition dans le domaine est farouche de nos jours. Il y en a qui ne sont pas dans ce secteur, mais qui y opèrent pendant les fêtes. Sans parler des nouveaux venus. »

Au nombre de ces derniers figure Bipasha Kowlessur de Party-Fication, et qui compte à peine quelques mois d?expérience. Elle est, en effet, entrée sur le marché de-puis mars dernier. « Les choses s?accélèrent pendant cette période. Chaque contrat, en amène un autre. Actuellement, je m?occupe d?une fête privée sur un catamaran pour des cadres d?une entreprise », explique-t-elle. « Pour 40 personnes, cela revient à environ Rs 85 000. » Mais de cette somme, c?est plus de Rs 65 000 qu?elle aura à déduire pour les frais de restauration, l?animation et d?autres dépenses. Bipasha a déjà quatre contrats de ce type.

Outre ces fêtes particulières, elle aura aussi à gérer d?autres soirées privées dans des boîtes de nuit. « Cela peut coûter environ Rs 40 000, pour la location des lieux, les boissons, la restauration et d?autres animations. Au total, je pense faire une belle opération en cette fin d?année.

Les contrats ne manquent pas, c?est vrai », conclut-elle. Une tâche que ces entreprises mèneront à bien dans quelques semaines, au grand bonheur de leur clientèle.

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